• Le Corse de la Nausée et la nausée des Corses...

    Le Corse de La nausée





    La philosophie ne peut évacuer la question du sens. Alors, si le monde n'est pas absurde, peut-on donner un sens à ce monde à travers le roman de Sartre ? En écrivant La nausée, Sartre voulait donner à penser à travers un récit. Il disait lui-même que la philosophie à la quelle il croyait, les vérités qu'il atteindrait s'exprimaient dans ce roman, son ambition étant d'être à la fois Spinoza et Stendhal. En 1938, dans ce roman, il exprime en 250 pages ce qu'il développera en plus de 800 pages dans son ouvrage L'être et le néant édité en 1943. La nausée est le journal de bord d'un homme, Antoine Roquentin, qui se découvre lui-même alors qu'il écrit l'histoire d'un illustre inconnu, le Marquis de Rollebon. Roquentin va être saisi à la gorge par le non-sens, découvrir l’inexistence de Dieu, l'effrayante et obscène nudité de l'univers... La nausée lui tombe dessus et lui ouvre les yeux sur son existence. "La chose, qui attendait, s'est alertée, elle a fondu sur moi, elle se coule en moi, j'en suis plein.- Ce n'est rien: la chose, c'est moi. L'existence, libérée, dégagée, reflue sur moi. J'existe..."La nausée, qui commence par des mots qui manquent, va lui apparaître comme une porte ouverte. Nous sommes condamnés à être libres par le Tribunal de la vie. A partir de là, Roquentin fait sa révolution copernicienne. Sartre déroule un récit à portée philosophique et qui supporte d'autres lectures : psychanalytique, biographique, culturelle, émotionnelle... Roquentin (ou Sartre, le jeu est subtil) nous relate ses ballades dans le réel d'un monde où les choses, en perdant leurs fonctions, deviennent innommables et les hommes jouent les imbéciles ou les salauds... Parmi ses imbéciles et ses salauds, un personnage passe inaperçu : "le Corse".

    Le personnage "le Corse" dans La nausée :

    Dans ce roman, Jean-Paul Sartre utilise des sobriquets. L'action se situe à Bouville, en vérité Le Havre. L'Autodidacte est le sobriquet d'un personnage humaniste qui se révèle aussi pédéraste. C'est le Corse qui va le prendre la main dans le panier d'un jeune lycéen et qui va lui donner deux coups de poing au visage, en l'humiliant puis le chassant de la bibliothèque. Le Corse va être lui-même humilié par Roquentin. Le Corse est gardien de la bibliothèque de Bouville et son épouse en est la concierge. Dans l'Edition "Folio", à la page 113, on trouve une description du Corse : " Le gardien venait vers nous : c'est un petit Corse rageur, avec des moustaches de tambour-major. Il se promène des heures entières entres les tables en claquant des talons. L'hiver, il crache dans des mouchoirs qu'il fait ensuite sécher contre le poêle..." Ensuite de la page 233 à 236, Roquentin relate l'incident dans la bibliothèque. On apprend que le Corse se nomme Paoli lorsque le jeune sous-bibliothècaire (qu'il terrorise aussi) l'appelle par son nom. Après que Paoli a frappé l'Autodidacte avec un "gémissement voluptueux", Roquentin le prend par le cou et le soulève de terre "tout gigotant"... "il était devenu bleu et se débattait, cherchait à me griffer ; mais ses bras courts n'atteignaient pas mon visage. Je ne disais mot, mais je voulais lui taper sur le nez et le défigurer. Il le comprit, il leva le coude pour protéger sa face : j'étais content parce que je voyais qu'il avait peur..."et il ajoute plus loin : " Autrefois, je ne l'aurais pas laissé sans lui avoir brisé les dents..."

    Pourquoi avoir choisi le sobriquet " le Corse ", pour un personnage petit et rageur qui prend plaisir à jouer les gros bras et se fait humilier par plus fort que lui ? On peut se poser la question lorsque l'on constate qu'il s'agit, dans La nausée, du seul sobriquet évoquant des origines. Peut-être faut-il passer sous silence ce personnage pour éviter de sortir de l'essentiel de l’œuvre et ouvrir un débat sur ce choix inspiré par le racisme anticorse alimenté par des caricatures tenaces. A chacun de se faire une idée, en relisant une œuvre majeure de Sartre où la seule caricature identitaire tombe encore sur un Corse.

    Nous n’allons pas tomber dans un discours victimaire mais l’anecdote est là. Une fois encore, elle témoigne de l’attention particulière portée aux Corses. Si un Corse est un petit personnage rageur, c’est parce qu’il est corse alors qu’un Périgourdin ou un Franc- comtois " petit et rageur " sera désigné uniquement comme étant " petit et rageur ". On peut être un grand philosophe et avoir ses préjugés "dans un monde où les choses, en perdant leurs fonctions, deviennent innommables et les hommes jouent les imbéciles ou les salauds. "

    Dans un livre " Ma belle Marseille " écrit par Carlo Rim en 1934, je citerai simplement les paroles d’un personnage, le Commandant Orlandi, qui sur le Cyrnos, ressemblait à Neptune et disait à Carlo Rim , journaliste : " C’est la première fois que vous allez en Corse. Bien entendu, vous n’y resterez que quatre jours, vous photographierez la chaise à porteurs de Laetitia Bonaparte et les Calanques de Piana. Vous interrogerez une jeune paysanne de Palmeca que vous appellerez Colomba et un jeune chasseur de Monte d’Oro que vous prendrez pour Matteo Falcone ou pour Spada. Et puis, vous écrirez un article définitif "

    La nausée des Corses :





    En 2007, rien n'a changé si ce n'est que Matteo Falcone et Spada ont été remplacés par les nationalistes dans les écrits de " géographes " qui n'ont rien trouvé de mieux à dire. Cela m’amène à vous parler d’un ouvrage co-écrit par Marianne Lefèvre et Joseph Martinetti qui publient les résultats de leurs travaux de chercheurs autoproclamés : Géopolitique de la Corse, dans la collection Perspectives géopolitiques des éditions Armand Colin.

    Marianne ( en réalité Marie-Anne ) Lefèvre est Maître de Conférences, agrégée de géographie en poste à Perpignan. Joseph Martinetti est professeur à l’IUFM de Nice où il forme les enseignants.

    A propos de cet ouvrage, l'Observatoire indépendant d'information et de réflexion sur le communautarisme a livré un long entretien avec les deux auteurs qui a été repris sur le site Corsicapolar en provoquant des réactions insulaires. Dans la mesure où être corse, c’est aussi être désigné comme tel , cela pousse à la solidarité et Corse noire est solidaire de la nausée des Corses caricaturés par des enseignants en géographie reconvertis dans la recherche géopolitique.

    Article complet (cliquer)



    Géopolitique ou géomonolithisme de la Corse ?

    «Ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements.» Hérodote


    Les deux auteurs écrivent aussi dans la revue Hérodote. On sait peu de chose sur Hérodote qui vécut avant Jésus Christ. Il était le premier historien mais aussi l’un des premiers géographes, sociologues, ethnographes et reporters que le Monde ait connus. Il était réputé pour son absence de parti pris. Il écoutait ce que les " Barbares " lui racontaient et était toujours prêt à les croire, partant du principe que rien ne vaut le témoignage des gens du cru, ce qui le faisait passer pour un crédule auprès des Modernes. C’est cette crédulité qui lui a permis de rapporter fidèlement l’état des croyances, la pensée collective de toute une mosaïque de peuples. On le considère même comme le précurseur du genre policier avec notamment son récit " Le fils de l’architecte ". Il avait conscience d’être le résultat d’un mariage forcé entre L’Europe et l’Asie car les colons mâles, sans femmes, avaient tué tous les mâles dans le petit état grec établi en Asie, où il naquit. Ce qui l’intéressait était de remonter aux causes des guerres, connaître l’adversaire, ses territoires, ses langues, ses traditions, ses us et coutumes… C’est sur le terrain qu’il rédigea des carnets d’enquêtes (en grec " historia ", terme qui signifie aussi documentation, exploration, découverte…)



    A relever que Marianne Lefebvre avait déjà publié un ouvrage intitulé "Géopolitique de la Corse. Le modèle républicain en question ", en avril 2000, chez L’Harmattan (compte d’édition ou compte d’auteur ?)



    Dernières réactions sur corsicapolar :

    Ugo
    :
    Les nombreuses et parfois vives réactions que suscitent les travaux de Marianne Lefèvre et Joseph Martinetti ne doivent pas, à mon avis, faire rejeter le bébé avec l'eau du bain, ni non plus encourager une tendance trop facilement répandue de défiance vis à vis des recherches en sciences sociales. Il me semble utile pour bien comprendre ce débat récurrent de savoir le situer.
    A cet effet, on lira avec grand intérêt les analyses de Christophe Roux sur la Corse au miroir des sciences sociales parues dans le N° 4 de la revue d'écologie politique EcoRev' à cette adresse:

    http://ecorev.free.fr/rev04/demo-roux.html

    Voir également les réflexions de Bernard Dreano dans la même revue sur le révélateur Corse à l'adresse ci-dessous:

    http://ecorev.free.fr/rev04/demo-dreano.html

    Elisabeth :

    Il ne s'agit pas de jeter le bébé, la savonnette et le gant de crin avec l'eau du bain et de crier haro sur tout ce qui est recherche en science sociale.
    Mais précisément, lorsqu'on me "vend" de la recherche, je suis en droit d'exiger qu'il s'agisse bel et bien de recherche. Et non d'un credo tout subjectif, émaillé de considérations telles que celle que j'ai pu relever et qui disqualifient le propos des auteurs. On ne peut étayer un travail sérieux sur des "il semble que chaque foyer…" Sauf à avoir mené une recherche sérieuse tendant à démontrer qu'en effet "chaque foyer"…
    Il y a toujours une part de subjectivité dans un travail, mais elle ne saurait se substituer à la rigueur.
    Au prétexte d'en finir avec des généralités sur "la" Corse ou "les" Corses, on réduit le champ de la généralisation à un groupe : "le" nationalisme, "les" nationalistes. C'est au fond aussi dangereux que les réflexes que l'on prétend dénoncer et combattre.
    J'ai été très étonnée, également, du sort expéditif et définitif fait à la revendication d'une corsisation des emplois, interprétée comme un des summums de l'ethnicisme nationaliste corse. Pour autant que je me souvienne, un syndicat comme le STC demandait simplement une priorité à l'emploi dans la région pour les gens vivant déjà dans cette région. Idée qui, mise en pratique ailleurs en France, suscita des commentaires élogieux, des retours de presse dithyrambiques.
    Doit-on comprendre que si l'on avait parlé de "valenciennisation" ou de "tourcoignisation" ou de "belfortisation" des emplois, l'initiative aurait été jugée pernicieuse, porteuse de relents suspects de communautarisme ? Ou qu'en Corse, la revendication de voir les recrutements concerner d'abord (à compétences égales s'entend) les habitants de la région ne saurait en aucun cas être admise comme elle peut l'être ailleurs car ici elle relève nécessairement d'un odieux communautarisme ?
    Au surplus, j'observe qu'au prétexte de fustiger les dangers du communautarisme, on a tôt fait de se congratuler en couronne, entre membres d'un même cercle étroit.

    Jean-Paul :

    Dans Nouvelle Acropole, association philosophique à vocation culturelle et sociale. Nous avons relevé des extraits d’un article en hommage à Léopold Senghor signé par une certaine Marianne Lefebvre
    " Pour Senghor "La Négritude est un fait, une culture. C’est l’ensemble des valeurs économiques, politiques, intellectuelles, morales, artistiques et sociales des peuples d’Afrique et des minorités noires d’Amérique, d’Asie et d’Océanie. La Négritude est la conscience d’une histoire, d’une civilisation, d’une culture africaine, un combat politique contre le colonialisme et l’idéologie des races, une philosophie de la réconciliation de l’homme noir humilié et offensé avec lui-même. "
    " Le père de la francophonie : Senghor avait une passion extraordinaire pour la langue française qu’il adopta pour défendre la Négritude car pour lui, le français est de toute nécessité la langue d’expression de l’Universel, face à l’anglophonisation croissante de la culture de masse. Dans les années soixante, avec les présidents Hamani Diori (Niger) et Habib Bourguiba (Tunisie), Senghor promeut l’idée de la Francophonie, c’est-à-dire une communauté politique et culturelle des pays ayant la langue française en partage. En 1970 il crée l’Agence de Coopération Culturelle et Technique (A.C.C.T.), ancêtre de l’actuelle Agence de la Francophonie. Il est le père de la francophonie. En 1984 il est la première personnalité noire à entrer à l’Académie Française. Léopold Sédar Senghor s’est éteint en 2001 à Verson en Normandie. "


    Commentaire : Il est honorable d’affirmer sa négritude ( donc sa corsitude ) mais à condition de le faire dans le cadre de la francophonie et d’accepter d’entrer à l’Académie française. Nous conseillons à Mme Lefebvre des ouvrages comme La Françafrique, le plus long scandale de la République (ISBN 2234049482) écrit par François-Xavier Verschave,

    Vous pouvez aller lire tous les comentaires sur le site corsicapolar:

    cliquer: http://www.corsicapolar.eu

    Pour ne pas conclure, car il y aurait tant à dire, nous posons les questions suivantes :
    1°/ Peut-on construire un discours scientifique uniquement à charge sur une seule pierre angulaire : le danger communautaire ? Géopolitique ou géomonolithisme ?
    2°/Est-il intellectuellement honnête d’utiliser les canaux scientifiques et philosophiques pour tomber dans un discours voisin de la propagande ?
    3°/La déontologie scientifique peut-elle permettre d’englober tout un peuple dans un réquisitoire anti-communautaire? S’agirait-il de racisme?
    4°/ Peut-on tancer les Corses d’avoir toujours eu un discours victimaire, que ce soit à l’époque de la domination génoise ou après avoir été achetés puis contraints par la France?
    5°/ Peut-on montrer du doigt un nationalisme au nom d’un autre nationalisme ?
    6°/ Marianne Lefebvre pose la question de la reconnaissance européenne des langues minoritaire en ces terme : Ce type de reconnaissance statutaire ne crée-t-il pas à son tour des communautés minoritaires sur le territoire de l’île de Corse ? Que devient la " langue des migrants ", exclue de la Charte européenne des langues régionales ou minoritaires, dans un des territoires régionaux de France où vivent le plus d’étrangers ? Qui sont les migrants et dans quels sens , immigrants ou émigrants ?

    Commentaire : Marianne Lefebvre et Joseph Martinetti, bien que géographes, n’ont pas les qualités et la pluralité de compétences reconnues à Hérodote qui les a précédés en Corse. Ils ont retenu son précepte : « Une multitude est sans doute plus facile à leurrer qu'un seul homme.» mais ont oublié celui : « Ce sont les événements qui commandent aux hommes et non les hommes aux événements. »

    Les auteurs, malgré eux, ont ouvert un débat qu’ils ont enfermé dans une idéologie souverainiste. Tout cela ne doit pas détourner les Corses des questions qu’ils se posent à eux-mêmes comme, pour exemple:

    1°/Doit-on continuer à alimenter cette mythologie qui ne fait qu’enfoncer la Corse dans ses faux-semblants qui empêchent de voir au loin ?
    2°/Doit-on s’attacher aux voies et moyens d’un développement d’une terre dont on suppose qu’elle pourrait assurer sa subsistance sans aide ou sans subvention ?
    3°/Qu’attend-on vraiment ? L’indépendance ou des passe-droits ? Etre un peuple subventionné, est-ce là toute la fierté corse ? Et l’économie corse contemporaine peut-elle avoir d’autres ambitions et à quel prix ?
    4°/Loin des avenirs rêvés, pourra-t-on entrevoir les avenirs possibles ?
    5°/Pour finir de façon sartrienne : Les Corses veulent-ils être ? Comment veulent-ils être ?Jusqu’où peuvent-ils accepter d’aller, dès lors que prendre le large n’est pas un dû mais une conquête sur l’avenir ?

    Le liste n’est pas exhaustive et ce qui ont lu ou pas lu les propos de Marianne Lefebvre et de Joseph Martinetti peuvent en poser d’autres. Nous invitons cette géographe et son co-auteur Joseph Martinetti à y répondre dans les journaux et les lieux d’Internet de leur choix. Corse noire s’intéresse à tout ce qui touche à la Corse et aux Corses. Nous n’avons pas pour sujet la politique et ne sommes pas journalistes. Toutefois, nous avons relevé un passage sur le site Cozop. l’auteur est journaliste et son conseil vaut pour tous ceux qui écrivent des articles scientifiques ou pas.

    « Si vous lisez une lettre et que vous découvrez que l’auteur a « pioché» le matin, vous penserez peut-être qu’il a travaillé dans son jardin. Si vous savez que cet auteur est Flaubert, vous commencerez à douter du sens de « pioché ». Si vous êtes familier de Flaubert, vous saurez exactement ce qu’il entend par « pioché ».
    Je ne dis pas qu’il faut que tous les journalistes deviennent des auteurs mais je crois que nous ne devons pas perdre l’habitude de lire les auteurs. Je n’ai jamais rien appris d’important en lisant les journalistes mais des auteurs ont changé ma vie. On ne change pas la vie de quelqu’un avec du digeste, du parfaitement défini, de l’objectivité, du sans ambiguïté. » écrit par Thierry Crouzet.

    Intégralité de l’article à l’adresse :
    http://cozop.com/thierry_crouzet/information_irreductible




    Bonus: une carte d'Hérodote!





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