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Littérature corse: Etre ou ne pas être?

Flash-back sur la journée " Livres ouverts " de Barrettali le 11 août 2007.

Tard dans la nuit, est apparue, de façon larvée, une opposition entre différents points de vue sur la littérature corse. J’ai noté quelques commentaires qui ont suivi sur le Web ( Il s’agit de copiés-collés )

Okuba Kentaro :
" On en retint quelques grandes phrases maîtresses : il faut des chefs d’œuvre à la littérature corse ; il n’y a pas de critique littéraire dans l’île; les grands livres de la littérature mondiale doivent se lire dans leur langue d’origine ; bref, le genre de concept qui plaît tant aux universitaires et qui s’éloigne des intérêts mêmes des premiers de la chaîne littéraire, à savoir les lecteurs. "

Le sapeur numérique :
La littérature corse existe-t-elle ? Si oui, quelle est sa spécificité ? La question a été soumise à une trentaine d'auteurs corses, réunis le 11 août 2007 à Barrettali. Visiblement, les trois où quatre qui se sont aventurés dans l'esquisse d'un début de commencement de réponse ont tout de suite provoqué une séparation de l'assistance en deux groupes :
— d'une part, ceux qui n'ont pas demandé leur reste, se sont levés, ont échangé quelques sourires confus avec leurs voisins immédiats, distribué quelques bises, tourné le dos à l'assistance, rejoint le parking, et fait ronfler le moteur de leurs voitures pour ne pas quitter le débat sans y verser leur lot de décibels.
— d'autre part, ceux qui — comprenant soudain que la récréation avait commencé — sont allés entourer les deux qui commençaient à échanger des politesses assez bruyantes. Sans doute le cercle des poètes disparus. Il se forme. On se retrousse les manches. On entoure les protagonistes. Surtout, on veille collectivement à ce que l'affaire se règle à la loyale, à mains nues et concepts ordinaires.
Qu'en pense le Sapeur Numérique ? La spécificité de la littérature corse ? Vous sélectionnez un échantillon d'auteurs corses et vivants. Et vous créez alors la situation expérimentale suivante :
• Primeau — Vous répétez la question ci-dessus. Vous lancez le chronomètre, et vous l'arrêtez lorsque le nombre d'auteur restant sur place est égal aux trois huitièmes de l'effectif initial (grosso modo, le nombre d'or). Le chiffre obtenu vous donne une bonne mesure du degré de rémanence de la question initiale après dissipation de ceux qui s'en battent les ouïes.
• Secondeau. — Vous transformez la question en affirmation péremptoire : " La littérature corse existe ". Vous appuyez lourdement en précisant : " Il n'y a pas de peuple sans littérature ". Et vous passez en boucle : " Le parfum du maquis, comme autrefois m'inondera, et me bercera dans ses bras."



La fatigue est toujours un facteur propice à l’incompréhension. La causerie est arrivée de façon trop tardive, après une journée fatiguante pour beaucoup d’entre nous et de nombreuses lectures qui ont, par leur intérêt, entamé la disponibilité de l’auditoire.. Et vint, enfin, le moment du débat. Il devait y avoir des questions, mais il n’y en eut en fait qu’une seule qui fut réellement abordée, la question de la spécificité de la littérature corse. Un intervenant a alors monopolisé la parole pour faire un cours magistral et donner sa sentence sans appel sur l’absence de chef d’œuvre de la littérature insulaire en langue italienne, française ou corse.

D’abord, jusqu’au soir tombé, ont eu lieu les dédicaces. Les lecteurs étaient nombreux. Un lâcher de livres avait été effectué dans différents lieux de Barrettali. Cette chasse au trésor était aussi l’occasion d’une découverte du site et des nombreuses chapelles. Un spuntinu bien garni était mis à la disposition de tous et permettait de belles rencontres dans ce village " sempre vivu ". Il ne manquait que la diffusion de chansons et par exemple celles écrites par Jacques Fusina avec qui j’ai eu le plaisir de converser un court instant le lendemain matin au petit déjeuner.

Ouverte avec un texte de Jean Chelini lu par Antony Hotier et dans un silence religieux, la séance des lectures publiques a été marquée par l’attention soutenue de l’auditoire qui réagissait par des rires aux passages humoristiques, mais apparaissait concentré lors de la lecture des extraits d’essais et enthousiaste pour les poèmes ou la prose teintée de lyrisme. Rire, écoute et émotion étaient au rendez-vous devant une grande diversité de genres et de textes. Les lectrices et les lecteurs ont su jouer avec les mots des auteurs. Nous avons eu droit à un hommage fait à Frédérico Garcia Lorca lu avec justesse par Anna Zuccarelli et à des intermèdes musicaux interprétés au violon par Marie-Joëlle Battisti. Il est impossible de citer ici tous les textes lus, tous les auteurs et tous celles ou ceux qui ont servi les textes, tant ils étaient nombreux.

Après cette journée " Livres ouverts ", je ne me suis pas résigné à tourner la page sur les questions qui n’ont pu être posées par Jean-Pierre Santini et Jean-Claude Loueilh.
Je vous livre donc mon avis qui n’engage que moi bien entendu, tout en remerciant l’organisateur pour cette rencontre avec des auteurs corses reconnus ou non. C’était une belle journée, enrichissante mais pas assez longue sûrement. Je sais que plusieurs personnes présentes se sont un jour posées la question non évoquée: Que puis-je faire pour la littérature corse ? Je n’en citerai qu’un pour ne fâcher personne : Jean-Pierre Santini. Il ne se contente pas de se la poser. Il écrit et agit. Il dirige une nouvelle édition " A fior di carta " sans compter son temps et ses efforts.



Y a-t-il un caractère singulier, voire spécifique, de la littérature corse ?

La littérature corse, à mon sens, a un caractère singulier à plusieurs titres. D’abord, elle a été longtemps orale et l’écriture n’est venue que tardivement. La jeune littérature écrite a puisé dans cette oralité. C’est Antoine Mattei qui a affirmé dans " L’avenir de la Corse " que " l’idiome avait bien une littérature, celle des villageois, des femmes, des bergers qui ont toujours chanté dans cette langue ". La littérature en langue corse est donc d’abord orale. Nous n’irons pas, comme un participant érudit de la journée de Barrettali, jusqu’à l'idée de faire commencer la littérature corse avec Dante. " Pourquoi pas Sénèque ? ", a marmonné un assistant, précisant aussitôt : " Ce qu'il y avait de typiquement corse chez Sénèque, ce n'est pas tant qu'il écrivait à partir de la Corse, mais surtout qu'il écrivait à sa mère, et pour se faire plaindre. " Si on évoque la première littérature écrite, on retrouve des auteurs corses écrivant en Toscan puis en Français. Il n’en reste pas moins que ces auteurs étaient habités par le passé humain de la Corse et que leur archéologie intime était faite des couches mnésiques insulaires.

La littérature corse contemporaine a d’abord affirmé son identité avec ce que l’on appelle le " Riacquistu ". Ce sont des Corses qui racontent l’histoire de la Corse, sa résistance et ses révoltes, sa mythologie, ses légendes… A l’héritage de l’oralité (contes, nouvelles, théâtre et poésie) s’ajoutent les essais et les romans. Les auteurs corses veulent parler eux-mêmes de ce qu’ils connaissent, de ce qui les habitent… Ils expriment ce que chaque Corse porte en lui et qui est différent du cartésianisme importé. Les écrits corses ont leur propre musique.

De nos jours, les auteurs corses ont une double culture corse et française (avec les non-dit de la proximité géographique et historique de l’Italie), tout en se découvrant des points communs avec d’autres peuples de la Méditerranée ou d’ailleurs. Cette double culture a été d’abord perçue comme un danger, celui de perdre, en même temps que la langue, l’identité corse. Malgré les efforts accomplis, le risque existe toujours mais il est moins important que celui de l’enfermement. Ce qui fait la spécificité de la littérature corse est aussi son existence parfois conflictuelle entre deux cultures, l’une corse orale et originelle, l’autre française, écrite et imposée.



L’autochtonie souffre-t-elle ou s’aiguise-t-elle de sa confrontation à la francophonie ?

La littérature trouve son inspiration dans le passé humain d’un peuple fait de brassages ethniques sur plusieurs générations. Les influences culturelles et la confrontation à des événements identiques ont forcément créé des similitudes entre les peuples, avec la spécificité insulaire partagée avec les îliens du monde. Le premier point commun partagé par la Corse est donc l’insularité qui peut être mise au miroir des îles voisines de la Méditerranée. Donc toute comparaison devrait, me semble-t-il, commencer par un inventaire des points communs à travers les origines, les évolutions sociales et politiques, les événements historiques, les productions culturelles...

Toute confrontation ne peut être que bénéfique dans la mesure où elle est un apport. La culture n’est pas figée puisqu’elle fait appel à la création. L’autochtonie (et c’est encore plus vrai lorsqu’elle est insulaire) n’est pas une condamnation à vivre dans le passé pour ne pas perdre sa culture et sa langue. Au 21ème siècle, le fait d’être le fruit de plusieurs cultures est un atout davantage qu’un danger, dans la mesure où l’on ne sacrifie rien. La francophonie aurait du être immédiatement un enrichissement si elle n’avait pas entraîné le déclin de la langue corse. Il en est de même de l’aire culturelle italienne qui a permis à des Corses de fréquenter des universités qui n’existaient pas en Corse. Je ne parlerai pas de bienfaits de la colonisation car justement la colonisation a voulu imposer une culture coloniale au détriment de la culture corse. Toutefois, c’est maintenant aux Corses à assumer leur double culture pour sauver leur identité et leur langue. C’est aux Corses de partir et de revenir, d’accueillir l’autre, de le connaître pour mieux se faire connaître lorsqu’il s’agit de culture. L’autochtonie s’aiguise à se confronter à la francophonie car c’est par cette confrontation que la culture corse se perpétuera dans la mesure où la franchophonie fait aller les Corses vers le Monde sans sacrifier la corsité.

Selon Neria De Giovanni ,directrice de la revue culturelle " Salpare ", membre de jurys littéraires et présidente de l'Association internationale des Critiques Littéraires (AICL) : "La littérature est un excellent moyen pour mettre en rapport des hommes de cultures et de langues différentes, une découverte féconde des différences ". La Méditerranée et l'insularité constituent dans ce domaine des atouts : "Chaque île est un écrin pour maintenir la richesse de chaque identité culturelle, surtout à l'heure européenne. C'est une chance pour échapper à la mondialisation et à l'uniformisation ."



L’émergence de la littérature corse peut-elle être synchronisée avec le mouvement de riacquistu, voire de décolonisation, faisant alors surgir la même problématique que celle des littératures maghrébines et africaines à l’amorce des indépendances ?

Au sortir de la seconde guerre mondiale, l’expression en langue corse est associée aux idées fascistes suite au procès des irrédentistes en 1946, condamnés pour collaboration. Pourtant des auteurs en langue corse comme Simon Vinciguerra furent de grands résistants. Le Corse se trouve alors cantonnée à la sphère privée et à l’oralité. Son exclusion en 1951 des dispositions de la loi Deixonne n’émeut personne. Pourtant à partir des années 70, un mouvement de réappropriation de la culture corse menacée se développe, c’est la période du Riacquistu.
En 1955, paraît la revue " U muntese " dirigée par Petru Ciavatti dont l’objectif est la défense du dialecte et des traditions corses. Mais la revue intéresse peu les jeunes corses. Le journal plaide pour l’entrée du corse à l’école et produit un dictionnaire.
En 1963, la revue atteint 700 abonnés mais son influence concrète demeure faible. En 1972, elle disparaît faute d’un souffle nouveau.
U riacquistu.
La montée des revendications sur la langue. Face au danger d’extinction de la langue corse, les jeunes commencent à se mobiliser sur fonds de revendication identitaire. Après 1968, plusieurs universités (Aix, Nice, Paris III) proposent des cours de corse.
A partir de 1971, des associations se créent pour enseigner le corse dans l’île. La fédération Scola Corsa réclame la reconnaissance du corse dans la loi Deixonne ; ce sera chose faite en 1974. Des universités d’été se tiennent à Corte.
Le rôle du chant, du théâtre et de la poésie dans le mouvement de riacquistu.
De jeunes groupes comme Canta u populu corsu se forment, redonnent ses lettres de noblesse au chant corse notamment au travers des polyphonies et modernisent la tradition orale. Malgré l’hostilité de certains milieux qui voient uniquement dans ce mouvement des revendications d’ordre politique nationaliste, un mouvement culturel d’ampleur voit le jour.
Parallèlement, des linguistes corses établissent un système cohérent, notamment au travers d’ouvrage comme « Intricciate e cambiarine ».

Ce court historique rappelé, la question initiale renvoie au concept de littérature post-colonniale qui se situe d’abord dans le temps. C’est un après et cela soulève la difficulté de l’achèvement du colonial. Il faudrait alors comprendre le " post " comme un méta c’est-à-dire une littérature vers un au-delà du colonial. En ce sens, le mouvement des années 1970 ( Riacquistu) a marqué un tournant en Corse, puisqu’il s’est agi d’une "ré " appropriation de leur propre culture par les Corses et de la défense de la langue corse. Certains en font une période historique, d’autres y voient une prise de conscience progressive avec l’émergence de nouveaux intellectuels corses se voulant des passeurs de cette culture menacée d’extinction.
Si on en revient à la littérature d’aujourd’hui, les auteurs corses sont dans une problématique qui repose sur une idéologie " libéral-humaniste " soucieuse de dégager avant tout un universel, avec le risque de manquer ou d’occulter les enracinements locaux, les particularités revendiquées ou héritées, les identités assumées, voire inventées ou seulement imposées par l’histoire. Si on emploie le terme de passage à une littérature post-coloniale pour les auteurs corses, ce passage se comprend comme un moyen de prendre en compte la spécificité de ces écrivains corses s’exprimant en Corse ou en français, en ne voulant pas rester les parents pauvres. Il s’agit de s’émanciper de la prédominance d’un centre : " Paris ", métropole littéraire lointaine. C’est aussi ne plus être dupe d’un vieil exotisme qui assurait la suprématie parisienne dans le système jacobin.
Des Corses ressentent la culture française comme un joug colonial. Cependant, si la Corse est française, la pensée dite post-coloniale oblige à reconsidérer de manière critique les discours (coloniaux pour les uns, jacobins pour les autres) qui persistent et exercent leur emprise à l’insu des Corses. Pour cela, le vrai problème est celui de la représentation : Qui parle et au nom ou à la place de qui ? C’est l’occasion de rappeler que j’écris en mon nom et à la place de personne d’autre. Il s’agit du prolongement d’une causerie trop courte débutée à Barrettali. Je n’ai pas la prétention de détenir la vérité. Je poursuis donc un point de vue qui peut en valoir un autre.
On pourrait croire que la constitution de peuples en Etats-nations solderait tout résidu de la colonisation. Ce n’est pas le cas. Les anciennes colonies organisées en nations peinent à faire entendre leur voix souveraine, à reprendre en main leur destin car la domination culturelle de l’Europe et des Etats-Unis, assise sur l’hégémonie économique, continue à s’exercer sur eux. Ensuite les nationalismes exacerbés (exaltant à la pureté, l’authenticité, le retour aux racines ancestrales, le rejet massif de l’occident) se sont révélés impuissants à engendrer une culture nouvelle, libre et vivante. Les artistes de tous poils nés de la post-colonie ont privilégié des modes de création assumant les mélanges, l’hybridité et revendiquant les valeurs du déracinement et de l’exil. Leurs identités sont multiples, leurs appartenances diverses et même leur localisation est problématique.

Ouvrons une parenthèse : Est-on plus ou moins corse selon l’endroit ou l’on se trouve ? Un Corse vivant en Corse est-il plus corse qu’un Corse de la diaspora ? Un Corse qui parle le Corse est-il plus corse que celui à qui ne l’a pas appris? En arrivera-t-on à voir écrit sur les murs " Corses de la diaspora, fora ", " Corses qui ne parlent pas le corse, fora "? Etre corse, est-ce vivre selon la tradition agro-pastorale ? Faut-il avoir un arbre généalogique avec des mariages consanguins pour être plus corse que ceux qui ont des origines corses moins lointaines ? Si le concept de peuple corse est défendable, peut-on parler de race corse? Jusqu’où peut aller la définition de la corsité?

Je dis oui au rôle positif du " Riacquistu " mais il ne faudrait pas maintenant sombrer dans l’intégrisme culturel. Comparer la Corse à l’évolution des anciennes colonies françaises ayant des cultures très différentes m’apparaît une exagération lorsqu’on parle du Riacquistu. La culture corse a des liens historiques et humains avec la France et l’Italie. On ne peut faire abstraction des brassages, des voisinages et des ressemblances. Décider du jour au lendemain que la seule littérature estampillée " corse " soit celle de la tradition et de la langue d’origine serait se priver de la majorité des écrits mais aussi de la chaîne du livre qui, en Corse, a déjà bien du mal à survivre. Ce serait aussi faire de la culture corse un musée de la langue et des traditions.

Quant à faire du Riacquistu les prémices d’une future indépendance, nous sortons du domaine de la littérature pour dériver vers un débat politique qui n’était pas l’objet de la journée du livre à Barrettali. L’indépendance de la littérature a pour ennemis la dictature, l’enfermement, la censure et la complaisance. Ses seules frontières sont celles des langues. Heureusement, il existe la traduction. Quand aux écrivains, ils s’expriment dans la langue qu’il connaissent le mieux et qui leur apporte la plus grande indépendance d’esprit. Les auteurs corses qui s’expriment en Français touchent le plus grand nombre de lecteurs. C’est un fait : Pour qu’une littérature existe, il lui faut un lectorat.



En quoi la langue corse importe-t-elle à la littérature corse ?

La sauvegarde de la langue corse est un facteur important de la culture corse. Elle n’est cependant pas le seul important dans la littérature. Un livre est écrit pour être lu et pour éventuellement passer les frontières. L’écrivain corse peut être un passeur forcément tourné vers le Monde ou un plumitif autocentré sur son nombril corse. A chacun de choisir sa voie.
Il faut tenir compte de la réalité et notamment de celle du lectorat. Les livres en langue corse sont très peu lus par les Corses eux-mêmes et inconnus des non corses lorsqu’ils n’ont pas été traduits. En ce qui concerne la langue, je pense qu’il faut sortir la littérature du champ des revendications identitaires. La langue ne doit pas devenir une barrière entre les Corses eux-mêmes. Le bien fondé de la promotion de la langue corse est une évidence mais l’identité est faite d’autres composantes et chacune a son importance. Ces autres composantes peuvent s’exprimer dans toutes les langues. Il est certain que des ouvrages bilingues seraient les bienvenus . Le bilinguisme est le seul moyen de préserver le fait corse tout en répondant aux exigences d’ouverture sur le reste du monde. Dans l’édition, il s’agit d’un problème de coût et dans la création littéraire, les écrits de la plupart des auteurs corses demanderaient une traduction de la langue française vers la langue corse, ce qui apparaît paradoxal. Autant dire, que les textes bilingues des romans resteront rares.

Jean-Toussaint Desanti avait déclaré :

Si quelqu'un maintenant me posait cette question " Es-tu un philosophe corse ? ", je répondrais certainement ceci :
" Jamais je n'ai écrit en langue corse une ligne de philosophie. Mais là n'est pas l'essentiel. Je crois avoir pratiqué la forme de philosophie qu'exigeait mon origine. Dans ce champ aussi j'ai, autant que je l'ai pu, pourchassé l'indétermination, fait violence à la culture, effacé la mer, celle qui sépare et engloutit ".

Enfin, pour tomber dans la métaphore biblique, faut-il " babeliser " la Corse pour construire une tour de la littérature corse et aller défier le dieu des Lettres classiques? Cela me fait penser que la bible ( A Bibba ) a été éditée récemment en Français et en Corse.



La littérature corse peut-elle être autre que " mineure "(au sens deleuzien de ce qui mine la littérature d’un parcours nomade) ?

Cette question renvoie en partie au bilinguisme, à la confrontation avec les canons de la littérature dite classique et à la pensée post-coloniale. Le couple conceptuel " Mineur " et " Majeur " est apparu dans les années 1970 dans le texte deuleuzien. Ces nouveaux philosophonèmes ont été inventés pour expliquer la manière dont les normes sociales culturelles et politiques apparaissent, se durcissent et se transforment. La question est posée par Jean-Claude Loueilh, agrégé de philosophie et cette précision s’imposait. C’est ici l’intrusion du philosophe dans le débat .

Je me tourne donc à nouveau vers Jean-Toussaint Desanti, philosophe corse qui nous dit:

" Je suis né à la fois en Corse et ailleurs, mais en des temps différents. Comment éclairer cette relation de la Corse, comme terre d’origine, à son ailleurs ? " Comment comprendre l’articulation du temps des origines et du temps où les événements d’une vie s’enchaînent, où ils prennent leur poids et leur tournure ? Telle est l’interrogation qui aujourd’hui encore m’inquiète et me laisse incertain. "Ailleurs" : je crois avoir su ce que cela veut dire, et au plus près. "

et il avait répondu à Ange Casta :

Ange Casta : Quelle place la Corse a tenu dans votre vie et dans votre pensée ?
Jean-Toussaint Desanti : C'est le lieu où je suis né, où mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et ceux qui les ont précédés sont nés. C'est le lieu dans lequel je me sens né. Où j'ai pris racine. Ma profession, ma vocation, c'est d'être philosophe, c'est arrivé assez tôt - vers l'âge de 19 ans - et c'est arrivé en Corse. Simplement parce que c'est là que j'ai commencé à lire des philosophes. Dans quelle mesure le fait de me sentir de cette origine m'a-t-il porté vers une certaine forme de philosophie ... ? Je peux parler de l'insularité, l'insularité qui est l'unité d'un enfermement et d'une ouverture. La mer nous enveloppe et elle est aussi le chemin. Or un chemin qui ouvre et ferme, ça pose problème. D'une part, il faut prendre pied et donc s'y trouver. Et d'autre part, il faut y prendre essor, et s'en aller. A la fois s'en aller et rester. C'est tout le problème de la philosophie qui consiste à prendre en charge l'environnement du monde dans lequel on est, avec ses voisinages, avec ses rapports qui se construisent toujours et qui donnent sens à ce voisinage, qui permettent de le penser, de lui donner un corps. Et d'autre part il faut l'élargir, essayer de comprendre le rapport à un autre monde que ce voisinage qui ne cesse jamais d'être là. Et plus vous vous en irez, plus le voisinage viendra avec vous. Vous êtes obligé, à ce moment-là, de penser ce rapport. L'insularité vous donne à penser.[...]
AC : L'insularité, on peut la vivre ailleurs que dans une île ?
JTD : La peau qui nous enveloppe, c'est notre île, notre insularité. Nous ne pouvons pas en sortir, elle nous accompagne partout. Nous sommes tous insulaires au sens propre. Nous sommes obligés de montrer nos sentiments sur notre peau et de lire, sur la peau des autres, leurs sentiments. Nous sommes toujours dans ce rapport à la fois d'exclusion et d'intériorité. L'intérieur et l'extérieur se tiennent. La notion de frontière doit être pensée entièrement, elle n'est pas une ligne de séparation, mais une relation mobile.[...]
AC : Qu'est-ce qui a construit cet attachement très fort que vous avez à ce pays qui est le vôtre, la Corse, à ces racines, à cette identité ?
JTD : C'est la terre, l'air, la mer. Les gens que j'ai connus. La lumière. Et quelque chose qui concerne la philosophie : la précision des formes. Les formes, chez nous, sauf au grand soleil, sont précises. Chaque fois que j'y pense, j'entends un verset fameux d'Homère qui parle des bergers : c'est la nuit, la lune se lève, les hauts promontoires se dessinent, les collines et aussi les golfes se dessinent et, dit Homère, " le cœur du berger se remplit de joie ". Simplement parce que les choses se dessinent. Or, quand les choses se dessinent, cela veut dire aussi qu'elles se dévoilent, dans cette lumière. C'est cela qui est décisif du point de vue du désir de philosophie. C'est le désir de la forme qui échappe à la brume.

Pour Félix Castan, l'incarnation de l’humaniste occitan ouvert au monde et à toutes les différences, " L’humanité n’est pas une fourmilière mais l’expression d’une diversité. La sédentarité n’est pas exclusive du mouvement. Elle est même plus universelle que le nomadisme. Le fait d’être de quelque part donne conscience que chaque homme est un centre du monde. "

Les trois caractères de la littérature dite mineure sont la déterritorialisation de la langue, le branchement de l’individuel sur " l’immédiat politique ", l’agencement collectif d’énonciation. Mineures qualifient des conditions révolutionnaires de toute littérature au sein de celle qu’on appelle grande ( ou établie ). Vaste question donc que celle posait par Jean-Claude Loueilh qui risquait de nous faire entrer dans les brumes textuelles d’un discours philosophico- analytique, pour finir par se mordre la queue à force de tourner en rond, ce qui est à l’opposé d’une pensée nomade… Etre ou ne pas être ? reste la seule question shakespearienne pour la littérature corse ( d’essence orale) davantage tournée vers le théâtre que vers la philosophie.

Des auteurs non corses ont choisi la Corse et sont entrés dans la littérature corse, par la poésie, le roman et le polar notamment. Certains se sont découverts une identité culturelle corse sans être corses de souche. Parmi eux, j’en connais qui sont allés jusqu’à apprendre la langue et l’histoire de la Corse. La littérature corse évolue, se diversifie et s’hybride en s’enrichissant sans, pour autant, y perdre son âme. Les auteurs corses de souche ou corses d’adoption sont sujets au même tropisme pour l’île mais une île tournée vers le monde. La culture n’est pas un champ clos dans lequel on tourne en rond avec inscrit sur le poitrail " Je suis corse et j’en suis fier ". La question est de savoir d’où l’on vient mais surtout où l’on va, que le parcours soit miné ou pas. Que la littérature corse soit mineure et donc dans des conditions révolutionnaires au sein de la grande littérature française n’a plus d’intérêt. La minorité est un problème posé à tous les genres littéraires. Il suffit de citer l’évolution du polar en marge de la littérature dite classique puis dans la littérature. Que la minorité " au sens deuleuzien " mine la littérature corse de son parcours nomade est une formule ambiguë qui laisse supposer le choix de rester mineure ou une soumission à ce qui est majeur. Comme le dit une chanson : Chacun suit sa route, chacun suit son chemin…
D’évidence, la question de Jean-Claude Loueilh s’adresse à des auteures répondant à l'étalon deuleusien suivant:
philosophe-linguiste-sociologue-politologue-universitaire
.
Je suis donc mineur en la matière et je m’arrête là.



Que signifie alors le récent " printemps "de la littérature corse ? Et l’éclosion en elle d’un fort investissement dans le genre réputé " marginal " du " polar ? "

Si on parle de tout ce qui s’écrit en Corse et non pas uniquement de ce qui se publie, on peut imaginer que la poésie et le conte sont les genres les plus pratiqués car ils sont les héritiers d’une culture orale très riche avec le Chhjam’è rispondi, la paghjela, le lamentu… Si on écarte le théâtre et le cinéma dont la transmission est visuelle et orale même si une pièce ou un scénario est d’abord écrit, la poésie est, à mon sens, le genre le plus abouti de la littérature corse. Il se lit, se déclame, se chante. Il est porteur de la langue et de l’âme corses. Il en est l’ambassadeur. Toutefois, en dehors des aphorismes, la poésie n’est pas un genre populaire et c’est au roman d’amener de nouveaux lecteurs rebutés par des œuvres trop difficiles…. Le polar qui reste un genre populaire a pris sa place et a trouvé ses lecteurs en Corse. Il lui reste à s’expatrier malgré les difficultés de diffusions rencontrées par les auteurs. Il y a longtemps que le polar n’est plus marginal, Monsieur Loueilh, du moins auprès des lecteurs et des libraires. Il suffit, pour s’en convaincre, de regarder les rayons de ces derniers.

Printemps ? Eclosion ? Littérature corse ? Polar ?…

Joël Jégouzo de Noir comme polar, qui n’est pas corse, a un point de vue qui mérite notre intérêt.
" La Corse publie. Beaucoup. La Corse invente. Beaucoup. Sans doute son insularité (géographique et culturelle) y est-elle pour quelque chose dans ce regain d’invention et d’expression qui la marque aujourd’hui. Son " insularité ", ou plutôt la prise de conscience de sa place dans le monde. Le " monde ", oui : les cinq continents. Le sentiment que sa " corsitude ", ce sentiment d’appartenir à une entité historique, culturelle, que l’on vit ailleurs comme menacée, justement dans ses dimensions insulaires, méditerranéennes, ne l’est pas en réalité. Changeons de vocabulaire donc : laissons le mot de " corsitude ", chargé des représentations stéréotypées que le vieux continent a forgé d’une île imaginaire vouée à un sot exotisme, aux dépliants touristiques et parlons plutôt de " corsité " : le fait d’être corse, dans un monde globalisé, est une chance. Explorons cette corsité, semblent proclamer les éditeurs corses, dont l’ambition s’affiche à hauteur d’un investissement proprement militant pour que cette culture rayonne enfin, comme s’ils étaient persuadés que l’ancestrale culture corse représentait non seulement le salut pour la nation corse, mais un vrai laboratoire des mondes à venir.
Car voici que confluent brusquement de sérieux héritages pour former les conditions d’un (re)surgissement exemplaire — celui du fait Corse. Au point de confluence, l’héritage culturel de la diaspora corse, la culture orale corse et la volonté d’être corse par-delà les dérives identitaires et les reniements de toutes sortes, leur tentation du moins, dans un monde culturellement aliéné à la civilisation libérale américaine.
L’héritage de la diaspora corse tout d’abord. On l’a dit de bien d’autres nations : c’est une chance de posséder une forte immigration à l’étranger, formant les têtes de pont d’une culture vivante, exposée au défi d’exister envers et contre l’exil. Une diaspora donc, non seulement ambassadrice du fait corse, mais et peut-être surtout, communauté affrontée aux autres cultures, sachant mieux mesurer les défis du monde, tel qu’il les réorganise.
Au point de convergence, toujours, l’héritage de la culture orale corse — nous y reviendrons. Enfin, la volonté d’être corse : un corps, plutôt qu’un corpus à ressasser. Et donc la nécessité de rompre avec une représentation véhiculée par le vieux continent d’une terre mystifiée — et par mystification, entendons toutes les dérives intra et extra muros que la Corse a connues ou subies. Car le mythe impose une rhétorique et une langue dont il faut s’emparer. C’est bien ce que les éditeurs corses ont compris, qui convoquent désormais la littérature mondiale autour du texte corse. Faisant ainsi entrer de plain-pied dans la langue corse une géographie expansive qu’il nous est possible, enfin, d’entendre, et c’est ce qui importe : que l’échange soit possible.
Alors prenez in fine la langue corse, enracinée dans une forte tradition orale. Voilà qui n’est pas sans évoquer la situation de l’Irlande au moment où Joyce entreprend d’écrire : minoritaire, enfermée dans la domination britannique. Joyce n’écrit pas en gaélique, mais il sait faire chanter sa langue natale dans la langue de l’oppresseur, pliant au passage les règles du roman moderne au grain hérité du plus profond de son histoire. Cette jouissance séminale de la parole à la suture du parlé et de l’écrit, c’est dans son roman qu’il va donc la faire passer, abusant de phonétique, jouant du surgissement du son dans le mot. Lisez-le à haute voix, vous l’entendrez bien, allez ! Mais s’il y a de l’hérétique dans cette langue, c’est bien que son souci d’expérimentation formelle coïncide avec une conception offensive de la vie. Le vieil irlandais si vieux et d’un coup à la pointe de toute modernité… C’est cela que l’on entend ici et là dans le corse qui s’écrit aujourd’hui, au-delà du besoin ontologique d’exister par la révolte, dans et par cette formidable cambriole nourrie des rapines des autres possibilités langagières, en tout premier lieu offertes par la vieille langue corse.
Mais ne poursuivons pas trop loin ce parallèle entre l’Irlande de Joyce et la Corse d’aujourd’hui. Encore que l’une et l’autre se soient façonnées par une construction identitaire fondée sur l'opposition à la culture qui les dominait. Ici, l’époque n'était guère propice à la liberté artistique, comme en témoignent la censure et l'exil de nombreux écrivains irlandais, de Joyce à Beckett. Ici toujours, la nation prenait ses distances avec ses repères historiques — la langue gaélique, l’Eglise catholique, un mode de vie rural — pour se réinventer dans un cadre européen et se démarquer du nationalisme violent qui sévissait dans le Nord. C’est peut-être, toute proportion gardée, ce à quoi la Corse opère aujourd’hui : à revisiter son passé pour l’accomplir autrement. Car voici que dans la régulation qui s’opère, le passé fait de nouveau fond sur l’histoire présente. Il n’est que d’évoquer cette coutume corse séculaire : le Chjam’è rispondi. Il y a là, sans doute, encore, une voie que les Corses contemporains n’ont pas fini d’explorer dans leurs œuvres.
De quoi parlons-nous ? A l’origine d’une joute verbale au cours de laquelle les participants rivalisaient avec des mots scandés a capella. On n’est pas loin du Slam ou du Rap. Impromptu poétique, sur un schéma mélodique répondant à des règles précises avec un contenu ouvert aux débats de société. Nul doute que la Corse tienne là le filon des modernités à venir ! Imaginez : savoir pareillement syncoper son présent, le plier aux contraintes de l’histoire tout en exposant cette dernière à la (petite) frappe de l’actualité. Faire entrer dans l’insolite d’une voix individuelle une réponse sociétale. Pas étonnant, en outre, que le polar y tienne une place de choix, pour toutes les raisons déjà données à son sujet dans ce numéro et pour cette autre qu’il porte, mieux qu’aucun autre genre, lui-même trace de la structure Chjam’è rispondi : et la contrainte des règles du genre et la liberté sans laquelle le chant ne serait qu’une rengaine exténuée. "
Faut-il définir une littérature corse pour que des universitaires distribuent un bandeau " littérature corse " aux auteurs qui le méritent ? Faut-il des chefs d’œuvres pour qu’une littérature corse existe ?
Le chef d’œuvre est-il le roman total , le grand roman d’une vie, le grand roman d’une époque, peut-être d’une génération ? Cela me fait penser à un auteur mexicain Juan hernandez Luna et à son dernier roman " Fausse lumière " dans lequel le narrateur veut écrire ce roman total sans jamais pouvoir le commencer. Pour lui, les lumières de la raison, de la culture, de l’éducation sont trompeuses. Ce sont de fausses lumières qui conduisent à un seul savoir, à une seule connaissance : Il est alors trop tard, tout a déjà été écrit…
Un autre romancier mexicain célèbre, Paco Ignacio Taïbo II a écrit ; " … Atteint d’un optimisme pathologique, je continue à croire que la santé du roman est toujours éclatante et que les meilleurs livres n’ont pas encore été écrits " et il ajoute qu’il veut aller à la rencontre du " roman fleuve grossi par de multiples affluents, hybride parce qu’ouvert à tous les genres, né évidemment de toutes sortes de métissages et forcément baroque dans la structure narrative tout en faisant la part belle à l’anecdote et qui préfère à l’expérimentation du langage le canevas du couturier qui unit et qui assemble avec un fil invisible… " Taîbo II est un auteur mondialement lu.
Ces deux romanciers mexicains sont des auteurs de romans noirs et de néo-polars, genre qui fait partie de la littérature mexicaine au même titre que les autres romans.



En conclusion, le débat reste ouvert mais sera-t-il refermé un jour? C’est un débat entre intellectuels qui ont fait leurs humanités!

"
Xavier Casanova, le diamantaire de Ghisonaccia-Gare, résuma en un propos lapidaire le sens même du débat : comment interroger le concept de littérature corse au terme d’une soirée de lecture publique ? N’avait-on donc rien entendu de cette création étrange, multiforme, rebelle, balbutiante et tonique ?" Okuba Kentaro dixit.

Pour ma part, j’ai envie de reprendre une phrase ( sortie de son contexte) de Martine Rousset, présente à Barrettali le 11 août dernier et auteur d’un recueil de nouvelles " Mystères d’âmes " aux Editions A Fior di Carta :
" Et finalement, doit-on se poser de telles questions en écrivant ? Laisser courir sa plume au gré de ses émotions et de son imagination n’est-il pas la plus humble façon d’écrire ? "

Et puis, si c’est de la littérature, tant mieux!…

jpC


PHOTOS DE LA JOURNEE LIVRES OUVERTS A BARRETTALI










Le jeudi 04 octobre 2007 à 13h14 dans Corse
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