• Un auteur, un livre

     
    Laurent MARTIN et l’Afrique :
    La tribu des morts:
    Laurent MARTIN a quitté l’enseignement pour devenir auteur de polar et directeur de publication de la revue " Shangaï Express "(vendue en Kiosque). Son premier roman, sauf erreur ou homonymie, il en a fait la promotion par des forums d’enseignants sur la réforme Allègre. Il est même apparu, à l’époque, comme un des brillants leaders des L.E.P face au dégraisseur de Mammouth. Après " l’ivresse des dieux " (grand prix de littérature policière 2003), son deuxième polar dans la Série noire Gallimard "La tribu des morts " est une sombre histoire de cadavres zairois lardés de coups de machettes. Mangin , commandant de police, santé fragile et moral d’acier, s’obstine, avec l’aide de son collègue Krief, à élucider ces meurtres d’apparence tribale malgré l’interdiction d’un chef qui lui confie d’autres enquêtes faussement prioritaires et sous les pressions musclées de gros bras bien renseignés. Au fil du récit truffé de dialogues, le lecteur entre dans la peau d’un Mangin que rien ne détourne de la résolution de ces meurtres mystérieux, et rien ne lui fera renoncer à entrer dans les arcanes de la tribu des morts. L’auteur, comme Mangin, a vécu en Afrique. Passionné d’histoire et d’archéologie, il marque les chapîtres par des parenthèses africaines et des revues de presse sur une tribu de morts célèbres, Lumumba, Tshombé, Mobutu jusqu’à Kabila. Il évoque cette Afrique où les vivants apparaissent plus fictifs que leurs masques. C’est le masque africain qui " accompagne aux limites de la vie, du corps, pour mettre face à face, les hommes, les esprits et les dieux ". Le style est plaisant et le roman bien écrit. A la fin, l’auteur conseille la lecture des livres de Abdourahman A. Waberi et de François – Xavier Verschave, histoire de se documenter sur les bienfaits de la colonisation de l’Afrique noire. Bonne lecture ! jpC
    site perso de l’auteur : http://lm.polar.free.fr
    romans du même auteur : Or noir peur blanche et Des rives lointaines (Editions Passage)
     
    Christian ROUX , auteur et musicien engagé
    Les Ombres mortes :
    Alias "Geoffrey Martin " a été frappé d’amnésie après un accident. Il hérite d’une identité trouvée sur lui et contenue dans de faux papiers. Pendant huit ans d’une vie plate, un cauchemar le hante ; un œil arraché de son orbite roule vers une bouche d’égout où il disparaît. Et puis, il rencontre Tom et Josepha. Il aime Josepha et commence à revenir à la vie, lorsque le premier coup de théâtre renvoie Geoffrey vers son destin lié à un passé qu’il ignore. Un flic énigmatique, le lieutenant Lancelot, lui annonce le suicide de Josepha, sans écarter le meurtre toujours possible. Le flic a une méthode : " Le crime ne vient que de là. De la merde et du malheur. C’est un résultat chimique obtenu par un mélange très précis de ces deux éléments. Alors, on fouille la merde et le malheur, et on cherche l’individu qui possède en lui l’exacte proportion nécessaire à l’explosion. " Et si Geoffrey possédait cette exacte proportion ? Mais comment aurait-il pu tuer la femme qu’il aimait et qui allait lui permettre de refaire sa vie. Après une soirée dans un cabaret où Geoffrey s’est saoulé en acceptant du champagne offert par un groupe qui "l ‘avait choisi " avant de le rejeter, une question le taraude ; " Que me veulent-ils ? ". Lorsque son ami Tom lui reconnaît que le meurtre est possible et ajoute que, après tout, il vaudrait peut-être mieux oublier tout ça, il répond : " Mon pauvre Tom, j’ai déjà oublié tellement de choses. ?Je ne vais pas refaire ma vie tous les huit ans ". Son cauchemar le hante à nouveau, en devenant plus précis dans les détails. L’intrigue se déroule, avec finesse, entre le 3 et le 20 mars 2003. En retrouvant peu à peu des bribes de son passé, Geoffrey s’enfonce dans le cauchemardesque. Est-ce que l’œil va l’entraîner dans sa chute ?
    Christian Roux m’a dédicacé son ouvrage en écrivant : " Les ombres mortes errent parmi les vivantes mais ce ne sont pas forcément les plus dangereuses… ". C’est une clef pour le lecteur. Stop ! A vous de découvrir ce livre bien écrit, dans un style efficace. Bonne lecture !
    Christian ROUX est présenté comme un auteur engagé et cela apparaît dans ses écrits sans outrance. Sa vision romanesque s’exprime tout en nuances. Dans son premier opus " Braquages ", quatre SDF sont recrutés par un mystérieux individu pour commettre un braquage audacieux. La manipulation des faibles par les forts reste d’actualité, même dans nos démocraties.
    Christian Roux est un artiste. Il est aussi musicien, chanteur et compositeur. Il fait partie du groupe NICRI dont nous vous livrons cet extrait de chanson: L’espoir…
    Qu’est-ce qui aurait pu nous faire croire
    Qu’un jour on se mettrait à boire
    Qu’est-ce qui aurait pu nous faire croire
    Qu’un jour la lune en aurait marre
    Croire que ne tomberaient plus les feuilles et que
    Des baisers morts souilleraient notre seuil...
    pour plus, aller sur le site de NICRI
     
    Pascal Desaint, néoréalisme et fantastique :
    Les hommes sont courageux :
    Les hommes sont courageux " est le titre d’un recueil de nouvelles, inédites ou non, qui font frémir de leur folie ordinaire. Il s’agit de 13 tranches de vies ou vies tranchées, entre les gypaètes barbus des montagnes ariégeoises et les moustiques de Camargue. Mais ne vous y trompez pas, si on y ajoute quelques autres animaux comme le rat et le bulot, c’est de l’humain dont il est question. Le courage, c’est celui de survivre à ses illusions. L’auteur "donne à entendre tout le mal que l’on ressent à traîner ses fautes, ses regrets. Si fautes. Si regrets. " Le courage est aussi révolte. La violence apparaît comme un aveu de désespoir. L’amour côtoie le drame.
    Un randonneur en bonne santé choisit, comme future sépulture, les ventres des gypaètes barbus et autres charognards. Un chauffeur d’un bus détourné la veille de sa retraite, sort de sa ligne de vie. Vous rencontrerez d’autres personnages étonnants: une femme castratrice, un boxeur virtuel, véritable amant à la gueule de phacochère, une meurtrière qui compte sur ses dix doigts…
    L’auteur nous parle aussi des montagnes ariégeoises, où il pratique lui-même les randonnées dans le Couserans. C’est le naturaliste Eric Alibert qui lui a donné la passion de la montagne. Il nous offre une visité en bus de Toulouse où il a fait des études d’histoire contemporaine.
    Il est originaire du Nord et d’un père qui est descendu à la Mine à 14 ans. Il a exercé plusieurs métiers : veilleur de nuit, gardien de musée, animateur de radio… Il est décrit comme un auteur qui "ne dédaigne ni les outrances du néoréalisme ni le fantastique quotidien ". Pascal Dessaint a mis dix ans pour être publié. Depuis, il a obtenu le prix mystère de la critique en 1997 avec Bouche d’Ombre et le grand prix de littérature policière en 1999 avec Du bruit sous le silence. Il est l’auteur d’autres romans : La vie n’est pas une punition, A trop courber l’échine, une pieuvre dans la tête, On y va tout droit, mourir n’est peut-être pas la pire des choses (trophée 813 du meilleur roman francophone 2003), Les paupières de Lou, un drap sur le Kilimandjaro ; chroniques vertes et vagabondes. Tous ces romans ont été publiés par Rivages/noir. En outre, il a contribué au Poulpe avec "pis rennais " et a écrit deux autres opus : Ca y est, j’ai craqué, au Seuil, Points Virgule, et De quoi tenir dix jours chez Librio.

    Didier DAENINCKX et l’histoire de France.
    Le retour d’Altaï :
    Il s’agit de la suite donnée par l’auteur à son excellent roman " Cannibale ". Vous y retrouverez Gocéné, trois quarts de siècle plus tard, qui revient en France sur les traces d’un kanak tué 124 ans plus tôt en Nouvelle Calédonie. De quoi sortir du formol des spectres historiques et parler aussi de la culture des kanaks, de leur humanité. La piste du repentir passe par le musée de l’homme, dans cet opus de 114 pages.Avec le retour d’Altaï, Gocéné nous donne une belle leçon de ce repentir généalogique et le chef de la tribu de Kowale peut lui accorder un pardon collectif. A méditer….
    Question extraite : " Vous tous qui dites " hommes de couleur ", seriez-vous donc des hommes sans couleur ?"Didier Daenincks écrit, pour Shangaï express, une feuilleton " l’inspecteur L’entraille ", qui sifflotte des refrains de Maurice Chevalier. Des meurtres sous le régime de Vichy et l’occupation allemande. Le décor historique est planté. Le coéquipier de l’inspecteur L’entraille est un certain " Verdier ". Justement, notre auteur a publié un recueil aux Editions Verdier . Il s’agit du titre : " Les cités perdus "…. à lire et , dernièrement , un livre également sous le régime de Vichy, au titre annonciateur: Itinéraire d'un salaud ordinaire!
    Didier Daeninckx participe à la revue Amnistia.net
     
    Hommage à Pierre SINIAC:
    Pierre SINIAC est né le 15 juin 1928 à Paris . Il a donc connu les deux guerres. C’était un auteur prolifique. Le grand public a pu faire sa connaissance avec l’adaptation cinématographique de son roman " Les Morfalous ", qui traitait déjà de l’héroïsme en temps de guerre. Il a obtenu le grand prix de la Littérature policière en 1981. De cet auteur, on peut citer " Illégitime défense " , son premier roman en 1958, " Monsieur cauchemar " en 1960, " L’unijambiste de la côte 284 ", " reflets changeants sur marre de sang ", " Femmes blafardes ", " Aime le maudit ", " Des amis dans la police ", " Le mystère de la sombre Zone " …. Il a inventé aussi les personnages étonnants de Luj Infernan et la Cloducque.
    Il a écrit " la course du hanneton dans une ville détruite " ( ou " Corvée de soupe " ) en 1994. Ce livre sera édité 4 ans après son décés. (Rivages/noir)
    Pierre SINIAC est mort dans l’indifférence et l’anonymat en mars 2002. On a découvert son corps le 11avril 2002 dans son HLM d’Aubergenville ( Yvelines ).

    La course du hanneton dans une ville détuite ou Corvée de soupe ( janvier 2006) :
    Juillet 1994, un manoir normand est en vente. Il recèle des tombes de FTP et de soldats de la dernière guerre. Une dalle tombale n’a aucune inscription et dessous repose Barbara ROUSSET, morte dans sa vingt sixième année. " C’était une fille de l’Est. Père inconnu. Enfin , on racontait que sa mère, une serveuse d’auberge dans la Meuse, l’avait eue avec un soldat américain, en 17-18, pendant l’autre guerre ; ce qui expliquerait le prénom. En 40, par ici, on a eu des réfugiés. Des Lorrains, des Alsaciens. Barbara était dans le lot… " Et nous voilà projetés en plein débarquement des Alliés dans ce Manoir où Barbara se retrouve seule avec huit orphelins à protéger et nourrir. Elle a , à sa disposition , un véhicule prestigieux : la Delage D8, modèle 1937 de couleur prune. Elle tente une première sortie, avec tous les enfants : " Et la voiture de tourner sans trêve, comme sous la coupe d’une mécanique devenue folle, prise dans ce malstrom de feux et d’acier, avec sur les neuf têtes enfermées dans le véhicule un ciel livré à un feu d’artifice démentiel ". Retour au manoir et puis, elle repart seule au volant du véhicule criblé d’impacts de balles pour la " corvée de soupe ", tel un hanneton qui cherche maladroitement son chemin au milieu des ruines.. Il s’en suit une épopée cauchemardesque, celle d’une jeune femme dont le courage n’a d’égal que la maladresse. Cette chronique d’une mort annoncée montre les horreurs et les dégâts collatéraux de la guerre. Barbara, pacifiste par nature, se retrouve en première ligne. Elle livre son propre combat au milieu du fracas des bombes. Pour le personnage de l’héroïne malgré elle, SINIAC s’est inspiré d’une histoire qui lui a été racontée à Canisy où l’écrivain passait ses vacances. Dans le roman, le narrateur est un certain Tiercelin, qui fait visiter le Manoir aux acheteurs.
     

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