• Marseille, week-end en noir

    Marseille : Noir du polar à la Maison de la Corse, avec Jean-Pierre Orsi, et noir anthracite au théâtre Toursky, avec Piétra…
     
     
    Samedi 27 janvier 2007: La maison de la Corse était trop petite pour l’affluence qu’elle a connue ce dernier week-end, 27 et 28 janvier 2007.
    Plusieurs salles étaient à la disposition des éditeurs et des auteurs présents. Entre les conférences sur Pascal Paoli et les leçons de cuisine corse, les visiteurs se sont pressés autour les livres, une exposition de tableaux et les produits corses, avant de fêter le Capu d’Annu lors d’un apéritif. Les habitués sont venus compléter leur bibliothèque corse et leur nombre s’est renforcé par de nouveaux venus. Pour tous, c’était l’occasion de rencontres et de nouvelles présentations lors desquelles il n’est pas rare de recevoir des nouvelles de relations ou de parents. Les salons culturels restent des lieux privilégiés de cohésion sociale et de solidarité. Il faut rappeler que la Maison de la Corse recevait des dons alimentaires pour l’île où, comme partout, le nombre des nécessiteux augmente.

    Du côté littéraire, il n’est plus besoin de dire que nos éditeurs proposent de bons romans et de beaux livres. C’est une réalité maintenant ancienne. Le succès du salon du livre corse est donc mérité pour les organisateurs et les participants. Jean-Pierre Orsi dédicaçait ses trois polars corses : " La chèvre de Coti-chiavari " (réédité ), " Sous le regard de Napoléon " et son dernier " la nuit de San Matteo " qui est déjà un succès en librairie. Nous avons noté la présence de son éditeur Le Journal de la Corse en la personne de Jean-Charles Gaspari. Il faut rappeler que le Journal de la Corse est aussi un journal vieux en âge mais moderne par sa ligne éditoriale, sa présence sur le Net et dans l’édition de polars contemporains.

    Dans ce genre littéraire, Jean-Pierre Orsi et Jean Crozier – Pandolfi (auteur de La vendetta de Sherlock Holmes) ont pris l’initiative de créer une association des auteurs corses de polars et un site avec des projets d’événements d’abord en Corse et ensuite sur le continent. Corse noire s’est associée à cette aventure. Vous pouvez visiter le site de l’association Corsicapolar à l’adresse ci-dessous :
    http://www.corsicapolar.eu


     
    Et puisque nous en venons au "noir", à 21 Heures, le Théâtre Toursky à Marseille donnait la dernière représentation du ballet " conditions humaines " de notre talentueuse compatriote Marie-Claude Pietragalla.
     
    Dans cette œuvre dansée, le noir est celui du charbon et des terrils de la région Nord - Pas de Calais. C’est le noir des conditions d’existence des mineurs au début du 20ème siècle et c’est le noir de la mort. Le 10 mars 1906, la catastrophe de Courrières : coup de grisou à la suite d’un incendie qui couvait dans la veine Cécile de la mine. Sur 1425 mineurs, 1099 ne remonteront pas. Trop rapidement, la direction de la mine décide qu’il n’y a plus de survivant et fait inverser l’air dans les puits. Malgré cela, le 30 mars treize rescapés réapparaissent et le 4 avril, quatorze autres. " Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire " est le sous-titre de ce spectacle de danse - théâtre. C’est le Président de la région Nord Pas de Calais qui a sollicité la troupe Marie-Claude Pietragalla, pour la commémoration de cette catastrophe. Avec Julien Derouault, danseur et compagnon, la chorégraphe et danseuse - étoile a consulté des archives, parcouru le bassin minier et rencontré d’anciens mineurs et des veuves de mineurs, réalisant un véritable travail d’investigation. Après la première représentation devant une salle composée, en grande majorité, d’anciens mineurs, les personnes contactées ont trouvé normal que ce soit un ballet, de la danse, qui parle de la mine et raconte leur vie, parce qu’au fond (de la mine) il y avait tellement de bruit que la parole n’avait pas de place. Pietra et Derouault concluent une interview croisée dans le journal " L’Hebdo " en disant : " Le corps, la mémoire du corps avait parlé… " Que reste-t-il de cet événement, de ce qui demeure gravé dans le corps ? Pietra commente son travail : " C’est à travers ces questionnements que l’œuvre chorégraphique " Conditions humaines " tentera de se frayer un chemin…. où poésie et humilité seront les armes du mouvement " et Julien Derouault ajoute : " La danse est peut-être l’art le plus légitime pour raconter l’histoire des mineurs : les deux ont en commun le corps comme outil de travail ".

    Le rideau s’ouvre sur un tableau allégorique de la mine " dans son drapé de noir " : surélevée, Pietragalla fait danser ses bras, son buste sort d’une immense jupe noire qui couvre toute la scène. Sous le tissu " noir anthracite ", des corps ensevelis. Le deuxième tableau met en scène une femme désespérée luttant contre la folie, bientôt rejointe par d’autres… Chaque tableau est inspiré par les récits authentiques recueillis lors du travail journalistique qui a précédé la chorégraphie. L’enfer de la mine est mis en scène de façon dantesque dans un tableau qui fait penser à une œuvre du peintre Fernand Léger. Les hommes – machines exécutent leurs danses mécaniques dans un concert de bruits assourdissant. Et puis, des tableaux ouvrent des parenthèses sur la vie dans les corons de briques rouges où la vie reprend provisoirement le dessus avec ses amours, ses espiègleries mais aussi parfois la solitude, la fatigue, l’ennui des femmes pendant que les hommes s’enivrent … Et toujours, la mort qui rode dans la mine. La mort et la mine incarnées par une seule danseuse Pietra, Peut-être parce que les deux ne font qu’une, lorsque les corps ne remontent plus et laissent des vêtements vides à des veuves. Quelle mémoire subsiste ? Celle gravée dans les corps cassés des mineurs et dont l’odeur imprègne encore les vêtements. " Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ". A l’époque la justice n’a pas eu ce courage et les responsables de la catastrophe ont été mis hors de cause, malgré une longue grève et une prise de conscience collective de la réalité des mines. Cette catastrophe, qui aurait pu être évitée, a traumatisé pour longtemps les habitants du Nord de la France.

    Le succès était au rendez-vous. La troupe part pour Belgrade où le Théâtre national veut reprendre " Fleurs d’automne " créé en 2001 à Marseille. Au théâtre Toursky, la troupe est toujours la bienvenue et affiche complet à chaque passage. Le précédent ballet était " Je me souviens ", inspiré par les souvenirs d’enfance de Pietra. Avant, il y a eu " Ni Dieu, ni maître " en hommage à Léo Ferré. On doit citer aussi " Sakountala " inspiré par Camille Claudel. Il y a eu " Ivresse " " et son flamenco. ; en remontant beaucoup plus loin, " Corsica " et les musiques de Guelfucci. Dans tout ce que la star corse de la danse fait, le choix des musiques est toujours un bonheur. Avec " conditions humaines ", Marie-Claude Pietragalla démontre qu’elle peut aborder les sujets les plus difficiles. Cette liberté de création qu’elle dit avoir trouvée est une chance pour un très large public. Vous pouvez aller visiter son site qui offre aussi des extraits en vidéo, à l’adresse ci dessous :
    http://www.pietragalla.com


      
    Dimanche 28 janvier 2007, Jean-Pierre Orsi accueille, sans entrechat ni pirouette, de nouveaux lecteurs intéressés par ses trois polars corses. L’un d’eux est venu exécuter une commande faite par sa sœur qui n’a pas pu se déplacer. L’inventeur du Commissaire Batti Agostini a décidé de faire de la place aux polars corses dans les rayons des librairies du Continent. Les siens sont déjà en vente dans toutes les grandes librairies de Marseille comme Cultura pour n’en citer qu’une.
     
    Les trois romans forment une trilogie avec des personnages récurrents : trois récits distincts des enquêtes menées par le Commissaire Baptiste Agostini, assisté de ses deux collaborateurs, Jean – Antoine Mariani, affublé du sobriquet " A ghjobula " et Angelo Leonetti dit l’Acellu. Nous vous laissons découvrir, par la lecture, les explications des sobriquets. Nos trois compères ne connaissent pas l’oisiveté. Au commissariat d’Ajaccio, leur quotidien était fait de vols à la tire, de la petite délinquance, des petits casses, des petits trafics de drogue, des scènes de ménage, des actes de racisme ordinaire… jusqu’à ce que Jean-Pierre Orsi les fassent entrer dans le monde du polar d’abord avec " La chèvre de Coti-Chiavari " qui n’est pas un de ruminants caprins dont le lait caille pour notre plaisir dans une bergerie de Coti-chiavari. Il s’agit d’une coutume sicilienne pour règlement de compte raffiné. Lorsque la victime est Antoine Doria, professeur des civilisations méditerranéennes à l’université de Corte, descendant d’une illustre famille génoise, militant nationaliste en rupture avec son mouvement… et de surcroît vieil ami de notre commissaire, ce dernier est prêt, avec sa garde prétorienne, à affronter tous les dangers d’où qu’ils viennent… A peine sortis de cette affaire éminemment délicate qui le touchait personnellement, voilà notre commissaire avec un nouveau cadavre sur les bras : Un jeune homme retrouvé mort " sous le regard de Napoléon " qui n’a pas bougé et reste muet… Non ! … Napoléon n’a pas ressuscité. Il ne s’agit pas de l’omerta d’un illustre descendant mais du lieu de la découverte du cadavre : au pied de la statue de Napoléon, au Casone, quartier habituellement calme à Ajaccio. Le défunt est un toxicomane qui a succombé à une overdose de cocaïne aggravée par un abus d’alcool. S’agit-il d’une simple affaire de drogue ? On aurait pu le penser, si le cadavre n’avait pas eu, posée sur sa poitrine, une étrange croix en bois. Rapidement, un journaliste local échafaude une hypothèse selon laquelle le corps du jeune homme aurait été l’objet de rites sataniques ayant un rapport avec le Croisé du jardin d’Austerlitz… Par la suite apparaît une certain Silvana Papalardo. Est-elle vraiment immortelle ? Que manigance un ancien de l'Indochine aux méthodes douteuses ? Vous aimeriez bien tout savoir ? Rien de plus facile : lisez les romans.

    Dans les deux premiers volets, l'horrible des situations propres à un bon polar côtoie souvent des instants plus quotidiens, à savoir les problèmes familiaux du commissaire, la perte d'un ami cher ou une certaine actualité corse. Le troisième volet " La nuit de San Matteo " débute, en 2005, avec la grève de la SNCM et l’intervention du GIGN sur la " Pascal Paoli " au grand dam du lieutenant Mariani qui ne comprend pas l’opération commando menée contre des syndicalistes. Connaissant bien entendu les raisons du conflit social, le commissaire Agostini se souvient alors de son ami feu Antoine Doria qui prônait une politique audacieuse d’investissement en Corse et, d’abord, préconiser de casser le système clanique, frein au développement de l’île… Sur ces bonnes paroles, il se rend à Cuttoli , village corse où il possède une maison que son ami " Zi Pè " (Jean-Pierre Poletti) lui a laissée en héritage. Un lègue qui lui vaut la haine des deux neveux du Défunt et une raclée mémorable interrompue par une vieille dame, Anna-Maria Meniconi qui a très bien connu Zi Pè. Le lendemain un gamin, contre 20 euros donnés par un inconnu affublé d’une casquette et de lunettes de soleil, lui remet une enveloppe contenant deux balles de Kalachnikov. Une menace claire avec la question qui se pose : Qui veut tuer le Commissaire Agostini ? … Nous ne vous en dirons pas plus que ce qui est écrit dans la quatrième page de couverture : lors d’une nuit, un commando cagoulé et armé pend par les pieds, en haut de la grille d’entrée du cimetière de Cuttoli, un homme apparemment sans vie. L’intrigue se déroule sur fond de conflit social lié au projet de privatisation de la compagnie maritime corse, la SNCM.

    Si vous n’avez pas lu les deux premiers, nous vous conseillons cette trilogie. Jean-Pierre Orsi nous parle de choses sérieuses sans se prendre au sérieux et nous rend familier ce commissaire Agostini, au point d’avoir envie de l’appeler Batti, en lui donnant une tape amicale dans le dos, avant d’aller partager un apéritif à Coti-Chiavari où notre auteur, ancien journaliste et cadre mutualiste, trouve son inspiration, en contemplant la Méditerranée… Malgré quelques césures, je termine cette trop longue phrase, un peu essoufflé mais satisfait car, arrivée à Coti-chiavari, la vue est belle sur le Golfe d’Ajaccio. Au bout des trois lectures, j’ai aussi suivi trois enquêtes prenantes. Toutefois, je n’ai pas pu savoir si le commissaire Baptiste Agostini est parent avec son homonyme prénommé Léonard que j’ai rencontré dans un polar du corso-québécois François Canniccioni. Ce que je peux dire, c’est que " Jean-Pierre Orsi ", il n’y en a qu’un, en bonne place dans le polar corse.
     

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