• Le sel de la mer, film palestinien




    Le film « le sel de la mer » d’Annemarie Jacir a été projeté, le lundi 1er septembre dernier, au cinéma Variétés de Marseille en préliminaire du programme 2008 de l’association Films, Femmes, Méditerranée.

    Cette association, créée en 2007, a pour but de susciter, de promouvoir, d’organiser ou de soutenir toute manifestation destinée à faire connaitre les divers aspects de la culture méditerranéenne, et notamment en matière de cinéma. Elle organise ses troisièmes rencontres du 07 au 14 octobre 2008, en partenariat avec la Chambre de Commerce Italienne pour la France de Marseille, l’Institut culturel Italien de Marseille, le Festival du Cinéma de Florence, le Conseil Général 13, Le Conseil Régional PACA, et la Ville de Marseille. Son objectif est de montrer le cinéma méditerranéen au Féminin, au travers du cinéma de fiction essentiellement, mais aussi via le court-métrage et la documentaire. Pouvoir montrer des films inédits ou en avant-première de réalisatrice.

    Dix longs-métrages des deux rives de la Méditerranée sont annoncés pour la plupart en avant-première ainsi qu’un hommage à Anna Magnani. Parmi les réalisatrices accueillies, nous avons relevé la Tunisienne Moufida Tlatli, la Libanaise Joana Hadjithomas, l’Algérienne Nadia Chérabi, l’Italienne Esmeralda Calabria.

     

     

    A la séance de projection du Cinéma Les Variétés, étaient présentes  trois membres de l’association : la directrice artistique Jeanne Biscioni-Baumberger et la conseillère à la programmation (scolaires et courts-métrage), Annie Gava. Rappelons que la première est journaliste et écrit dans Marseille Hebdo et la deuxième tient la rubrique cinéma du mensuel gratuit Zibeline. La troisième est notre compatriote Relation presse et communication Michèle Giovannangeli ( D'Prio près de Sainte Lucie de Tallano). 



    Le film « Le sel de la mer », en avant-première de l’ouverture des 3èmes rencontres FFM.<o:p> </o:p>

    Soraya, 28 ans, née et élevée à Brooklyn, décide de rentrer s'installer en Palestine, le pays d'où sa famille s'est exilée en 1948. Sa route croise alors celle d'Emad, un jeune Palestinien qui, au contraire d'elle, ne souhaite qu'une chose, partir pour toujours. Soraya et Emad prennent leur destin en main, quitte à transgresser les lois. Sans doute la jeune réalisatrice Annemarie Jacir, formée au cinéma américain, a-t-elle été inspirée par le Film Thelma et Louise tout en choisissant une intrigue et une fin moins tragique car la vraie tragédie de l’histoire qu’elle raconte est celle de son peuple, les Palestiniens.

    <o:p></o:p>Dans un compte rendu, nous avons lu : « Au dernier festival de Cannes, lorsque la réalisatrice les producteurs et les acteurs sont venus présenter Le Sel de la mer, tous sont montés sur l'estrade coiffés d'un keffieh palestinien. Car ce road-movie entre les territoires occupés et Israël, ce film tourné en grande partie sur place, notamment à Ramallah, avec des comédiens très impliqués personnellement, est tout autant le premier long métrage d'une femme de cinéma que le cri de colère, intime et politique, d'une Palestinienne. L’histoire suggère sans aborder le sujet comment de pacifiste aimant la vie on peut être tenté par le terrorisme. Aucun des personnages ne passe le pas. Leur seul acte de violence est l’attaque avec des armes sans munition d’une banque palestinienne malhonnête. Ensuite, ils se jouent des contrôles routiers israéliens pour voir la Palestine annexée par Israël dans un voyage jusqu’à la mer. »

    En 1948, des milliers de gens ont été chassés et la dernière chose qu’ils ont vu de la Palestine, c’est la mer. Ce film raconte une histoire occultée, celle de la vie quotidienne des Palestiniens. Elle raconte aussi une histoire plus personnelle, celle d’une fille de la diaspora palestinienne.


    Soraya ( Suheir Hammad), Palestinienne, est née aux Amériques. Cette ubiquité et son identité généalogique la conduisent en Palestine avec une vision fantasmée par les récits d’un grand-père qui a été chassé de Jaffa au moment de l’indépendance d’Israël, proclamée le 14 mai 1948 et aussitôt entérinée par l’ONU. Pour les Palestiniens, c’est la Naqba, la catastrophe, la destruction de leur société et de leurs villages suivie de l’exil de la grande majorité de la population. L’entame du film se fait sur des images en noir et blanc des destructions. Depuis, soixante ans se sont écoulés et les avoirs bancaires des Palestiniens sont restés gelés. Soraya débarque de l’avion et se trouve immédiatement confrontée, malgré son passeport américain, à des fouilles approfondies et des interrogatoires. Après l’émerveillement de son trajet en taxi, elle prend conscience de la réalité du conflit dans le parc humain palestinien qui est une zone de non-droit où la banque de son grand-père refuse de restituer le solde du compte en sommeil depuis 60 ans.

    Des Palestiniens y exploitent des Palestiniens et parmi les exploités, elle rencontre Emad (Saleh Bakri) et son copain Marwan (Ryad Dias) qui, le premier, a l’idée d’une attaque de la banque. Prenant conscience de la réalité brutale et ubuesque du territoire palestinien, Soraya accepte l’idée et entraîne Emad dans la réalisation du braquage avec des armes non chargées. L’opération réussit et le trio part dans une fuite qui, en fait, est un retour en Palestine occupée sur les traces du grand-père de Soraya. Pour Emad, c’est l’occasion de redécouvrir la mer et d’apercevoir un horizon jusque là lointain. Soraya et Emad étaient faits pour se rencontrer. Si le garçon avait obtenu son visa pour émigrer, la rencontre aurait peut-être pu avoir lieu aux USA mais c’est Soraya, tirée par ses racines, qui arrive en Palestine. Le destin commun de ces deux êtres ne pouvait que se jouer là car Emad n’aurait jamais obtenu son visa. Ensemble, ils essaient d’échapper à l’enfermement et leur virée en territoire interdit, les rapproche davantage… Nous n’en dirons pas plus pour ne pas gâcher le plaisir car il faut aller voir ce film dont les derniers plans ont été tournés à l’Estaque avec une reconstitution d’un quartier de Tel-aviv, faute d’autorisation israélienne.

    Cela s’était déjà produit pour le film Intervention divine, drame de Elia Suleiman . On va finir par appeler dans le milieu cinématographique palestinien, l’Estaque la petite Israël( ex-Palestine) des cinéastes palestiniens. D’ailleurs une villa bordant la route principale qui traverse l’Estaque ne s’appelle-t-elle pas « La Palestine ».

    Annemarie Jacir n’a pas voulu expliquer mais montrer sans vouloir faire la part des choses. C’estr un film à fleur de peau, cette peau qui fait de chacun de nous un insulaire. C’est encore plus vrai pour des peuples spoliés de leur terre. Lorsque l’on est Arménien, on la porte son arménité en soi aux quatre coins du monde avec l’interdiction de revenir sur la terre de ses ancêtres, victimes d’un génocide. Pour les Palestiniens, elle est depuis 1948 un horizon bleu perdu. L’absence de son sel est celle d’une vie devenue sans gaieté. Ce sel est aussi celui de cette mer qui nous engloutit et nous sépare. La métaphore est d’un philosophe corse, Jean-Tousaint Desanti Que les Corses de la diaspora s’interrogent ! Que peut-on ressentir si de retour en Corse, des résidants insulaires, qui ont commencé par dire que la Corse serait mieux sans les Corses, vous dénient aujourd’hui votre corsité sous prétexte que vous ne vivez pas en permanence en Corse, en affirmant que les vrais Corses, ce sont eux, que vous n’êtes plus corses. Ne souriez pas ! Cela pourrait vous arriver car c’est arrivé à d’autres.<o:p> </o:p>

    L’héroïne du film d’Annemarie Jacir se voit refuser la nationalité palestinienne par les autorités palestiniennes. L’histoire et les anecdotes fortes du film n’interpellent pas que les Palestiniens et poussent chacun au questionnement. En s’intéressant davantage à l’histoire du peuple palestinien , on comprend mieux les diasporas à qui l’on a volé l’identité. Allez dire à un Arménien de la diaspora spoliée par les Turcs qu'il n'est pas arménien!...

    <o:p></o:p>Si, en Palestine, la violence ordinaire est exercée par le pouvoir israélien, tous les Israéliens ne considèrent pas tous les Palestiniens comme des terroristes. Par contre cette violence ordinaire pousse au terrorisme. La situation est figée dans le conflit qui crée les conditions du pourrissement de la société palestinienne parquée par un Etat dont les parents avaient pourtant connu les camps de concentration nazis.

    <o:p></o:p>Dans ce conflit, il faut remonter à sa genèse pour rechercher les responsabilités. Dans quelles conditions géopolitiques l’Etat d’Israël a-t-il été créé ? Dès la création, ces conditions ne risquaient-elles pas de faire des victimes de la Shoah, de nouveaux bourreaux ? Qui devait réparer l'irréparable: un génocide? Les Palestiniens devaient-ils payer le prix de la sécurité des Juifs après la deuxième guerre mondiale ? Quelle autre sécurité et quels intérêts voulait-on faire préserver en inversant la majorité ethnique et religieuse d’une région du globe auparavant musulmane ?

    <o:p></o:p>Un film donc à voir ! Un drame humain. Les Palestiniens sont victimes d’un déni de justice et de reconnaissance. Les Israéliens ne peuvent plus partir Les modérés revendiquent un droit du sol alors que des Ultras en font un droit divin. Ils sont dirigés par des gouvernements paranoïaques qui ont construit un mur (alors que celui de Berlin n’existe plus). Ils mettent des barbelés et contrôlent de façon drastique les allers et venues des Palestiniens tenus sous surveillance. Toutes les conditions de l’affrontement sans fin sont réunies. Heureusement, de part et d’autre, beaucoup ne sombrent pas dans la violence même si la tentation est grande d’appliquer par le terrorisme une phrase d’Albert Camus : « Je me révolte parce que nous sommes. » Malheureusement, la raison reste du côté des victimes qui restent des victimes.

    <o:p></o:p>Avant de juger, il faut aussi savoir et comprendre. La fiction peut justement conduire le lecteur à vouloir savoir et comprendre. Sur la tentation du terrorisme, c’est l’occasion de vous conseiller l’admirable roman de Yasmina Khadra : « L’attentat ». Dans ce récit où le drame se construit de façon tragiquement implacable, le héros ne peut échapper à son destin : le terrorisme.

    Pour consulter le programme de la troisième rencontre de Films Femmes Méd, il vous suffit d’aller sur le site de l’association en cliquant sur l’affiche ci-dessous.

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