• Le polar féminin prend un train d'avance...

    Le Polar au féminin:

    Après les Anglo-Saxonnes, les Françaises ont investi le polar… La police n’est plus un métier d’homme et le cercle des polardeux n’est plus une confrérie masculine. Les héros durs à cuire n’ont pas résisté à des femmes qui sont sorties depuis longtemps de leurs cuisines pour investir les chapelles de la Noire. Les polardeuses bousculent les caciques sur les listes des meilleures ventes, et elles n’y vont pas avec le dos de la cuillère pour mijoter des intrigues, croquer des antihéros plus noirs que noirs.

    Chez les Anglo-saxons, Agatha Christie s’était mise à l'heure du suspense qui se déguste comme une tasse de thé. Par la suite d’autres ont détrôné leurs homologues masculins. On peut citer les plus connues Ruth Rendell, Sue Grafton, Sara Paretsky ou Patricia Cornwell.

    En France, les polardeuses ont émergé plus récemment et ont, pour la plupart, préféré le roman noir plutôt que celui à énigme. Elles ont fait le choix du réel quotidien avec ses galères et ses galériens, en dehors de tout manichéisme.

    "Attention, s'exclamait François Guérif, éditeur de Rivages/Noir, les femmes ont toujours été dans le polar. Même en France. Prenez Janine Oriano, Noëlle Loriot, Hélène de Monaghan. Méfiez-vous des généralités. Il s'agit peut-être simplement de rattraper un certain retard sur le reste du monde." Et il fait bien de le rappeler. Lauréates de différents prix, elles viennent de remporter celui donné par la SNCF qui a primé Gilda Piersanti et Catherine Fradier.

    Les femmes représentent depuis de nombreuses années la majorité des lectrices de polars que ce soit dans les pays anglo-saxons ou en France. Elles ont refusé tous les tabous et dans cette révolte féministe, des écrivaines ont proposé leurs manuscrits à des collections policières et noires.

    En 1992, pour démentir une réputation de Macho, Patrick Raynal, directeur de la célèbre collection Série noire, disait "On me traitait de macho", et réclamait des textes de femmes pour la Série noire. Il publiera des inconnues, Pascale Fonteneau et Alix de Saint-André.

    Aujourd’hui, il n’y a pas un salon du polar où les femmes ne soient pas présentes. On les trouve chez la plupart des éditeurs ayant une collection noire dont elles ont parfois fait le succès. Virginie Despentes, avec Baise-moi et Les chiennes savantes, a comblé de joie son éditeur Florent Massot. Elle ne fait pas dans la dentelle avec des polars où le sexe et la violence sont bien présents.

    L'éditrice Viviane Hamy a créé la collection policière "Chemins nocturnes" en publiant coup sur coup Estelle Monbrun et son Meurtre chez tante Léonie - un hommage proustien -, Maud Tabachnik et Fred Vargas.

    Fred Vargas vend ses romans à 15 000 exemplaires, dépassant le tirage moyen d'un polar (5 000 exemplaires environ). Fred Vargas, archéologue de profession, aime regarder autour d'elle, se promener la nuit dans Paris et en raconter les quartiers et les rues, prendre le temps de douter, de choisir des indices impossibles et des héros qui n'ont rien à faire là. Mais c'est précisément en mêlant une intrigue subtile, une écriture tantôt humoristique, tantôt cérébrale, et des personnages insolites et tristes qu'elle crée son monde, celui d'un roman noir poétique et roué.

    L'éditeur Baleine, avec ses deux collections policières, "Le Poulpe" et "Canaille Revolver" propose à des femmes de la Série noire (Pascale Fonteneau et Sylvie Granotier) d'écrire des "Cheryl". Cheryl est une shampouineuse activiste, banlieusarde au cœur chaud. Dans la toute jeune collection "Canaille Revolver", avec Jean-Jacques Reboux pour éditeur, on trouve Emma Christa avec les aventures de Gay Pride, et Anne Matalon, qui rejoue à sa manière les Dix petits nègres sur de jeunes cadres expédiés dans un stage de survie.

    Les femmes sont donc arrivées de partout dans le monde du polar français où elles sont consacrées par des prix littéraires… Aujourd’hui la liste est longue ces femmes du polar…

    Un site leur est dédié à l’adresse : http://www.polarfeminin.com/







    Le devenu prestigieux prix SNCF 2007 a été attribué, en février 2008,  à deux femmes : Catherine Fradier et Gilda Piersanti. Créé en 2000, le Prix SNCF du polar est devenu le premier prix de lecteurs en France, avec 2000 inscrits et 12 comités de lecture dans toute la France. Il récompense chaque année les nouveaux talents du roman policier, français et européens. En 2007, la 7e édition a consacré Franck Thilliez avec La Chambre des morts – ainsi que l’Anglais Colin Cotterill, auteur du Déjeuner du coroner.

    Site du prix SNCF : http://www.polar.sncf.com/polar/sections/public




    LES LAUREATES de la 8ème édition :



    Gilda Piersanti :

    Son roman Bleu Catacombes, troisième tome de la tétralogie de saisons meurtrières, est le volet d'un premier cycle avec des personnages récurrents dans quatre histoires qui peuvent se lire dans n’importe quel ordre et dont l’héroïne est une femme-flic, Mariella de Luca. Elle n’est pas un personnage particulièrement sympathique et se montre même d’un tempérament rugueux. On ne peut dire d’elle qu’elle avance dans ses enquêtes comme un fin limier de la Police judiciaire. Elle fonctionne par affinités émotionnelles avec les suspects. Elle veut tout savoir de leur vie et tout comprendre de leurs actes. Elle les sonde jusqu’au plus profond d’eux-mêmes en y cherchant aussi la part de l’autre qu’elle a en elle. C’est un personnage complexe dans sa vie intime comme dans son métier. Elle porte un passé douloureux qui pourrait expliquer son cheminement intellectuel dans des intrigues qui sont aussi pour elle une quête existentielle.


    Résumé de Bleu catacombes :
    Eté 2003, en pleine canicule, les catacombes romaines battent tous les records de fréquentation... jusqu'à ce qu'un groupe de visiteurs réfugié dans ces chambres froides d'un genre nouveau tombe nez à nez avec une tête coupée. L'inspecteur principal Mariella De Luca se voit rapidement contrainte d'interrompre son idylle amoureuse en bord de mer. D'autant que les catacombes ne sont pas les seules à faire perdre la tête aux Romains... L'enquête vient à peine de débuter que déjà les décapitations se multiplient.

    Avis de Fanny Dutriez
    Gilda Piersanti est de ses écrivains ingénieux, connaissant les ressorts qui transforment un lecteur en un véritable aficionados. Il suffit donc d’une héroïne, qu’on imagine jeune, belle et mystérieuse, et qui enquête sur des têtes coupées retrouvées ça et là dans les catacombes romaines. Elle est évidemment bien entourée : une coéquipière lesbienne, un petit ami - beau, intelligent et prévenant - et surtout un patron protecteur comme un père. Après un tel portrait, il est quasiment impossible de ne pas s’attacher à l’inspecteur Mariella De Luca. A la fois vive, têtue mais aussi timide, elle incarne avec brio et retenu une véritable femme moderne comme on les aime.
    Seulement un seul personnage ne peut porter seule le poids de 300 pages et ça, Gilda Piersanti l’a bien compris. C’est avec une dextérité digne des plus grands qu’elle livre à ses lecteurs une histoire où les secrets sont omniprésents, sans pour autant être extravagants. Alternant avec génie les pauses et les rebondissements, elle ne laisse aucune place à la spéculation, tant son intrigue est bien ficelée. Un récit plus que vivant où l’on décèle comme une pointe de douce léthargie dès que l’auteur s’intéresse à Mariella, alors qu’un sentiment distant et froid s’empare des pages à chaque scène de meurtre. C’est un peu comme si l’auteur avait eu envie de partager la douceur de vivre si spécifique à l’Italie.
    Un polar réussi donc, qui ne lasse pas et laisse même, la dernière page tournée, un sentiment d’abandon chez le lecteur. Difficile de reposer ‘Bleu Catacombes’ tant on voudrait lire rapidement d’autres aventures de l’inspecteur Mariella De Luca. On serait même prêt à prendre quelques jours en Italie, juste pour ça.

    Mini biographie :
    Née en Italie, elle a grandi à Rome et nourri une passion précoce pour la Ville éternelle. Rappelons qu’elle a écrit notamment un polar intitulé "  Paris-Rome ". Après une année à l’école d'Architecture de Rome, elle obtient son doctorat en Philosophie avec une thèse sur l'esthétique de Baudelaire. Elle a été commissaire de deux expositions sur deux artistes que Baudelaire chérissait : Constantin Guys et Charles Meryon. Elle a fait de nombreux travaux de traduction (poésie érotiques de Verlaine, Le Peintre de la Vie Moderne de Baudelaire, L'Ensorcelée de Barbey d'Aurevilly, Les Morts Bizarres de Richepin) avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Elle écrit de la Noire et explique que " Le choix du genre (le polar) ne s'est pas imposé à moi tout de suite, mais le goût pour le roman noir a toujours été chez moi très prononcé. Les lectures précoces de Dostoïevski ne sont pas étrangères à mon penchant pour l'analyse du Mal ".

    Son site à l’adresse : http://gildapiersanti.new.fr/



    Catherine Fradier :

    Le mélange de fiction et de réalité du septième roman de Catherine Fradier, Camino 999, publié en mars dernier par Jean-Jacques Reboux aux éditions " Après la lune " a été  attaqué en justice par la Prélature de l'Opus Dei. En mai dernier, institution de l’église catholique a assigné en justice l'éditeur et l'auteure en réclamant 30.000 € de dommages et intérêts, 5.000 € au titre de l'article 700 du Nouveau Code Pénal, ainsi que la publication d'un communiqué, dans un journal choisi par le plaignant, dans la limite de 15.000 €. Cette actualité judiciaire a été révélée par le journaliste Hubert Arthus dans le site Rue89. Catherine Fradier et son éditeur ont reçu un large soutien chez les polardeux et le lectorat. Elle était invité au Festival du polar corse et méditerranéen qui s’est tenu à Ajaccio en juillet 2007. Elle a déjà obtenu le grand prix de la littérature policière et prix Sang d’encre 2006.



    L’objet du délit : Le roman " Camino 999 " - Editeur : Apres La Lune, Collection : Lunes Blafardes – 2007.
    Carla Montalban, chef de groupe de la Brigade criminelle de Lyon, enquête sur des meurtres qui semblent impliquer sa propre famille, étroitement liée à l’Opus Dei. Ses investigations vont la conduire au cœur de l’affaire Matesa, le scandale politico-financier espagnol qui éclaboussa les Giscard d’Estaing dans les années 70, au temps des Républicains Indépendants et de l’assassinat du député Jean de Broglie. De Lyon à l’Irlande en passant par l’Argentine, Camino 999 décrypte les relations troubles entre le pouvoir et l’argent au sein de la Santa Mafia, bras armé du Vatican.
    Le 21 novembre 2007, les magistrats de la 17e chambre correctionnelle du Tribunal de grande instance de Paris ont tranché. L’assignation en diffamation déposée  le 31 mai dernier par l’Opus Dei contre Catherine Fradier et Jean-Jacques Reboux, auteure et éditeur de Camino 999, a été déclarée nulle. La Justice s’est prononcée en sa faveur ainsi que les critiques littéraires, les lecteurs et les jurés du Prix SNCF dans sa 8ème édition.

    Mini biographie :
    Catherine Fradier a été successivement réceptionniste, barmaid, fonctionnaire de police, agent de sécurité, commerciale, propriétaire d’un bar-restaurant dans le Vercors, assistante administrative, surveillante de nuit, VRP dans l’édition pour la jeunesse. Et, dernier job en date, caissière dans une station-service sur l’A49 d’où elle s’est enfuie (on la recherche encore…). Devenue complètement inadaptée au travail salarial, a décidé de ne se consacrer qu’à ce qu’elle aimait faire, à savoir l’animation d’ateliers d’écriture, l’écriture de romans policiers, de scénarios de courts et de longs métrages. Elle vit à Chabeuil, en Drôme. En 2007 , elle a participé à un recueil de nouvelles " La France d’après… " Elle est aussi scénariste de films et a travaillé avec Jean-Pierre Girardot, réalisateurs de courts métrages. Elle a publié sept romans, parmi lesquels Les Carnassières (Baleine), Un Poison nommé Rwanda (Le Poulpe) ou La Colère des enfants déchus (Après la Lune).

    Pour plus : http://auteurs.arald.org/biogr/Fradier1958.html




    DES AUTEURES CORSES:

    En Corse, les écrivaines ne sont pas restées en dehors de l’évolution générale. Dans les années 1990, Elisabeth Milleliri, jeune journaliste,  a débuté dans une collection Misteri des Editions Méditorial qui ont édité des auteurs comme Philippe Carrèse et François Thomazeau. Ses deux romans ont eu un réel succès et elle a été lauréate du prix  calibre 38 en 1994. Elle est toujours journaliste et devrait revenir à la Noire avec de nouveaux récits. Après elles, d’autres y ont rencontré également du succés comme Arlette Shleifer, Daniele Piani et Marie-Hélène Ferrari. Toutes les quatre font partie de l’association Corsicapolar qui organise le festival du polar corse et méditerranéen à Ajaccio dont la deuxième édition est prévue  du 4 au 6 juillet prochains.

    Adresse de Corsicapolar: http://www.corsicapolar.eu




     

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