• GOLDEN DOOR, film de EMANUELE CRIALESE

    Golden door, film d’Emanuele Crialese : " L’identité, c’est la force d’un homme. "

     


    Si vous ne l'avez pas vu, nous vous conseillons le film d’Emanuele Crialese : "  Golden Door ", Lyon d’argent au festival de Venise 2006. Le cinéaste sicilien, émigré aux Etats Unis en 1991 à 26 ans, a obtenu à Cannes pour son second long métrage Respiro (2002) le Grand Prix et le Prix du public. C’est du cinéma italien, comme on l’aime. Crialese donne tout son sens à cet art des images avec de superbes scènes : le départ en bateau avec la fracture d’une foule séparée en deux destins (celui de ceux restés sur le quai et celui de ceux qui partent), la tempête vue de l’intérieur du navire, les rivières de lait.… On apprécie le lyrisme des décors mais aussi le réalisme des gestes et des visages.






    Le premier plan séquence filmé en plongée vertigineuse saisit le spectateur, puis l’entraîne progressivement dans un travelling avant à la découverte d’un paysage montagneux impressionnant par sa rudesse. Ainsi les images suivantes d’une ruralité sicilienne rustique et misérable sont fortes : deux hommes gravissent une pente sur laquelle Pégase, sous ses sabots, n'a fait jaillir que des pierres volcaniques. Dans ce décor apocalyptique, le père et le fils , pieds nus, ont chacun une de ces pierres entre les dents. Epuisés, la bouche en sang et le feu dans le regard, ils atteignent une croix plantée au milieu de la rocaille. Là, le père crache sa pierre en offrande et demande un signe. Doit-il, avec sa famille, rester ou partir?… Le signe viendra de deux jeunes filles qui doivent aller se marier aux Amériques après avoir reçu des photographies de propagande américaine montrant des pièces d’or poussant sur un arbre, des légumes gigantesques… C’est le rêve américain utilisé comme incitation à venir Outre-atlantique pour peupler les terres vierges …

    Salvatore Macuso , le père, décide de vendre tous ses biens : sa terre, sa maison, son bétail pour partir avec ses enfants et sa mère âgée ( qui a des pouvoirs chamaniques) mener une vie meilleure de l'autre côté de l'océan. Le curé lui confie les deux filles à marier. En cours de route, se joint à eux une anglaise mystérieuse dont on a du mal à saisir les raisons de sa présence au milieu des émigrés italiens en partance. Tous vont devoir supporter un voyage en bateau mais aussi accepter, pour devenir citoyen du Nouveau Monde, de mourir et renaître un peu. Ils devront abandonner des traditions séculaires et les vieilles croyances de leur Terre. Il faut être sain de corps et d'esprit, savoir obéir et jurer fidélité si l'on veut franchir "La Porte d'Or". Le service d’accueil de Ellis Island élimine ceux qui sont jugés inaptes : les muets, les simples d’esprit… Une sélection qui préfigure l’eugénisme nazi et qu’on imagine plus dure dans la réalité que dans la fiction., sans vouloir faire de l’anti-américanisme primaire. Le film se situe au début du XXème siècle et ceux qui sont allés aux Etats-Unis, simplement en voyage d’agrément, ont pu mesurer l’amabilité des services américains de police et des douanes, cent ans plus tard.



    Il y a trois saisons dans ce film : trois actes d’une tragédie.

    - Début du XXème siècle. Dans la campagne sicilienne, les paysans s'échinent sur le même lopin de terre depuis des générations. La famille Macuso mène une existence en harmonie avec la nature et cohabite avec les esprits de leurs défunts. La monotonie de leur vie quotidienne est interrompue par des récits du Nouveau Monde, de leurs habitants, et des innombrables richesses de cet Eden...



    - Ces futurs émigrants perdent leur dignité en se vêtant comme des citadins, avec des habits de villageois défunts. Ils se mêlent à un véritable bétail humain lors d'une indigne traversée maritime qui les mène à Ellis Island, le lieu où les USA décident de leur accueil au gré de visites humiliantes, de marchés aux mariages et de tests balbutiants...

     

    - Les images dépouillées du début se transforment en un chemin initiatique dantesque vers l’Eden américain pour ceux qui imaginent une rivière de lait, des légumes gigantesques et une pluie d'or tombant des arbres  La vieille mère ( rôle magnifiquement interprété par Aurora Quattrocchi) décide de retourner en Sicile, en refusant de se plier aux humiliations imposées par les services d’immigration américains.

     

    A l'arrivée, mis en quarantaine, ils étaient triés pour, en premier lieu, éliminer les plus faibles physiquement. Ceux qui avaient passé cette première barrière subissaient des tests dits d'intelligence ou d'aptitude (les débuts de l'eugénisme).Mais ce qui fait la richesse de ce film, c'est de suivre l'évolution de cette famille sicilienne qui pour accéder à l'Eden va devoir abandonner beaucoup d'elle-même pour passer de l'autre côté ce que ne peut accepter la mère de Salvatore, mais par contre elle obligera les membres de sa famille à rester.

    Emanuele  Crialese a dit : " Je crois que l’identité, c’est la force d’un homme. Dans le film, les protagonistes se rendent compte qu’ils sont Italiens au moment où ils quittent leur patrie… Moi-même, je n’avais pas vraiment conscience de ma culture, jusqu’au jour où je me suis confronté à d’autres cultures. C’est la différence qui forme l’identité et non le conformisme et ça, je trouve que c’est un phénomène magique… "




     

    Extraits du synopsis

    Golden Door est une fable moderne qui raconte l’histoire d’hommes anciens. Elle retrace le voyage à travers le temps et l’espace d’hommes attirés par les images d’une terre rêvée et jamais vue, sorte de paradis terrestre, de jardin d’Eden,où poussent des fruits géants et délicieux, où des pièces de monnaie tombent des arbres. Un voyage vers le Nouveau Monde, la terre d’Amérique.
    Pour devenir citoyen du Nouveau Monde, il faut abandonner les traditions séculaires et les vieilles croyances de sa terre, il faut être sain de corps et d’esprit, savoir obéir et jurer fidélité si l’on veut franchir "La Porte d’Or", "The Golden Door". Il faut se muer en peu de temps d’homme ancien en homme moderne. Le temps qui accompagne cette métamorphose, c’est le temps suspendu au-dessus des eaux de l’océan, quatre éprouvantes semaines de traversée pour parvenir aux portes du jugement universel : l’île des larmes, Ellis Island. C’est sur cette île que les gardiens du Nouveau Monde examineront cas par cas, millimètre par millimètre, les corps et les esprits des futurs citoyens, c’est là que de nombreuses familles devront se résoudre à se séparer pour toujours car tous ne peuvent avoir le privilège de franchir les portes de ce paradis. L’unique chance accordée à l’homme depuis l’époque de l’Eden coïncide avec une terre que seuls quelques élus sont appelés à fouler.

    Site officiel :
    http://www.goldendoor-lefilm.com/golden-door-goldendoor.htm
    Image du site officiel :
    http://www.goldendoor-lefilm.com/site%20image/golden-door-1.jpg



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