• Erri De Luca

    Nous éprouvons à intervalles réguliers le besoin d’abandonner notre pile de polars et de romans noirs au risque de la voir monter. Non pas pour arrêter de lire mais pour aller lire ailleurs. Et l’occasion m’a été donnée par le Mucem de Marseille où Erri de Luca était invité lors d’un événement intitulé « Les comptoirs d’ailleurs ». Comment ne pas m’y rendre d’autant plus que celle qui m’y a entraîné m’avait conseillé cet auteur. Je dois reconnaître qu’il m’a donné envie de le lire et que tout ce qu’il a dit a été le fil de quatre de ses romans romans dont je viens de terminer la lecture.

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    Erri De Luca est un écrivain des grands fonds et des hauteurs de l’âme humaine. Il transcrit des voix méditerranéennes entendues  et dont les échos montent jusqu’aux cimes des montagnes qu’il a escaladées. Il fait émerger ces voix pour qu’elles ne soient pas englouties par l’oubli. C’est bien d’écho en écho qu’elles trouvent une écoute, qu’elles gravissent et passent les montagnes. Ses livres ont traversé les Alpes italiennes et sont traduits en France mais aussi ailleurs. C’est un écrivain d’ici et d’ailleurs, d’hier et maintenant.

    Il dit qu’il fait l’écrivain plus qu’il ne l’est. Par modestie sans doute, mais aussi pour ne pas être mis sur une stèle et enfermé dans un académisme littéraire.  Il a conservé, de son militantisme des années 70, sa révolte post-soixante-huitarde. Il continue en se servant de sa notoriété à dénoncer les injustices contemporaines contre l’humanité comme celles faites aux migrants parqués dans des camps de concentration appelés camps de rétention dont le plus célèbre est celui de Lampedusa, île italienne. « Chez nous, on les appelle hôtes de camps de concentration… » dit-il, avec humour et amertume, en évoquant les migrants survivants de la mer en quête de l’Eldorado. Nous avons écouté la lecture d’un de ses poèmes inspiré par les voix de cette émigration… « Vous pouvez nous refouler, mais nous sommes un aller simple… ». Et puis il fait une belle métaphore sur la géographie italienne trop souvent décrite comme une botte : « Les Pouilles et la Calabre, extrémités d’une main ouverte… La Sicile un mouchoir qui salue. Ce format, dit-il, ne peut pas être revêtu par un condom ».

    De son engagement passé, il rappelle le croupissement des prisonniers politiques, activistes révolutionnaires, dans les geôles italiennes. Il a lui-même trouvé refuge en France en 1982 et travaillait sur des chantiers dans la banlieue parisienne. "On se tenait à distance pour ne pas finir dans les procès sommaires des lois d'urgence..." confie-t-il dans Sulla traccia di Nives (Sur la trace de Nives - Gallimard, 2006). Ce sont des thèmes qu’il aborde sans réticence lorsqu’il participe à des débats où il croise parfois des compatriotes restés en France.

    D’où lui est venu le goût d’écrire ? Il a grandi dans une chambre-bibliothèque puisque c’était là que son père rangeait ses livres qui servaient aussi de rempart, d’isolant contre les bruits de Naples et le froid de l’hiver. Sa famille bourgeoise a tout perdu pendant la guerre et s’est logée dans un petit appartement d’un quartier pauvre de Naples : Montedidio (titre d’un roman pour lequel il a obtenu le prix Femina  en 2002). Il est né en 1950 peu de temps après la deuxième guerre mondiale, le nazisme allemand et le fascisme italien dont les récits ont marqué sa génération qui s’interrogeait sur leurs parents. Il n’a pas suivi le cursus d’un écrivain qui fait ses universités et occupe des fonctions intellectuelles en dehors de l’écriture. Dans la mouvance révolutionnaire des années 70, il a choisi la classe ouvrière plutôt qu’une carrière conforme à ses origines bourgeoises. Il a été notamment ouvrier maçon et a même travaillé chez Fiat. Il a participé en 1969 au mouvement d'extrême gauche Lotta Continua et en devient l'un des dirigeants, responsable de son service d'ordre, jusqu'à sa dissolution à l'été 1977. Son premier livre a été publié à 40 ans et, lui qui n’avait pas donné des motifs de satisfaction à son intellectuel de père mourant, c’est avec une émotion contenue par la pudeur qu’il raconte lui avoir offert ce livre pour retrouver grâce à ses yeux, peu de temps avant de le perdre. « Non ora, non qui » paraît en Italie en 1989 et en France sous le titre inverse Une fois, un jour aux éditions Verdier en 1992 et puis sous le titre Pas ici, pas maintenant aux éditions Rivages en 1994 dans une traduction de Danièle Valin qui est restée sa traductrice actuelle.

    Cet auteur humaniste affirme : « Je ne suis pas quelqu’un qui travaille quand j’écris. Quand j’écris, je m’amuse… L’écriture est toujours mise en contrepoids, la petite partie sauvée, la partie de fête d’une journée de travail. La meilleure façon de me tenir compagnie… J’ai toujours fait ce jeu (je ?) avec moi… », et d’ajouter : «  Pour moi écrire des histoires, c’est écouter des voix… Je suis quelqu’un qui fait de la nourriture pour moi-même. Je n’invente pas mes histoires, je les prends dans le passé… un immense matériel humain dans le Vingtième siècle !... La guerre moderne tue les personnes sans défense… Je suis quelqu’un qui a profité de cette histoire majeure du Vingtième siècle qui a écrasé les histoires mineures des gens. Donc, je n’ai pas envie d’inventer. Et pour moi, il s’agit d’écouter une voix. J’emploie toujours le moi qui raconte une histoire de l’intérieur. Je suis quelqu’un qui parle à l’intérieur de l’Orchestre et chaque histoire est une trace sur laquelle quelqu’un peut avoir envie de me suivre… »

    Ce sont bien des voix qu’Erri De Luca nous a fait entendre : des voix de Naples et d’Ischia, des voix proches et lointaines en échos à la guerre, à l’exil, à l’oppression mais aussi au partage. Nous reprenons ce qu’il a expliqué : « J’emploie toujours le moi, sans manipulation, parce que je transcris les voix des autres que j’entends de l’intérieur de leurs pensées. Comment peut-on écrire il a pensé ceci ? Comment un narrateur pourrait-il savoir ce que quelqu’un pense ? Il faut entendre pour écrire. » Ses dires renvoient à un personnage de « Un jour avant le bonheur », Don Gaetano  qui sait lire dans les pensées. Dans le roman, au jeune narrateur qui lui demande s’il existe un moyen pour lui d’en faire autant, il répond: « Même s’il en existait un, je ne te le dirais pas. Ce n’est pas bien de savoir ce qui se passe par la tête des gens. Tant de mauvaises intentions vont et viennent sans aboutir ensuite. Si je dis ce qu’une personne d’une autre, c’est la guerre civile » et lorsque le jeune garçon lui demande : «  Mais une chose qui pourrait vous être utile à vous, une pensée dont vous pouviez tirez avantage ? », il réplique par une autre question : «  Toi, si tu trouves un portefeuille, tu le rends à celui qui l’a perdu ? ». Parce que le jeune garçon insiste en disant : « J’aimerais connaître les pensées des autres. », il ajoute: « Mais tu ne connais même pas les trois cartes couvertes du dernier tour de scopa. Apprends à jouer avant. »  La scopa est un jeu de cartes. Don Gaetano lui a dit d’apprendre à jouer avant… mais avant quoi ? Avant d’entendre les pensées ? Sans doute ces voix qu’Erri de Luca entend. Cela nous renvoie à ce qu’Erri de Luca formule lorsqu’il parle du jeu de l’écriture qui n’est pas un travail et des voix qu’il entend. Il les entend parce qu’il les écoute.

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    Lorsqu’il participe à un débat, on retrouve dans ses réponses tout ce qu’il a écrit dans ses romans. « Au cours d’une enfance, des attachements s’enracinent qui ne se détachent plus ». C’est écrit encore dans « Un jour avant le bonheur ». L’auteur napolitain passait des vacances sur l’île d’Ischia en face de Naples, périodes de liberté où le soleil le faisait muer. Il y perdait sa peau de citadin sous les brûlures du soleil. Il y marchait pieds nus et la corne plantaire formée lui fabriquait des semelles de liberté. La liberté commence par ces sensations physiques, par l’abandon des souliers et des vêtements de la ville. Sur une île, seuls les touristes s’enduisent d’onguents pour éviter les morsures du soleil. Le jeune Napolitain veut se sentir libre et se fondre parmi les pêcheurs indigènes. Pour cela il lui faut rapidement faire peau neuve.

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    Erri De Luca, dans son dernier roman «  Les poissons ne ferment pas les yeux », dit la difficulté de la traduction, dès les premières lignes. Il en parle en expert puisqu’il est polyglotte. Même s’il a gardé la même traductrice, ce qui est un gage de confiance, il constate : « J’écris ses phrases en italien et toutes à la fois. Quand il les disait, c’étaient des rochers isolés et beaucoup de vagues au milieu. Je les écris en italien, elles sont ternes sans sa voix pour les dire en dialecte ». Il confie cela après l’incipit qui reprend les dires d’un pêcheur local s’exprimant justement en dialecte.

    Il explique son rapport avec la langue napolitaine qui use souvent de formes onomatopéiques. Pour dire je vais, le son « i » suffit par exemple. Le langage napolitain est, selon lui, un langage mineure mais complet. C’est sa langue mère alors que l’Italien est la langue-père. L’Italien est une langue-fleuve à la confluence terminale des dialectes, ajoute-t-il lorsqu’il en parle à nouveau, mais ce n’est pas une langue de raison. Il rappelle que Dante écrivait en Toscan et considère que l’italien est le niveau le plus bas de l’affluence des dialectes. Toutefois, pour lui, c’est le dialecte qui donne des saveurs à sa langue nationale. Selon lui, Moravia était stérile. L’italien est la langue des livres de son père au milieu desquels il a grandi. Ils envahissaient sa chambre et il a vécu avec eux dans l’intimité, une chance pour lui dit-il. Toutefois il fait la distinction entre son « moi qui lis » et son « moi qui écris ».

    Erri De Luca est un auteur méditerranéen. Il fait aussi entrer dans la Méditerranée la Mer noire car, par un courant continu, la musique d’O sole mio a été écrite à Odessa. Son avis sur les rapports d’une langue nationale ou littérale avec les dialectes ne peut que trouver un écho chez tous les écrivains méditerranéens et plus particulièrement insulaires. Je pense aux Corses dont les dialectes ont connu les grands fleuves, italien et français. Pour la sauver et l’écrire, la faculté de Corte a inventé un corse littéral mais a eu finalement la sagesse de  reconnaître la confluence et la diversité des dialectes. Les influences sont multiples comme dans les îles voisines que sont la Sardaigne et la Sicile.

    La trace est, pour lui,  « l’apparition d’une proximité ». Lorsqu’il parle des traces et de l’importance de la pierre, Erri de Luca est dans la lignée des passeurs de mémoire. Les traces les plus anciennes ne sont-elles pas inscrites dans la pierre ? Il est aussi un alpiniste qui suit « les traces du sentier commun » et ses mains agrippent la pierre là où d’autres mains se sont posées. Son jeune narrateur explique qu’il aime le verbe « maintenir » parce qu’il contient le mot « main », la main tenue, la main tendue sans doute.

    Nous entendons l’auteur encore dire : « Je ne suis pas habitué à parler de moi.  Je suis quelqu’un qui écoute et ne parle pas. Je publiais des livres mais je continuais à faire l’ouvrier… Pratiquant l’alpinisme, je n’ai pas voulu ouvrir de voies nouvelles mais passer sur les pas des autres sans laisser de traces. Je ne suis pas quelqu’un qui ouvre un passage… On entretient le sentier. »

    Il a quitté Naples à l’âge de 18 ans. Il a reçu l’histoire de la ville en écoutant les voix des Napolitains. Il a vécu la deuxième guerre mondiale comme le récit. Pour lui, « Seul le comique rend le tragique praticable ». L’été 43, on imagine les mères de famille criant à leur enfant dès le déclenchement de la sirène d’alarme pour rejoindre les abris : « Prends les bonnes places » et le côté comedia dell’arte des rassemblements souterrains. On pense au néoréalisme du cinéma italien des années 1943 à 55. . On le voit ce vieil homme assis sur les ruines de sa maison bombardée. Il dit « Je regarde le ciel pour voir où je peux aller m’installer. Sur cette terre, je ne possède plus rien ». Un exemple encore  dans « Un jour avant le bonheur » : les Napolitains qui inspectent leurs maisons détruites en passant par les portes restées seules debout et vont même dans la cuisine vérifier si le gaz est coupé. Même si « La dérision répond au malheur », Naples était, après la guerre, une ville sombre, froide et Ischia représentait trois mois de liberté, dans laquelle l’auteur a puisé de la matière littéraire. De son adolescence, on retient sa révolte contre les institutions. Il en plaisante en disant que les politiques ont fini par mettre des prisons dans les îles (une pensée pour Lampadusa) et que cela a scellé l’irréparable entre lui et eux. Il se souvient que, dans ses études, il aimait les devoirs libres mais que le jour où il en a eu un, alors qu’il était tout content, il a été accusé d’avoir copié. Cela l’a fâché avec les profs. « Ceux qui m’ont appris quelque chose sont des personnalités au rez-de-chaussée de l’école sociale. J’ai choisi les personnes et pas l’inverse. Pas de maîtres en littérature. Tu ne peux pas lire un écrivain comme un collègue sinon tu gâches ton écriture et ta lecture. » commente-t-il, avant de parler de la Bible.

    Il est un lecteur de la bible sans en faire l’exégèse. Il faut toutefois préciser qu’il a appris le Yiddish. A ce sujet il a commenté : « Il s’agit simplement d’être précis… quelques mots hébraïques me tiennent compagnie, ce que je fais avec la lecture. Mais les histoires je les prends de la vie pas de la lecture » et il ajoute : « Je n’étudie pas la Bible, je la lis. Je la lis tous les jours. J’ai commencé quand j’étais maçon. Je ne suis pas croyant… Cette langue ancienne me donne des étincelles de réveil ».

    « Mes livres ne sont pas des romans de formation mais des histoires de résistance à la déformation »  précise-t-il.

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    Un nouveau roman vient de paraître. La traduction en français de « Le tort du soldat » est parue ce mois-ci (Présentation : Un vieux criminel de guerre et sa fille dînent dans une auberge au milieu des Dolomites et se retrouvent à la table voisine de celle du narrateur, qui travaille sur une de ses traductions du yiddish. En deux récits juxtaposés, comme les deux tables de ce restaurant de montagne, Erri De Luca évoque son amour pour la langue et la littérature yiddish, puis, par la voix de la femme, l’existence d’un homme sans remords, qui considère que son seul tort est d’avoir perdu la guerre…  Le tort du soldat est un livre aussi bref que percutant qui nous offre un angle inédit pour réfléchir à la mémoire si complexe des grandes tragédies du XXe siècle.

    Erri De Luca répète que le Vingtième siècle est celui des guerres et des révolutions. Il les évoque en Italie et  en Argentine dans ses romans. A la question c’est quand le jour avant le bonheur ? Il est difficile de le dire avant… plaisante-t-il. Il fait partie de la génération la plus emprisonnée. « On n’est peut-être pas encore prêts pour le bonheur mais ce qu’on a fait, il fallait le faire » lâche-t-il. Des révolutionnaires sont devenus présidents comme Mandela en Afrique du Sud ou bien José Mujica en Uruguay.

    Nous avons lu quatre romans qui déclinent une même enfance entre Naples et Ischia : « Le jour avant le bonheur », « Les trois chevaux », « Tu, mio » et « Les poissons ne ferment pas les yeux ».  Si nous devions en choisir un parmi ceux-là, ce serait « Tu, mio » sans rien enlever aux autres, mais peut-être parce qu’il se termine par un acte criminel qui pourrait être le début d’un polar.

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    « Tu,mio » se situe sur une île de pêcheurs. Elle n’est pas nommée. Ischia, sans aucun doute. Même si l’auteur s’inspire de vacances sur cette île face à Naples (où il garde des souvenirs d’enfance), on trouve bien des points communs entre le narrateur et les enfants de la Méditerranée. Nous avons relevé des passages sur la pèche à la palangrotte telle que nous l’avons pratiquée, avec les mêmes précautions et les mêmes sensations. Et puis il y a cette mer qui sépare, relie et peut nous engloutir.

    Années cinquante, le héros a 16 ans, un âge « au bord d’un précipice de sentiments ». Il rencontre une jeune fille d’origine juive qui le bouleverse. La deuxième guerre mondiale est toujours bien présente dans les esprits mais son entourage évite d’en parler, ce qui aiguise l’intérêt qu’il porte à cette époque noire mais riche d’enseignement."Les vivants avaient durci leur silence, un cal sur la peau morte de la guerre". Alors il interroge. Il veut savoir. Il veut comprendre ce passé. Il refuse les non-dits en interrogeant un pécheur plus bavard que son père. Ces vacances marquent une étape importante dans la vie du jeune garçon, en même temps qu’elles l’ancrent sur cette île: « Nos étés sur l’île duraient des mois. On avait le temps de s’habituer à vouloir y vivre pour toujours. Repartir contenait un grain d’exil ».

    Un roman de la tolérance et contre l’oubli. L’histoire racontée sort de la banalité d’une rencontre amoureuse entre adolescents pendant des vacances. C’est un livre dont la pudeur met la sensibilité à fleur de peau. Tout y est suggéré, intense. L’auteur pousse l’empathie du jeune héros envers la jeune fille juive jusqu’à lui faire incarner parfois, malgré son jeune âge, le père de cette dernière, un Juif mort dans un camp de concentration. Cette communion avec celle qui incarne la tragédie le poussera à commettre un incendie volontaire contre un groupe nazi de touristes allemands. Contrairement à ce que l’on pourrait penser au premier abord, c’est à notre sens un geste responsable, libérateur d’un passé humain qu’il n’a pas vécu mais qui l’obsède, une obsession chargée d’une culpabilité entretenue par le silence familial sur les années sombres de la deuxième guerre mondiale. C’est une façon d’agir pour ne plus être frustré d’être né après, d’affirmer sa révolte contre la barbarie. C’est aussi un roman d’amour et de fureur. Le feu est l’ultime révolte solitaire du jeune narrateur contre un passé qui ne peut être corrigé car il le découvre  irréversible.

    Nous mettons en place une communauté, une communion, nous dit Erri De Luca, quand nous sommes capables d'accueillir un autre en nous. C’est toute la signification de ce qu’est l’alter égo contenu dans le titre « Tu,mio ».  Erri De Luca est un lecteur non croyant de la Bible qui lui a donné le goût de la métaphore et une belle écriture. Il puise dans sa propre enfance ses trésors à partager toujours de belle manière.

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    Dans « Les trois chevaux », nous avons relevé un passage entre le jeune narrateur et la jeune fille juive, amour platonique d’un été.

    Elle lui dit : … Les visages sont écrits.
    Les mains aussi, dis-je, et les nuages, le pelage des tigres, la cosse des haricots et le saut des thons à fleur d’eau, c’est l’écriture. Nous apprenons des alphabets et nous ne savons pas lire les arbres. Les chênes sont des romans, les pins des grammaires, les vignes sont des psaumes, les plantes grimpantes des proverbes, les sapins sont des plaidoiries, les cyprès des accusations, le romarin est une chanson, le laurier une prophétie.
    Mais il me suffit de lire ton visage, ajoute-t-elle.

    Erri De Luca sait sans doute lire les visages et embrasser «  l’arbre qui se détache, solitaire, en haut des forêts ». Il entend des voix et nous entendons la sienne singulière et universelle à la fois. Il a une écriture essentielle, très riche, métaphorique, très travaillée. Ses romans sont courts mais denses et non linéaires avec des fins jamais décevantes… La vie ajoutée ensuite n’est que divagation. Maintenant et ici, il va bien le mot fin… petite sœur (ou frère) de frontière et de fenêtre fermée.


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