• Du Rififi au Yiddishland

    Le polar juif et les personnages juifs du polar:


    A retenir sur Paris à la Mairie du 3e que, en janvier dernier, une table ronde a été réunie sur le «polar juif » suivie de rencontres et de dédicaces avec les auteurs et d’un vernissage de l’exposition « Du rififi au Yiddishland » et les personnages juifs du polar, visible jusqu’au 15 mars dans la bibliothèque Marguerite Audoux.
    « Le genre policier, tant décrié, est devenu protéiforme, c’est-à-dire d’une grande richesse. L’histoire du monde juif transparaît clairement et toutes ses facettes actuelles sont représentées, non plus seulement par des stéréotypes, mais par des êtres complexes, faits de chair et de sang. »


    Atour de la table ronde animée par Henri Sztanke sur le thème : « Les Juifs dans les polars. », se sont retrouvés Joseph Bialot,Jérôme Charyn, Thierry Jonquet, Guy Konopnicki ( alias Konop dans la série noire), Maud Tabachnik.....

    Les Juifs occupent une place non négligeable dans toute la littérature et dans le roman policier qui témoigne de mutations sociales et culturelles. Ils y ont leur part et la place qu’ils occupent a évolué au fil du temps dans le polar américain et européen. Ils faisaient d’abord partie du décor, de l’arrière-plan chez des auteurs comme Agatha Christie ou Simenon pour prendre des exemples célèbres. Des rôles de second rang, ils sont passés à ceux de personnages principaux comme, dans la série du rabbin écrite par Harry Kenael nan.

    L’exposition «  Du rififi au Yiddishland » montre cette évolution  avec des changements significatifs dans l’histoire même du polar et dans la place des Juifs dans la société.

    Les personnages juifs du roman policier, nous en avons rencontrés parfois sans les reconnaître si ce n’est par leur nom ou des préjugés et poncifs peu aimables à leur égard. L’exposition dresse deux portraits robots entre la vieille Europe et les Etats-Unis.

    - Dans le roman européen : C’est le plus souvent un homme avec un patronyme juif ou modifié : M. Hire (diminutif de Hirovitch), Meyer, Birnbaum, Goldengerg… Il est petit, sale, repoussant, un gros nez chez Simenon… Il porte une redingote poisseuse chez Steeman. Il est le plus souvent usurier (A.Christie) brocanteur ou concierge (Simenon),Banquier ( Sayers). Il n’a aucun rôle si ce n’est de figurer dans le paysage social du récit et, lorsqu’il en a un, il est antipathique, comme Monsieur Hire, ce n’est qu’un stéréotype.

    - Dans les romans américains : C’est encore souvent un homme mais les femmes y ont fait leur entrée dans les années 80 en même temps que leur place dans la société change. Elles sont détectives ( Judith Singer dans Tout doit disparaître, écrit par S.Isaac), avocates (comme Rachel Gold, dans La mort en filigrane, de M.A Kahn), district attorneys ( Lynne Jacobi, dans Un très mauvais souvenir de D.Uhnak). Il ne se distingue ni par son aspect ( sauf Isaac Sidel, le « commish » de Charyn), ni par son physique. Le caractère racial a disparu. Sa judéité n’est pas cachée et il doit faire face souvent à l’antisémitisme de service, comme Meyer Meyer face à Ollie Weeks ( Ed Mc Bain), ce «gros porc nazi et ignare » dans Romance. Léo Rosten dit de son héros Sid Silky Pincus qu’il est un bonhomme, Stuart Kaminsnky parle de brave type pour Abe Lieberman et « un petit juif à l’allure fraternelle », Henry Levinson est un brave type pour PJ Wolfson, H. Kemelman parle de David Small en ces termes « sa gentillesse et son bon sens, sa noblesse d’Européen ».


    Dans la réalité américaine des années 1910 à 1945, il y a eu « The purple gang » ou si vous préférez la « Casher nostra » ou la Yiddish Connection , la version de Detroit de l'équipe de Capone à Chicago.  Ils étaient juifs, jeunes gangsters forçant les négociants locaux à payer leur protection.  Ils sont venus à l'âge adulte pendant la prohibition.   Dans son livre, « The purple gang »,  Paul Kavieff détaille leurs activités dans le grand détail.  Ce qui suit est un bref résumé de ce livre. On peut citer Arnold Pothstein, dit « Le Cerveau » ( 1882-1928, abattu), Meyer Lansky ( Maier Suchowlansky, 1902-1983), Bugsy Siegel ( Benjamin Siegelbaum, 1906-1947, assassiné), Lepke ( Louis Buchalter, 1897-1944 mort en prison), Dutsch Shulz ( Arthur Reggenheiner, 1902-1945, assassiné), Mic key Cohen ( 1913-1976 )… et tous les membres de « The Purple Gang » qui comprend Abe et Jo Bernstein, Hary, Sam et Louis Fleisher, Philip Keywell, Abe Zusman… Des truands juifs ayant exercer dans l’extorsion de fonds, les jeux ( comme Meyer Lansky à La Havane) et tous les trafics de l’alcool aux stupéfiants. La prohibition avait fait d’eux des hommes riches, célèbres et souvent introduits dans le milieu du spectacle…

    Quelques ouvrages :


    La loi de Lieberman,  de S. Kaminsky
    Chicago n'accorde décidément pas de repos à Abe Lieberman, flic de 60 ans aux méthodes bien singulières. Alors qu'il prend la place de commerçants coréens pour faire échouer des opérations de racket, le Temple de Mir Shavot, dont sa femme est présidente, est saccagé et la Torah de velours bleu dérobée. Skinheads, terroristes arabes ? Les pistes sont nombreuses et Lieberman va devoir infiltrer ces différents groupes grâce à ses indics et à son associé Haranan. Les choses se compliquent quand trois étudiants arabes sont sauvagement assassinés et que la famille de Lieberman est menacée par les racketteurs coréens...

     

     

    Zyeux-bleus, de Jérôme Charyn
    Rien n'est interdit à New York. Par exemple, on peut y cumuler les qualités de flic, Juif, rebelle aux yeux bleus et dingue de ping-pong. C'est le cas de Manfred Coen, engagé par le commissaire Isaac Sidel, puis parachuté sur une mission apparemment simple : retrouver une fille, Caroline Vander. L'enquête mène Zyeux-Bleus à l'incroyable famille Guzmann, une tribu d'affreux débiles du crime qui a pour couverture une confiserie du Bronx.
    Portrait hors normes d'une ville folle, ce grand roman noir du plus français des auteurs américains (Jérôme Charyn vit à Paris) ouvre le cycle Isaac Sidel dans lequel on retrouvera plus tard Marilyn la Dingue et Kermesse à Manhattan, toujours avec la famille Guzmann. Écrit en quelques semaines à Barcelone, ce livre surréaliste, baroque, promène le lecteur dans la "Grande Pomme" où l'on croise une foule de personnages plus délirants les uns que les autres. Charyn inaugure une musique toute particulière qui ne le quittera plus. Inclassable et brillant. --Bruno Ménard --Ce texte fait référence à une édition épuisée ou non disponible de ce titre.


    87ème District, série de Ed Mac Bain
    Une série de 57 romans écrits de 1956 à 2005 ou l’on retrouve Carella, Meyer-Meyer, Bert Kling, Cotton Hawes et même Ollie Weeks. Une série policière ayant pour héros non pas un flic ou un privé mais tout un commissariat : le 87ème.
    Les trois premiers livres sont  Du balai ! , Le sonneur  et Le fourgue au terme desquels Carella (un des inspecteurs) mourait. Bien qu’il n’y ait pas de héros principal, l’éditeur de Ed MacBain l’a convaincu que Carella était l’interlocuteur privilégié du lecteur. L’auteur réécrivit  le dernier paragraphe où, au lieu de mourir, Carella terminait à l’hôpital. Au 87ème District, l’inspecteur Meyer Meyer est juif. Il travaille avec des collègues de cultures différentes telles que Carella d’origine italienne, Bob O’Brian d’origine irlandaise… Il est un Américain parmi les autres Américains. Il n’est pas typé tout en étant issu de parents juifs orthodoxes. Il a souffert de l’antisémitisme. Il s’interroge sur son judaïsme. Il n’a pas mis les pieds dans une synagogue depuis plus de vingt ans. Son plat préféré est le rôti de porc. Il est juif à sa manière mais un vrai Juif  «dans chaque fibre de son être »  et  n’a pas oublié l’holocauste.

    A balles réelles, de Ran Oren
    Le général Michaël Gonen, numéro deux de l'armée israélienne, se rend aux Etats-Unis pour juger les canons à laser dernier cri que la société American Laser compte bien vendre à Tsahal : son P.D.G. est prêt à tout pour conclure le marché, que ce soit par le biais de pots-de-vin astronomiques ou en utilisant le charme de son adjointe, la belle Helen Brown à qui Gonen, malgré son intégrité, ne résistera pas. Cette affaire sera exploitée par le ministre de la Défense qui s'oppose à la nomination du général comme nouveau chef d'état-major des armées. A partir de ce moment, rien ne va plus pour le général : il est accusé d'abord de corruption, puis de l'assassinat de son ami, un général de brigade responsable de recherches technologiques et lié lui aussi aux négociations de ventes d'armes. Quant à sa fille unique, elle se trouve impliquée dans une grave erreur d'exercice...

     

    Et les femmes ?...


    A quelques jours de la journée de la femme ( le 8 mars ), on peut citer Rina Lazarus, personnage inventée par une auteure Faye Kellerman (épouse de Jonathan, auteur ). Rina Lazarus représente la femme juive  moderne, cultivée,  pratiquante mais libérale.  Elle aide son mari à résoudre les énigmes. Elle est tolérante et très modérée à l’égard de la question israélienne.
    Mom est le premier personnage de détective en jupons créé en 1954 par James Jaffe puis 35 ans plus tard, en 1995,  l’apparition de Rachel Gold, avocate futée et personnage principale de la série « Truth in a plain brown wrapper (la vérité emballée dans du papier kraft ) écrite par Michaël A. Kahn. Elle prend la défense d’un couturier juif originaire d’Italie, Jacob Contini. Ce dernier dit quelques mots en yiddish comme «  a secret betrayal is ni less  shandè than a public one » (trahir en secret n’est pas moins honteux que trahir en public). Rachel Gold le comprend. C’est une grande professionnelle reconnue par ses pairs. Elle est l’opposé de Mom, personnage haut en couleur, mère d’un inspecteur qu’elle aide dans son travail par sa finesse, en dépit de son anglais mâtiné de yiddish.

    Une romancière israélienne disparue : GOUR, Batya


    Biographie
    Batya Gour (janvier 1947 - mai 2005) est une écrivaine israélienne, spécialisée dans le roman policier. Née Batya Mann à Tel Aviv en 1947, Batya Gour enseignait la littérature à l'Université hébraïque de Jérusalem. Elle collaborait également en tant que critique littéraire au quotidien israélien Haaretz. Gour se met à l'écriture sur le tard, à l'âge de 41 ans. En 1988, son premier ouvrage est publié, qui met en scène son héros principal, le commissaire Michael Ohayon. Il sera suivi de 5 autres romans. Nombre de ses personnages sont inspirés d'individus réels, issus des milieux académiques israéliens.

    Quelques romans  dont vous pouvez consulter des résumés en cliquant sur les titres.
       1.Le meurtre du samedi matin (Fayard - 1993)
       2. Meurtre à l'université (Fayard - 1994)
       3. Meurtre au kibboutz (Fayard - 1995)
       4. Meurtre au Philharmonique (Fayard - 1997)
       5. Meurtre en direct (Gallimard - 2006)
       6.Meurtre sur la route de Bethléem (Fayard - 2003)


    Les thèmes dans la polar yiddish:

    Dans le polar «yiddish », le National-socialisme et la Shoah sont les références majeures du polar  qu’ils se situent au centre ou à l’arrière-plan de l’intrigue avec deux approches différentes :
    - En Europe, Les personnages juifs qui ont subi la Shoah sont très présents et mènent des enquêtes en tant que victimes : La honte leur appartient de M. Tabachnik, Les orpailleurs de Thierry Jonquet, Kobar de C . Klotz ( alias Patrick Cauvin) ou encore Le retour du professeur de danse de H. Mankell, qui évoque les Nazis et Néo-nazis suédois dans plusieurs de ses romans. En France, se surajoute la montée de l’extrême droite combattue en permanence par Didier Daeninckx mais on peut citer aussi J.P Manchette avec Morgue pleine ou Que d’os, M.G Dantec avec Les racines du mal  ou encore Konop avec « Pas de kadish pour Syberstein.
    - Aux Etats-Unis, peu de personnages ont vécu la Shoah dans leur chair, peu de Juifs ayant obtenu le visa américain après 1939. Ce sont donc les parents et les grands-parents qui font office de victimes. La Shoah fonde alors l’appartenance au peuple juif au même titre que le yiddish. La prise de conscience a été plus tardive qu’en Europe puisqu’elle ne remonte qu’aux années 1980… «  en l’espace d’une génération, l’holocauste a quitté les marges pour s’installer eu centre de la conscience juive américaine » écrit P. Novick dans L’Holocauste dans la vie américaine. Sydney Kaplan, dans Avocat criminel, évoque tous les camps d’extermination où sont morts les membres de sa famille. Comme en Europe, les personnages juifs traquent les nazis : Ces garçons qui venaient du Brésil, de I. Levin, Les morts s’affranchissent de E.V Cunningham, L’orchestre des ombres de T. Topor ou encore Le nazi récalcitrant de S. Kaminsky. Les polars américains consacrés au monde juif  sont ethnologiques. Il faut aller voir ce qui se cachent derrière les « cashès » (énigmes) : on y trouve toutes les incertitudes sur l’identité juive, sur sa diversité, sur son avenir. En quoi sont-ils ethnologiques ? Les récits se passent en un lieu juif que ce soit un quartier ( comme Broklyn), une synagogue comme dans Benny Ciperman, détective privé de Howard Engel, ou encore un centre communautaire… Ils s’écoulent selon un temps juif , ponctué par les fêtes et le shabbat comme dans Lundi, le rabbin s’est envolé pour Israel : dès la première page, Kemelman évoque le seder ( Pâques juives).

    Dans « Le Grand nulle part » de J. Elroy, on lit dans la bouche d’un personnage : «  On peut sortir le Juif de sa fange, mais on ne le sortira jamais du juif ». Avant la Seconde Guerre mondiale, l’antisémitisme était déclaré et on le retrouve chez d’autres auteurs comme Agatha Christie, Simenon, A. Steeman, A. Héléna… Après le choc de la Shoah, des auteurs ont dénoncé cet antisémitisme en décrivant les antisémites comme des personnages antipathiques usant d’un langage grossier comme « le Yid » ( Ed Mc Bain) , le « youpin » ( B. Akounine et beaucoup d’autres). Ils évoquent aussi le «lobby juif » comme Nat Hentoff… Les antisémites font partie de toutes les couches sociales et de tous les pays. La Russie en est un exemple frappant comme dans l’œuvre des Frères Vaïner  L’évangile du bourreau ». Dans les commissariats de police, les inspecteurs juifs ont affaire à des collègues antisémites : capitaine Riordan dans La police des polices, Dudley Smith dans Le grand nulle part. Dans des romans américains, ce sont les groupes nazis ou néo-nazis qui tiennent le devant de la scène, les Juifs restant en second plan comme dans "La pâle figure"  de Philip Kerr qui situe son récit en 1938.


    Lorsque l’on évoque cet antisémitisme, Simenon est un cas emblématique. Il met en scène de nombreux Juifs dans ses romans, usant et abusant des clichés de son époque. Toutefois ses Juifs ont le plus souvent un rôle secondaire ou font partie du décor sauf dans « Les fiançailles de M. Hire » et « Le petit homme d’Arkhangelks ». Toutefois ces petits juifs font de  Simenon un antisémite qui s’ignore et qui font des Juifs une race inassimilable et détestable. Il suffit de relever quelques phrases dans son œuvre :

    - « Chaque race a son odeur » , « Ces Juifs qui mangent de l’ail et tuent les bêtes autrement que tout le monde », 1931, Pietr le Letton
    - «  Quand on s’appelle Levy, on en veut au portefeuille de tout le monde » 1931, Lily sourire.
    - « Cynique et adipeux », 1932, La jeune fille aux perles ( La figurante)
    - « … répugnant… sent mauvais… a une odeur rance.. », 1942, Les caves du Majestic.
    - «  Son nez de Juif, sa grande bouche vicieuse… », 1948, Pedigree et là, nous sommes après la Shoah.

    Simenon fait de ses héros, M. Hire et Jonas Milk (le petit bouquiniste et philatéliste du Vieux-Marché dans Le petit homme d’Arkhangelsk) des  éternels métèques sans espoir de s’intégrer. Dans un article « Les petits juifs de Simenon », Charlotte Wardi écrit : «  La position de l’auteur qui a grandi dans un milieu profondément chrétien, sur le rôle du Juif dans la cité paraît complexe et ne s’explique pas uniquement par une conception raciste et pessimiste de l’humanité. La vieille malédiction les condamne, selon l’église, à errer persécutés parmi les peuples, à leur servir de bouc émissaire, pèse sur les petits Juifs de Simenon… » Toutefois cela pèse sur d’autres auteurs de son temps.

     

    Le Centre MEDEM, organisateur de l’exposition, a établi un dossier complet «  Du Rififi au Yiddishland », un vrai travail de synthèse sur les personnages juifs dans le polar. Il est dommages qu’il ne soit pas en ligne sur le site de cette association. L’exposition doit beaucoup à la thèse de Mme Nadine Akoun-Rosenberg « L’image du Juif dans le roman du XXème siècle, T2 Paris, université Paris VIII. De nombreux ouvrages de la littérature policière  peuvent être trouvés et empruntés à la Bibliothèque du Centre Medem. Pour acheter les livres, une librairie et son site : La librairie du temple.

    Une place particulière est réservée à Jérôme Charyn, «  un enfant des bas-fonds » et son héros Sidel le commish qui tête sa bouteille de lait partout où il va, car il a un ver solitaire qui est apparu après que son assistant a été assassiné. Serait-ce le ver métaphorique du remords et le biberon tout autant métaphorique de l’enfant pleurnichard qu’il a été? Il adore marchander et dit de lui-même qu’il est  « un Juif du dimanche ». Et le reste de la semaine ? Il ne l’est pas !  C’est un personnage romanesque et non pas un stéréotype ordinaire : «  Il se rendit au Un Police Plazza (commissariat) vêtu d’un manteau qui faisait des poches partout et d’un costume qu’il avait acheté chez un fripier. Le col de chemise était tout cassé. Il y avait plusieurs tâches d’œuf sur sa cravate. Sa ceinture, il l’avait prise sur le pantalon de son père. Il choisit ses chaussettes avec soin. Elles étaient de la même couleur. Les talons de ses chaussures avaient pratiquement disparu. Mais il avait sa bouteille de lait ». L’argent ne l’intéresse pas et il a sa vision du monde. Dans Un bon flic, il rêve d’un monde dans lequel petits écoliers blancs et noirs seraient traités sur un pied d’égalité avec cette réflexion philosophique : «  La dissuasion la plus efficace contre le crime est un abécédaire. » Le titre du roman Zyeux-Bleus est le surnom de Manfred Coen, l’assistant de l’enquêteur Sidel le commish. Les victimes sont légion dans le chaos urbain de New-York.  Dans ses romans, Charyn fournit bien plus qu’une énigme à résoudre. Les rebondissements sont multiples et les barjots grouillent. Il faut se laisser porter par l’émotion, le rire, les images de choc et une petite musique   le Charyn‘blues.


    Actualité :

    1°/ A noter un polar écossais avec un policier juif : Scapel.


    Scalpel est le dernier roman paru en France du prolifique auteur écossais qu'est Campbell Armstrong. Il s'agit de la quatrième enquête de Lou Perlman un policier juif opérant à Glasgow.
    Il fait partie de la sélection automnale du Prix SNCF du Polar dans la catégorie « Polars européens ».
    Résumé : En congé maladie prolongé, Lou Perlman se morfond et attend les lettres de Miriam, son inaccessible belle-sœur. Une main sectionnée (à la scie, travail propre) est découverte chez lui dans un sachet en plastique, sous une pile de journaux. Qui en veut à Lou ? Latta, le flic cinglé, sa pire Nemesis ? Désœuvré, Lou enquête sur un trafic d’organes en ayant recours à ses vieux indics, et à son inimitable méthode. Cela le mènera chez Dorcas, un ex-chirurgien cinglé, et sur les traces d’un travesti qui a besoin de fric pour parachever sa transformation… Des scènes terrifiantes dans une maison victorienne délabrée digne de “Psychose” ; d’autres montrent une bande de gamins intrépides, sans valeurs ni ligne de conduite, qui n’ont de pitié que pour leur mascotte, un furet nommé Issy : Glasgow devient un territoire lunaire de violence pure et gratuitement désespérée, où tout peut arriver.

    2°/ Polar juif et cinéma :


    Après « No country for Old man » sorti en janvier 2008, les cinéastes américains Joël et Ethan Coen ( Cohen )  adaptent au cinéma le roman The Yiddish Policemen's Union de l'écrivain Michael Chabon ( droits achetés en février 2008) , en transposant sur grand écran ce polar situé dans une réalité alternative où la communauté juive s'est installée en Alaska. L’ouvrage de Michael Chabon « The Yiddish Policemen's Union » ( Le syndicat des policiers juifs ) a été édité en 2007 et la version française en janvier 2009 aux Editions Robert Laffond.
    C’est un récit basé sur la réécriture de l'Histoire à partir de la modification d'un événement passé. Dans le roman de Michael Chabon, seuls 2 millions de Juifs ont péri durant la Seconde Guerre mondiale grâce à l'accueil de réfugiés en Alaska dès 1939. L'auteur a également imaginé que le conflit s'était soldé par la défaite de l'Union soviétique face à l'Allemagne avec ensuite sa capitulation après l'explosion d'une bombe nucléaire sur Berlin en 1946. Le roman s'intéresse plus précisément à la ville de Sitka en Alaska, refuge des Juifs après la fin de l'échec de la pérennisation de l'Etat d'Israël en 1948. L'intrigue du roman débute dans ce contexte au moment où un détective alcoolique enquête sur la mort d'un jeune prodige des échecs censé être le messie.

    Le thème de l’identité culturelle :


    Les personnages juifs sont beaucoup plus nombreux dans la littérature américaine qu’européenne et sont plus libres avec l’Histoire alors que leurs équivalents européens sont enchaînés à un passé qui leur colle à la peau comme ce matricule déshumanisant, tatouage des camps d’extermination. C’est une marque  indélébile qui pèse sur l’Europe et ses auteurs, d’où le rôle important dévolu aux victimes de la Shoah.

    Parmi les nombreuses préoccupations professionnelles, sociétales et autres, l’une est commune au plus grand nombre des auteurs : comment conserver une part, aussi petite soit-elle, de leur culture ? … Quelques mots de Yiddish, comme Noah Green dans Le diable et son jazz, quelques tranches de pickel, comme le commish les aime, quelques allusions au Talmud, comme Nate Rosen dans Cet amour qui tue…

    En France, grande pourvoyeuse de polars, l’appartenance à une communauté est peu valorisante. C’est l’intégration à la nation qui prime et qui a pour conséquence une forme d’effacement de la culture communautaire.

    Comment maintenir en vie une communauté ?
    Que deviendront les acculturés ?
    Comment préserver son identité ?
    Quel avenir culturel ?

    Tous ces débats, ces incertitudes font partie intégrante du judaïsme contemporaine comme du "corsisme"  du 21ème siècle. On les retrouve dans les polars avec très souvent une bonne dose d’humour en prime. A cet égard le polar yiddish offre des points de ressemblances avec le polar corse.


    Corses et Juifs : une revue corse : Fora ! La Corse vers le monde - n°4


    Nous avions annoncé la création de la revue « Fora ! La Corse vers le monde » avec la parution de son premier numéro « La Corse au miroir du Japon ». C’était en 2007. Depuis lors, sont parus le N° 2 « La Corse et le Maghreb, côte à côte »  et le N° 3 «  Corse et Mexique. A Latins, Latins et demi ». Cette  revue semestrielle, très riche par la teneur de ses articles et les  personnalités qui y contribuent, va sortir son 4ème numéro dont le lancement  sera effectué le 17 février prochain à Ajaccio.  L’association Ubiquita a tenu ses promesses. Tous les six mois, la revue paraît et gagne de nouveaux lecteurs.
    Fora ! La Corse vers le monde :  un titre pour une identité ouverte aux autres…


    Omi, donne, neri è bianchi, di tutte e mamme è paesi,
    Arabi, Spagnoli è Corsi, Francesi, Curtinesi
    Campemu à buleghju, lampendu i chjerchji di e nazioni
    Curs’mupulitani.’

    Hommes, noirs et blancs, de toutes les mères et de tous les  pays
    Arabes, Espagnols et Corses, Français, Cortenais
    Vivons ensemble et laissons tomber cercles et nations…
    « Curs’mopolitani » semble être un jeu de mots entre corse ( corsu ), corsaire ( cursale)  et cosmopolites ( cosmupolitani ).
    ( Groupe I Cantelli et Pierre Gambini )

    Sans abdiquer leur affection, beaucoup de Corses vivent ailleurs que dans l’île. La Corse cosmopolite a besoin de toutes ses forces positives pour préserver ses richesses culturelles et en créer de nouvelles. L’enjeu serait de créer les conditions nouvelles d’un avenir culturel, tout en restant  «une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances » pour reprendre la formule de Fustel de Coulanges. Des artistes et des écrivains corses se sont déjà engagés dans cette ouverture qui n’est pas l’abandon d’une identité mais la conviction que, en allant vers les autres et  en apprenant à mieux les connaître, on apprend à mieux se connaître. « Fora ! » évoque des tags qui poussent au rejet mais,  par une sorte de déminage linguistique, l’association Ubiquité fait du titre de sa revue une ouverture en prenant le mot dans son sens littéral «au dehors ! » et en y ajoutant, pour enlever toute ambiguïté, « La Corse vers le monde ! ». Si cette revue affiche comme premier champ de réflexion celui des sciences sociales,  elle s’aventure dans tous les domaines susceptibles de renseigner la pertinence des rapprochements qui mettent la Corse au miroir des autres.

    Après le Japon, le Maghreb et le Mexique, le N° 4 de Fora met les Corses au miroir des Juifs avec qui ils partagent en premier lieu l’existence de diasporas.

    Une fois encore, ont contribué des intervenants de grande qualité. Aux côtés des Corses, nous avons noté l’écrivain  Amos Oz, jouissant d'une renommée internationale, très apprécié par la critique, lauréat de plusieurs prix dont celui de la Paix en 2002, cofondateurs du mouvement “La Paix maintenant ».

     


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