• A l'ombre des Citronniers

    Les Citronniers, film d'Eran Riklis

    Le réalisateur israélien Eran Riklis rend compte, sans manichéisme, de la réalité extrême d'un Moyen-Orient toujours mystérieux pour les Occidentaux. Dans ce qu’elle a de surréaliste, la réalité y courtise la fiction. Le film 'Les Citronniers' met en scène, au-delà du politique, l'individu et son quotidien face à l'absurde. Eran Riklis offre un cinéma humaniste mais sans certitudes. Fragilité des frontières. La guerre. La paranoïa militaire. Une histoire ordinaire, où des arbres deviennent une menace pour la sécurité d'un pays. Invitation à s'interroger…

    Le film «  Les citronniers  » s’ouvre dans une cuisine sur le découpage des citrons en rondelles La scène est remarquablement filmée. Pourquoi 'Les Citronniers' et non 'Les Oliviers' ? demande Mathieu Menossi pour Evene.fr au réalisateur qui répond : « La force symbolique de l'olivier est trop évidente. La guerre, la paix, l'olivier… Et je désirais mettre de la couleur dans mon film. Un film doux-amer qui contient toutes les propriétés du citron. Il sent bon mais on ne peut le manger tel quel. Enfin, je suis un fan de la chanson américaine 'Lemon Tree', dont je propose une version orientale dans le film. »

    L'action se déroule sur la "Ligne verte", à la frontière cisjordanienne, au coeur du conflit israélo-palestinien. Quelques pas séparent les acteurs mais ils ne se parlent pas car une ligne les sépare, symbolisant le manque de communication qui règne au Moyen-Orient. C’est cette ligne qui va être l’objet d’un jeu subtil où on suggère plus qu’on met en évidence. A chacun de penser. Il y a une réelle esthétique poétique et de l’humour dans ce film où chaque relation humaine révèle, au-delà des apparences, une profondeur à sonder.


    Salma Zidane , une veuve de 45 ans, vit dans un petit village palestinien de Cisjordanie. Le ministre de la Défense israélienne aménage en voisin envahissant et dominateur. Le verger de Salma jouxte sa propriété qui fait l’objet de mesures de protection drastiques. Cette femme fière lutte contre les autorités israéliennes, qui veulent couper ses citronniers, plantés par sa famille des décennies auparavant. Cette plantation constituerait une menace pour la sécurité, car des terroristes pourraient s'y cacher. Face à l’oppresseur, Salma est aidée dans son combat par Ziad, un avocat qui ne tarde pas à tomber amoureux d'elle. Salma est bien décidée à sauver coûte que coûte ses magnifiques citronniers. Quitte à aller devant la Cour Suprême afin d'y affronter les redoutables avocats de l'armée soutenus par le gouvernement. Mais une veuve palestinienne n'est pas libre de ses actes surtout lorsqu'une simple affaire de voisinage devient un enjeu stratégique majeur. Salma va trouver une alliée inattendue en la personne de Mira l'épouse du ministre. Entre les deux femmes s'établit une complicité qui va bien au-delà du conflit israélo-palestinien.

    Ce film est une allégorie politique sur l’absurdité du contexte israélo-palestinien. Suha Arraf en est co-scénariste. L'actrice arabo-israélienne Hiam Abbass, de la lignée des belles et grandes tragédiennes comme la Grecque Irène Papas, est remarquable dans son rôle de cette femme à la rage contenue, digne et courageuse et chaque acteur donne chair à son peronnage. Réalisme des dialogues et poésie de l'image, l’angoisse côtoie la douceur. Ce mur qui se dresse devant le verger de citronniers confine au silence comme une mort, accentuant le caractère insaisissable d'une situation inextricable et en constante mutation. Incohérence extrême des hautes instances politiques et judiciaires israéliennes, incapacité des deux camps à communiquer sur des bases rationnelles et humaines, Riklis porte son regard de cinéaste dans un souci permanent d'impartialité. A l’ombre des Citronniers, il nous éclaire d’une lueur humaniste et nous sert une citronnade délicieuse mais amère

    Salma Zidane ( comme Zizou dont on voit furtivement la photo collée sur un mur de l’appartement) est veuve. Ses citronniers et son vieux métayer ( constituent son environnement humain, car ses enfants vivent loin d’elle. Elle porte le deuil de son mari et le tchador imposés par quelque censeur intégriste qui assoie son pouvoir sur la guerre. Dans cette vie d’un autre temps et sous son foulard, c’est une femme moderne. Son aventure amoureuse avec son avocat démontre chez elle un féminisme assumé. Ziad, le jeune avocat, a été formé en Russie où il a laissé un enfant. Il mange des boîtes de poissons comme des friandises et il sent ses doigts en permanence pour détecter une éventuelle mauvaise odeur. Leur relation bien qu’intense ne peut être qu’éphémère. Ils le savent…


    Mira Navon (la femme du ministre de la Défense israélien) est la seule à réaliser que, derrière la clôture, derrière les arbres, il y a une femme. Elle ne cède pas à la peur d'un attentat terroriste. « A l'origine, explique le réalisateur, le synopsis se focalisait sur le destin de ces deux femmes et sur leur solitude. J'y ai ensuite ajouté des arbres, des politiciens. Et l'on se retrouve d'un seul coup avec un film à plusieurs niveaux, à la fois sur tout et sur rien ». Hiam Abbas    (Salma Zidane) et Rona Lipaz-michael (Mira Navon) sont excellentes et émouvantes chacune dans son rôle.

    Un soldat, perché sur sa tour de contrôle, est surnommé Rapido, parce qu’il est toujours le dernier. Il ne pense qu'à son entrée à l'université. Un peu drôle, un peu simple, un peu triste, il n’en a rien à foutre de l’armée et s’entraîne à des tests d’intelligence insensés. Dans un film politique sur une tragédie, ce personnage apporte de la légèreté.

    Que vous soyez pro-israélien ou pro-palestinien, vous pouvez vous identifier à ce que vivent les personnages. Si un citronnier peut devenir une menace pour la sécurité d'Israël, que peut-on espérer du dialogue entre les plus hauts représentants des deux camps ?

    «  Avec Les Citronniers, j'espère malgré tout susciter une certaine forme d'espoir et d'optimisme
     », nous dit Eran Riklis et il ajoute : « Plus que réalisateur et citoyen d'Israël, je suis surtout un réalisateur et citoyen du monde. Je ne travaille ni pour Israël ni pour la Palestine, mais pour ce que je considère comme ma propre vérité. Il s'agit surtout d'être honnête avec soi-même et de rester seul maître de ses choix. 'Les Citronniers' pointe du doigt une réelle psychose sécuritaire. Si mon film ne fait pas l'unanimité et qu'il provoque tout un processus de réflexion de part et d'autre, tant mieux. Mon but n'est pas de satisfaire tout le monde.  »

    Biographie :

    Né en 1954 à Jérusalem, Eran Riklis est élevé aux États-Unis, au Canada et au Brésil. Il travaille dans le cinéma depuis 1975. Il est marié à une réalisatrice prénommée Dina et père de deux enfants : Tammy, un journaliste pigiste, et Jonathan, un pianiste de jazz. Il vit aujourd'hui à Tel Aviv, mais se considère comme un citoyen du monde. Diplômé en 1982 de la National Film School de Beaconsfield, en Angleterre, il signe son premier long métrage, On a Clear Day You Can See Damascus, un thriller politique tiré d'une histoire vraie, en 1984. Sept ans plus tard, il tourne Cup Final, salué par la critique internationale et sélectionné dans plusieurs festivals dont Venise et Berlin, puis Zohar, qui s’impose comme le plus grand succès du box-office israélien des années 90. Eran Riklis réalise ensuite Vulcan Junction, un hommage nostalgique au rock and roll, puis Temptation, l’adaptation d’un best-seller israélien. C’est alors qu’il signe La fiancée syrienne qui obtient dix-huit récompenses internationales parmi lesquelles le Prix du public du festival de Locarno, le Grand Prix des Amériques et les Prix de la critique internationale (Fipresci) et du public au festival des films du monde de Montréal.
     
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