• Taïeb de Trouillas, premier roman de J.R Augè

    Jean-René Augè vit dans la région de Perpignan.  Lorsqu’on le rencontre, on s’attend  à ce  qu’il nous chante « que la montagne est belle … », avec son  « vrai » air de Jean Ferrat.  Mais c’est avec sa plume taillée dans le rabassou (cep de vigne en patois catalan) qu’il fait chanter les mots par grappes et qu’il nous trace le récit de Taïeb entre les rangées de vignes, lentement pour le bonifier comme du bon vin.  Trouillas est  un patelin viticole pas très loin de Perpignan, planté au milieu de mère Nature, toujours présente et vivante, avec sa « peau d’herbes sauvages », ses « naissances» de fruits et légumes dans les potagers sous « les yeux des maisons, timides »… Un coin du Sud de la France où le soleil « brûlait pareillement espagnols, gitans, arabes ou catalans ».   

    Taïeb y arrive à 15 ans avec sa famille. Son père y est embauché comme ouvrier agricole après une période de chômage dans la banlieue parisienne. Taïeb est un môme des cités banlieusardes avec des parents d’un « pays avant la France …  un pays qui portait la mer en chapeau et le désert pour chaussures, avec  des écritures comme des pas de mouches ivres qui allaient de droite à gauche » : l’Algérie. Il ne partage pas leur nostalgie ni leur Dieu qui l’empêche d’être ce qu’il est : un Français. « Mon père, dit-il,  parle de ses racines, des vieux de là-bas, de tous ceux qui ont fait notre histoire et j’ai envie de lui crier que je me fous de la graine… C’est là où elle tombe qui a de l’importance. Là où elle pousse et j’ai poussé ici. En France. »  Après quelques larcins commis plus par désoeuvrement que par cupidité, il découvre, dans un petit village du Sud de la France, la mer, la terre, l’amitié   et l’amour.  Il s’émerveille devant cette mer qu’il croyait immobile, comme sur les cartes postales,  alors qu’elle bouge et qu’elle chante : «  un drap tendu entre deux montagnes, bien accroché aux roches, avec un vent, dessous, prisonnier entre la terre et la toile, qui essaie de s’enfuir. Il souffle. Inutile. Le drap se gonfle. Il s’arrête. Le drap se creuse ».

    A Trouillas, malgré sa peau un peu plus marron que les autres,  le jeune beur décide qu’il est catalan et se baptise « Taïeb de Trouillas », une association, presque un titre de noblesse terrienne,  qui devrait l’enraciner  après avoir vécu dans une cité où le béton imperméable entretient le déracinement. Dés son arrivée, il rencontre son nouvel ami : Paulo , le fils du mas d’Avall, « un brave petit pas très porté sur les livres mais qui sait reconnaître le mildiou, la tavelure ou la cloque ». Et puis, apparaît son premier grand amour : Annie. Elle est grande, belle et fille d’un riche vigneron. Taïeb est petit, maigre et pauvre,  mais il est « de la race de ceux qui rêve grand » et il nous dit : «   Je suis pauvre, je rêve riche. Maigre, je rêve gros et même un peu costaud. Ca ne gâcherait pas. Et puis, je me réveille. Forcément, impossible de dormir une vie.» En lui offrant des fleurs volées, l’adolescent va-t-il conquérir sa bien-aimée, promise à Paulo?

    Il faudra lire le roman de Jean-René Augé pour le savoir.  Ce nouvel auteur du terroir catalan aborde, de façon originale, le sujet des jeunes beurs des banlieues parisiennes, mais aussi les mondes étrangers qui se côtoient : celui de la ville et de la campagne, celui des adultes et des enfants, celui des riches et des pauvres. Taïeb est l’un de ces jeunes beurs, étranger dans sa famille, étranger dans sa nationalité française, étranger dans la campagne catalane, étranger dans le monde des adultes, étranger dans sa pauvret酠 Il rêve sa vie, au lieu de la vivre.

    Trouillas est un village du Languedoc – Roussillon dans le département des Pyrénées orientales. Anciennement « Truliars »( An 844), l’étymologie de ce lieu fait polémique. Trouillas ex-Trullars pourrait venir de la racine catalane « « Trullas » ou « Trouill » du latin torcular, torcularis qui désignait un pressoir. Le mot s’est transformé en trohl ou trull qui est un pressoir ou un fouloir à raison. Mais pour d’autres, il s’agissait d’un pressoir à olives et le moulin à huile placé en décoration sur un parking pourrait appuyer cette thèse, comme, du reste le blason de Trouillas sur lequel quatre cercles symbolisent des pressoirs à olives. Le mot trull viendrait alors du latin torcu signifiant moulin à huile. L’orthographe du mot a varié selon les époques , passant de Truliares (18ème) à Trullas (1091), Trulares (1188), Locus de Trullares (1835), Trullas (1441), et  enfin Trouillas en 1742.  Mais ce n’est pas tout, « trulla » , toujours en latin, signifie « cuvette », vase à puiser le vin…

    Situé dans les Aspres ( qui signifie « sec et caillouteux, âpre en catalan), ce village du contrefort des Pyrénées est  entre la mer et la montagne, avec des alentours entièrement plantés de vignes et où l’on découvre plusieurs mas dont les plus importants sont le Mas Deu (ancienne commanderie des Templiers puis centre d’un important domaine viticole appartenant à la famille Durand avant d’être morcelé au 20ème siècle), le Mas de Canterrane ( du nom de la rivière qui traverse le village et qui ne coule que lors de fortes pluies),  et le Mas Conte. Toute l’histoire de Trouillas est liée à la vigne introduite par les Grecques au 13ème siècle avant J.C . C’est là qu’est né le Vin doux naturel au 13ème siècle. On y a soigné des cépages blancs (macabeu, grenache blanc et gris) et des rouges (syrah, grenache noir, carignan, mourvèdre et cabernet sauvignon) puis au 20ème siècle, est apparu le chasselas.

    Nul doute que Jean-René Augé est du coin et qu’il sait reconnaître le mildiou, la tavelure et la cloque. Nul doute aussi qu’il aime Trouillas qui nous vaut quelques beaux passages avec un lyrisme sans emphase. Il écrit sans phraséologie, donnant ainsi au personnage de Taïeb toute  son épaisseur dans le « je » crédible du héros narrateur. Son livre a été d’abord édité par Les Editions Manuscrit qui ont accepté la résiliation du contrat d’édition et il est donc propriétaire des droits d’exploitation, de diffusion et d’adaptation audiovisuelle de « Taïeb de Trouillas » que l’on peut trouver à la FNAC de Perpignan et à la Librairie Privat, 10 rue du docteur Pous,  toujours  à Perpignan. 

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