• Suite: Le genre dit

    Le néo polar : roman noir post- soixante –huitard:<o:p></o:p>

    Entre la France et les Etats Unis, il y a une différence de culture qui apparaît dans le polar. Alors que les auteurs américains n’ont pas de message politique, nos auteurs français sont beaucoup plus politisés en ayant compris tout ce que le roman noir pouvait contenir de social. Je reprends le slogan cher à des auteurs comme Jean-Pierre Pouy, Patrick Raynal… entre autres : " Le roman noir, c’est le roman de la vigilance ! De la résistance ! De la transgression!".<o:p></o:p>

    C’est le polar d’après 1968, année de troubles sociaux quasi révolutionnaires et qui, par ailleurs, voit l’intégration de la police municipale parisienne à la police nationale. En France, parmi les interrogations politiques et sociales, la question se posait de savoir si la police était détournée de sa finalité, si elle n’était qu’un moyen d’oppression. On s’est interrogé sur son pouvoir régalien, sur ses bavures, sur le sens de ses missions, sur sa place dans la société en proie à des injustices sociales et à l’insécurité. Cette réflexion a entraîné des efforts de démocratisation de l’institution et la rédaction d’un code de déontologie policière.<o:p></o:p>

    C’est dans la rue et dans les bas-fonds que ce genre trouve des espaces de liberté. C’est là que des auteurs anarchistes ou gauchistes ont pu jouer les empêcheurs de tourner en rond, dans nos sociétés " ronronnantes ". Patrick Raynal se souvient :"On avait tous un petit livre rouge dans une poche et un roman de Dashiell Hammet dans l’autre". C’est ce que certains ont appelé la nouvelle vague. "La criminalité politique, avec ses prises d’otages, ses voitures piégées, ses détournements d’avions offre maintenant une riche matière à la Série noire qui commençait à s’essouffler" (Boileau- Narcejac).<o:p></o:p>

    Sur le site " Noir comme l’espoir ", Patrick Pécherot écrit : " Les seventies et leur parfum de révolution marqueront l’émergence d’une génération d’auteurs majeurs qui renouvèleront le style tout en poursuivant le chemin tracé par les grands anciens, y compris dans sa dimension critique. Qu’ils s’appellent Manchette, Raynal, Pouy, Daeninckx, Fajardie, Villard, Jonquet… ils construiront une œuvre qui s’inscrit bien au-delà de ce que l’on a alors appelé, dans une tentative de qualifier en vrac tout récit policier en prise directe sur les réalités sociales ou politique, le néo –polar… "<o:p></o:p>

    Le leader historique en est Jean-Patrick Manchette qui est entré dans la Série noire en 1971 avec un roman signé avec Jean-Pierre Bastide " Laissez bronzer les cadavres ". Il a dit : " Dans le roman criminel, violent et réaliste à l’américaine, l’ordre du Droit n’est pas bon, il est transitoire et en contradiction avec lui-même. Autrement dit le mal domine historiquement. La domination du mal est sociale et politique. Le pouvoir est exercé par des salauds. On reconnaît là une image grossièrement analogue à celle que la critique révolutionnaire a de la société capitaliste… Lorsque le héros n’est pas lui-même un salaud… lorsqu’il a connaissance du bien et du mal, il est seulement la vertu d’un monde sans vertu. Il peut bien redresser quelques torts, il ne redressera pas le tort général du monde, et il le sait, d’où son amertume. "

     Site dédié à J.P Manchette :   http://manchette.rayonpolar.com<o:p></o:p>

    En 1971, L’AffaireGustro de Manchette et en 1972, La Nuit des grands chiens malades écrit par A.D.G  seront les deux romans les plus novateurs de ce que les critiques ont considéré comme une nouvelle école du polar.  <o:p></o:p>

    A la suite de Manchette, les " barons " du Néo –polar sont Jean Vautrin ( A bulletins rouges, Billy Ze Kick, Boody Mary, Groom, Canicule), Marc Villard ( Légitime démence, Nès pour Perdre, Corvette de nuit…) , Frédéric H Fajardie (Tueurs de flics, Le souffle court, Clause de style, La théorie du 1%), Hervé Prudon ( Mardi gris, Tarzan malade, Banquise…), Joseph Bialot (Le salon du prêt à saigner ; Le sentier, Babel ville…), Sébastien Japrisot ( Compartiment tueurs, La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil) qui est devenu scénariste pour le grand écran ( Le passager de la pluie, La course du lièvre à travers les champs…) ou encore Jean-François Coatmeur, Hervé Jaouen, Hugues Pagan, Jean-Hugues Opel, Tonino Benaquista… <o:p></o:p>

    En 1979, les collections " Engrenage " et " Sanguine " furent créées pour ce nouveau genre. Les auteurs et les éditeurs de néo-polars ont voulu vendre des bouquins bon marché et c’est toujours dans cet esprit que fonctionnent certaines collections.<o:p></o:p>

    Dans les années 1980, des auteurs réalisent et scénarisent une série policière « Néo polar », anthologie d’histoires inspirées  de romans du néo-polar français. Sept épisodes ont été diffusés sur Canal+ en 1984 et FR3 en 1985. Dans la distribution, Michel Beaune, Dominique Blanc, Jean-Pierre Léaud, Vincent Lindon, Claude Nougaro, Florent Pagny. Parmi les scénaristes, on trouve Férédric Fajardié, Hervé Jaouen et Marc Villard entre autres ; et parmi les réalisateurs , Jean-Pierre Bastid, Michel Andrieu, Patrick Jamain… Quelques titres d’épisodes : Shangaï Skipper, La Théorie du 1%, Salut ma puce…  On voit apparaître des néo- polars dans des collections grands formats.<o:p></o:p>

    Manchette disait que le polar était une " littérature ferroviaire ". Jean Bernard Pouy sera surnommé " l’homme des trains " après avoir écrit un premier roman ferroviaire " La vie duraille " cosigné avec Daniel Pennac et Patrick Raynal. On lui doit aussi " Train perdu, wagon mort Il a multiplié les romans avec des titres évocateurs à deux reprises de son passé de professeur de philosophie comme Spinoza encule Hegel et la suite : A sec ! (Spinoza encule Hegel : le retour). Dans le néo –polar, les arpenteurs du réel sont plutôt spinoziens bien sûr. ". Il est à l’origine de l’aventure du Poulpe, alias donné au personnage de Gabriel Lecouvreur, à cause de ses longs bras. À partir de sa fiche identitaire, il a vécu sous la plume de nombreux polardeux revendiquant leur opinions de gauche et anti- Front national. Les petits polars du Poulpe étaient édités par les Editions La Baleine au premier petit prix de 39 francs. " Qu’est-ce qui fait courir Gabriel le juste ? L’injustice, surtout si elle est pratiquée par un patron sans scrupules, un intégriste vachard, des néonazis pédophiles, des trafiquants de cassettes porno et des politiciens véreux. Défenseur d’une gauche orpheline de ses promesses évanouies, Lecouvreur va, court, vole et nous venge… " - Article " La pieuvre est faite " de Emmanuel Laurentin dans Télérama n°2508 du 7 février 1998 dans une rubrique " La rage et le noir : le polar " pages 10 à 18. On peut citer comme bon récit du poulpe, celui de Patrick Raynal " Arrêtez le carrelage ". Patrick Raynal, patron de la série noir, a dit : " Je suis un marxiste qui pratique la concurrence ".<o:p></o:p>

    Un arrêt sur Didier Daeninckx :<o:p></o:p>

    Il a donné sa définition du roman policier : " un type de roman dont l’objet se situe avant la première page " ; et celle du roman noir : " Un roman de la ville et des corps en souffrance ". Didier Daeninckx participe à la revue Amnistia.net<o:p></o:p>

    Lorsque Daeninckx parle d’un « roman de ville et des corps en souffrance »,  il définit ce que d’autres ont nommé le « Polarville ». Jean-Noël Blanc, sociologue, a publié en 1991 aux P.U.F une étude sur les rapports entre le roman policier et l’espace urbain défini comme : «  cet univers complexe, contradictoire et non- maîtrisable que représente la ville dans les sociétés industrialisées ».  Dans le roman noir, des couples écrivain- ville se sont formés : Hammet- San Francisco, Chandler – Los Angéles, Goodis – Philadelphie… Montalban – Barcelonne, Izzo – Marseille. <o:p></o:p>

    Il y a le couple Malet – Paris et puis, dans la région parisienne, la ville c’est aussi la banlieue. Daeninckx décrit la sienne documentée, où les tours, les barres, les centres commerciaux, les bistrots… côtoient les usines, les friches industrielles mais aussi les îlots pavillonnaires.  Au milieu de ce décors, des voleurs, des camés , des agents de sécurité mais aussi des syndicalistes, des militants d’associations de proximité, des clandestins… C’est une banlieue bien différente de celle « stylisée », presque abstraite d’un Vautrin. Ce sont des banlieusards bien plus ordinaires et non des personnages pittoresques ou déjantés évoluant dans des récits picaresques. Daeninckx parle des conflits sociaux, du racisme, des sans -abris sans- papier  et des magouilles immobilières. <o:p></o:p>

    Daeninckx  revient aussi sur des dénis historiques,  notamment la répression sanglante du 17 octobre 1961 et la politique colonialiste de la France au début du XXème siècle.  L’arpenteur du réel Didier Daeninckx fait ressurgir dans le présent les ombres noires de l’histoire de la France et notamment son passé colonial. Pour cela, il imbrique dans ses récits le présent et le passé, la réalité et la fiction. Tel un archéologue, il fait ressurgir les dessous de l’histoire pour éclairer le présent à la lumière de ce passé souvent mis sous l’éteignoir.<o:p></o:p>

    Meurtre pour mémoire, roman qui revient sur la répression sanglante, le 17 octobre 1961, par la police parisienne d’une manifestation de ressortissants algériens. Parmi les mort : Thibaud. S’agissait-il d’une bavure policière ou d’un meurtre ? C’est son fils, en 1981, est tué à son tour, après avoir consulté les archives de la Préfecture de Police. L’inspecteur Cadin mène l’enquête qui va l’amener à s’intéresser à un certain André Veuillot, fonctionnaire compromis sous le régime de Vichy en 1942.<o:p></o:p>

    Le retour d’Altaï : Il s’agit de la suite donnée par l’auteur à son excellent roman " Cannibale ". Vous y retrouverez Gocéné, trois quarts de siècle plus tard, qui revient en France sur les traces d’un kanak tué 124 ans plus tôt en Nouvelle Calédonie. De quoi sortir du formol des spectres historiques et parler aussi de la culture des kanaks, de leur humanité. La piste du repentir passe par le musée de l’homme, dans cet opus de 114 pages. Avec le retour d’Altaï, Gocéné nous donne une belle leçon de ce repentir généalogique et le chef de la tribu de Kowale peut lui accorder un pardon collectif. A méditer….Question extraite : " Vous tous qui dites " hommes de couleur ", seriez-vous donc des hommes sans couleur ?"Didier Daeninckx écrit, pour Shangaï express, un feuilleton " l’inspecteur L’entraille ", qui sifflote des refrains de Maurice Chevalier. Des meurtres sous le régime de Vichy et l’occupation allemande. Le décor historique est planté. Le coéquipier de l’inspecteur L’entraille est un certain " Verdier ". Justement, notre auteur a publié un recueil aux Editions Verdier. Il s’agit du titre : " Les cités perdus "…. à lire et, dernièrement, un livre également sous le régime de Vichy, au titre annonciateur: Itinéraire d'un salaud ordinaire!<o:p></o:p>

    Daeninckx a écrit lui aussi dans la série du Poulpe. A l’époque,  Il avait déclenché une querelle interne, lorsqu’il avait révélé que Serge Quadrupani, auteur du n°2 du Poulpe, aurait fréquenté les milieux révisionnistes. On a reproché à Daeninckx d’avoir lancé une fatwa  sur Quadrippani et il avait  même du faire face à des " broncas " non littéraires notamment lors d’un salon du Polar, place de la Bastille à Paris.<o:p></o:p>

    Une collection " Polarchives " a été créée en 2002 par Gérard Streiff. Il s’agissait de mêler une intrigue policière à un événement historique. Si des polars mêlent encore intrigues et faits historiques, cette collection s’est mise en sommeil après quelques titres comme, pour exemples, Les caves de la Goutte d’or écrit par Gérard Streiff ou L’inconnu du Paris – Rome, écrit par Gilda Piersanti. <o:p></o:p>

    Et tous les autres auteurs :<o:p></o:p>

    " De Dominique Manotti à Thierry Jonquet en passant par Dennis Lahane ou Cesare Battisti et Paco Ignacio Taïbo II, les écrivains témoignent de leur temps et s’ancrent dans le réel. Même si l’imaginaire et l’efficacité de l’intrigue restent le pivot de ces fictions, la description de milieux particuliers, de marges interdites ou de professions singulières leur confère une valeur documentaire. " Christian Barbault dans un article de Valeurs mutualistes n°236 Mars/Avril 2005 – article " Le polar, une passion contemporaine ".<o:p></o:p>

    Sans oublier les femmes :<o:p></o:p>

    Depuis 1990, des femmes se sont affirmées dans le genre avec notamment : Andréa H.Japp ( La Bostonienne), Brigitte Aubert ( Les quatre fils du Docteur March), Maud Tabachnik (Un été pourri ), Fred Vargas ( Debout les morts) , Claude Amoz ( Le Caveau )… puis s’y sont maintenues, comme leur homologues anglo-saxonnes.

    à suivre...
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  • Commentaires

    1
    visiteur_Peter
    Jeudi 7 Décembre 2006 à 04:51
    Merci de cette histoire interessante. J'en ai poste un lien: (http://detectivesbeyondborders.blogspot.com/2006/12/french-connections.html)
    ===================
    Detectives Beyond Borders
    "Because Murder is More Fun Away From Home"
    (http://detectivesbeyondborders.blogspot.com/)
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