• YEREVAN 2010 438Dans sa collection « L’âme des peuples », les éditions Névicata ont fait le bon choix avec Tigrane Yégovian qui a écrit « Arménie, à l’ombre de la montagne sacrée », entendez l’Ararat, ô combien symbolique du peuple arménien !  Il existe un en-de-ça et un au-delà du Mont Ararat, un occident et un orient arméniens,  un avant et un après le génocide. L’Ararat est le lieu biblique  où Noé débarqua et repeupla la Terre.

    Le titre de la collection et sa ligne éditoriale définissent le travail d’écriture réalisé par les auteurs. Tigrane Yégavian fait partie de la troisième génération de la diaspora arménienne. Versé dans le journalisme  et l’écriture, ce jeune intellectuel diplômé se promène partout où il rencontre cette âme arménienne devenue une fractale dont le centre reste l’Ararat et la petite république issue de l’URSS, cette Arménie orientale qui ne représente plus que le dixième de la grande Arménie historique. Il s’inscrit dans sa généalogie. Son père est né à Alep (Syrie), sa mère en Belgique et lui-même à Paris. Il a grandi à Lisbonne. Il est représentatif d’une diaspora « qui a essaimé au quatre coins du monde, dans la foulée du génocide de 1915 ».

    Yemen, Paris, les Arménies, les Ibéries, les Levants… C’est la configuration géographique et spatiale de la sélection des poèmes rassemblés par Tigrane Yegovian  dans son précédent recueil « Insolations ». Aden, Paris, Lisbonne, Ankara, Alep… y sont des étapes d’un voyage poétique fait de confidences, de sensations et d’émotions dans une langue musicale qui va parfois jusqu’à l’incantation avec des images fortes, fulgurantes.

    Mais, dans son ouvrage « Arménie, A l’ombre de la montagne sacrée », Tigrane Yégavian n’offre ni un recueil de poésie ni un simple guide touristique. Il nous fournit des clés pour mieux connaître l’âme arménienne. Il déroule une synthèse de différentes approches,  historique, sociologique, religieuse et culturelle sans laquelle un voyage d’agrément  passe à côte de l’essentiel. C’est toujours lisible, jamais ennuyeux. Pourtant, il rassemble et harmonise une masse importante d’éléments à approfondir, avant de poser des questions  pointues à trois intervenants choisis pour leur implication dans le fait arménien d’hier et d’aujourd’hui.

    Un travail d’écriture, de journalisme culturel et d’investigation. Ecrit avec soins et ponctué d’entretiens  avec des intellectuels qui font références, son récit de voyage sera le compagnon idéal du lecteur désireux  de dépasser les clichés et de se faire une idée documentée sur ce pays, ultime refuge d’un peuple que la tragédie a rendu « furieusement humain ». Ce peuple a survécu à une histoire guerrière entre des empires, romain et sparte, puis perse et ottoman, enfin ottoman et russe. Il s’est civilisé, alphabétisé et cultivé plus vite et plus haut que ses oppresseurs.

    Tigrane Yégavian donne des éléments d’analyse du fait arménien d’hier et d’aujourd’hui avant de questionner avec une grande pertinence trois intellectuels reconnus chacun dans leur domaine : Jean-Pierre Mahè, orientaliste, philologue et historien du Caucase – Levon Abrahamian, ethnologue arménien, explorateur de la complexité arménienne – et Liudmila Harutunian, sociologue arménienne et figure de proue de l’élite intellectuelle issue du monde académique soviétique. Chacune de ces personnalités apporte des réponses éclairantes.

    L’opuscule « L’Arménie, à l’ombre de la montagne sacrée » est concis et riche par sa synthèse de tous les éléments de compréhension d’un peuple issu d’un pays à la croisée des chemins entre l’Orient et l’Occident, le Caucase et l’Asie, l’Islam et la Chrétienté. Vous y trouverez aussi des anecdotes personnelles. Pour le côté mythique, on peut citer que, après la création du Monde, Dieu aurait déversé son excédent de roches dans ce « pays de pierre ».

    On ne reste pas dans le mythe et on n’entre pas dans un discours mystificateur.  Tigrane Yégavian ne s’est pas cantonné dans un passé aussi prestigieux et tragique qu’il soit.  Un voyage en Arménie s’effectue dans sa réalité présente. Les clés qu’il nous fournit ouvrent les portes à l’analyse  socio-économique, ethnographique et politique de l’Arménie contemporaine pour sortir de l’Arménie spirituelle, vaste territoire de l’âme et du cœur.

    Nous avons demandé à une lectrice son avis. Voici ce qu’elle écrit :

    « Tigrane Yégavin a su condenser une somme de connaissances pour constituer ce petit livre que je qualifierais de passeport efficace pour néophytes s'intéressant à l'Arménie. Mais pas seulement ...

    Dès l'avant- propos,  le problème fondamental émerge à travers l'incipit par une anecdote renvoyant à l'enfance. « Où se trouve la frontière ? » Les illustrations personnelles éclairent et étayent les sous-chapitres de manière vivante dans un style métaphorique où l’auteur excelle. Ainsi cette présentation habile et alerte aborde les points clés, donne des renseignements essentiels concernant l'histoire , les intellectuels et les artistes passés ou présents.

    La deuxième partie accentue l'originalité de ce petit livre grâce aux trois entretiens axés sur trois thématiques spécifiques qui abordent le passé et l'avenir de l'Arménie, se déclinant à partir de questions pointues, pertinentes. Les réponses y sont concises et j'ai trouvé particulièrement intéressantes celles de Levon Abrahamian ainsi que celles de Liudmila Harutunian car elles nous donnent un point de vue interne, avec des idées allant à l'encontre de pas mal d'Arméniens de la diaspora .Ces deux spécialistes nous éclairent avec beaucoup de lucidité et de façon critique sur la situation actuelle.

    Pour résumer "À l'ombre de la montagne sacrée " est un petit livre écrit avec pertinence et concision. Il a le mérite de faire le tour de questions clés sur l'Arménie historique, contemporaine, actuelle. Il s'adresse ainsi à un large lectorat. Personnellement, je vais le conseiller à mes amis .Une belle découverte! Un bon moment de lecture !

    Nous partageons cet avis. Sans aucun doute le peuple arménien, riche d’une culture plusieurs fois millénaire, mérite qu’on s’intéresse à lui, à son présent et son avenir  autant qu’aux paysages et aux vestiges de sa petite république. Par exemple, prendre un taxi à Erevan permet bien sûr une balade touristique de tout ce que son office du tourisme vous propose. Toutefois, prêter une oreille au chauffeur de taxi peut vous faire entendre une part de l’humanité arménienne. L’Arménie offre un tourisme de qualité dans lequel les rapports humains tiennent leur place et constituent un réel enrichissement.

    Auprès de lecteurs arméniens, l’ouvrage de Tigrane Yégavian a recueilli des éloges dont celui averti de Denis Donikian, écrivain et plasticien français d’origine arménienne :

    « Les petits livres obligent à la concision dans la crainte du raccourci. Alors que la grande cavalerie des mastodontes galope déjà depuis bientôt quatre mois sur le parcours du centenaire du génocide arménien, l’ouvrage de Tigrane Yegavian la joue discrète, sans pour autant céder à la complaisance. En effet, s’il est justifié de crier haut et fort que les Arméniens ont été victimes d’un génocide il y a cent ans et que depuis, la Turquie se mure dans son crime de silence (voir le livre de Gérard Chaliand, chez l’Archipel), encore faut-il présenter aux profanes qui sont ces Arméniens d’hier et d’aujourd’hui qui fon tant parler d’eux. Or cette monographie, (que devrait bientôt compléter celle de Séta Mavian), publiée dans la collection L’âme des peuples, aux éditions NEVICATA, est un véritable bijou d’intelligence et de savoir-faire. Pour avoir rencontré Tigrane Yegavian, je peux assurer que le jeune homme sait garder toute sa lucidité tout en nourrissant une réelle passion pour le peuple arménien. Une jeune homme qui vient de loin pour avoir parcouru non seulement l’Arménie actuelle, mais aussi l’ancienne avec les yeux d’un esprit hanté par l’inquiétude sombre du passé et les merveilles de sa culture » - Denis Donikian sur son blog Ecrittératures.

    Présentation par l’éditeur ICI

    I-Grande-28387-armenie--a-l-ombre-de-la-montagne-sacree_net

    votre commentaire
  • sanguine_uneNous avons lu le roman « Sanguine » de Jean-Pierre Santini et nous avons trouvé un commentaire pertinent d’une lectrice. Nous vous le livrons : « Oui! le personnage du dernier roman de JP Santini est bien un cérébral! En effet, la tête, y tient une place fondamentale mais pas que...sans jeu de mot grivois car il s'agit d'un récit érotique "crépusculaire" (voire policier dans les dernières pages) dans lequel le narrateur fait un grand ménage allégorique afin de se retrouver in fine avec sa solitude et surtout son amour premier , celui qu'il porte pour celle qui l'a conçu. Les plus belles pages de ce roman sont à mes yeux celles qui concernent sa mère avec le petit carnet bleu ainsi que la page finale dans laquelle l'auteur qui maitrise avec aisance l'art de la métaphore nous offre deux magnifiques images d'amour maternel, dans l'excipit. Ses derniers mots, comme une injonction que l'on pourrait/ devrait faire sienne.... Auparavant JP Santini nous traîne dans une aventure amoureuse charnelle mais aussi duelle, le duo féminin Nathalie-Suzanne n'étant à mes yeux que son propre reflet dans un miroir virtuel où il se condamne à une sorte de no life alors que " Dehors, il faisait beau"... On pourrait développer encore de nombreuses symboliques et philosopher sur l'être et l'avoir à partir de "Sanguine", comme nous invite d'emblée le titre lui- même. Ainsi, avec ses différents niveaux de lecture, ce récit se lit avec intérêt de la première à la dernière page. Les pages de capture de la souris ainsi que celles sur les objets usuels et le ménage devraient faire date ! »

    Pour les lectrices et lecteurs (de JP Santini) qui ont lu Nimu, Ultimu et Commando FNLC, il semble qu’il y ait un fil entre ces romans et « Le sentier lumineux » signé par Andria Costa. Le fil visible est le personnage d’un Corse qui, de passion politique en passion amoureuse, entre peu à peu en solitude dans une Corse crépusculaire. Et il y a un autre fil invisible entre « Le sentier lumineux » et « Sanguine » : les amours clandestines.

    Dans « Le sentier lumineux », Samuel Romani, personnage récurrent présent dans l’Ultimu et commando FNLC, évolue entre les amours cachées et les opérations politiques secrètes. Les amours cachées, c’est Jade, personnage d’une passion amoureuse en marge de l’engagement politique et d’une lutte nationaliste toujours larvée dans une Corse en proie à ses démons. Dans « Sanguine », le militantisme politique est mis de côté. Nathalie est le personnage central de la narration. Elle vient à la peinture après avoir essayé d’autres occupations salutaires pour cette femme qui veut vivre intensément. Artiste dans l’âme, elle choisit d’apprendre la technique des Sanguines et son apprentissage se fait sur le nu. Le couple, nous le découvrons par le narrateur dans le rôle de l’amant qui, contrairement à Samuel, ne parle que d’amour. Il s’agit donc de son vécu d’homme ayant dépassé la soixantaine et qui entretient  une passion avec la belle Nathalie  qui sait se faire désirer. Elle est mariée et, comme Jade, ne se décide jamais à quitter son mari. On se demande, au fil de notre lecture, si le narrateur croit en cette passion ou fait semblant d’y croire, s’il y a cru et fini par ne plus y croire, ou encore feint de ne plus y croire mais veut encore y croire. Il donne l’impression d’évaluer la valeur sentimentale qu’il peut encore donner aux choses et aux êtres. S’agit-il d’une attirance purement charnelle et du réel projet d’un bonheur à deux ? Est-il réellement jaloux du mari ? Ses soupçons sont-ils fondés en ce qui concerne le professeur de dessin qui enseigne les Sanguines à Nathalie ? Un jour, il décide de faire un grand ménage dans sa maison et c’est de cela dont parle la lectrice dans son commentaire. Il a commencé par la cuisine et  nous avons pensé à un ouvrage de François Dagognet : « Les Dieux sont dans la cuisine : philosophie des objets et objets de la philosophie »  (Le Plessis-Robinson : Synthélabo, 1996. - Les empêcheurs de penser en rond).

    Des couverts, des assiettes, des verres, une louche, une passoire, des torchons, des serviettes, trois casseroles, une poêle, un seau en plastique bleu, une serpillère… Jean-Pierre Santini nous dresse un inventaire à la Prévert des accumulations que l’on trouve dans toutes les cuisines. Il en arrive ensuite à une brosse à dent électrique que le narrateur n’utilise plus, faute de brossettes adéquates qu’il n’a plus commandées. Il se dit alors et nous dit : «  Certes le sourire est plus éclatant qu’avec un brossage à la main, mais, comme je suis seul la plupart du temps, je ne souris presque jamais, sauf là, imperceptiblement quand j’ai déposé l’objet futile au fond d’un sac-poubelle. Pris d’une sorte de frénésie, je me suis aussi débarrassé de la louche (je ne consomme jamais de soupe), de sept couverts sur dix, de cinq assiettes sur huit et de huit verres sur douze (Je ne reçois jamais personne)… » Solitude et organisation du quotidien, mais aussi l’occasion de remettre en ordre le passé lorsque le rangement concerne des photographies. Inévitablement le spectre de la mort règne dans « ce monde immobile, baroque et poussiéreux ».

    Les objets ont, pour point commun, de répondre à un usage, généralement humain et de ne pas être vivants. Ils ont une valeur financière et parfois affective, voire esthétique comme les photos et les Sanguines. Le narrateur, contrairement à un roman de Georges Perec (Les Choses) ne veut pas, semble-t-il, que les objets prennent trop d’importance.  « L’ennui vient de l’excès d’attention qu’on leur porte », dit-il lorsqu’il s’interroge sur l’être et l’avoir. En serait-il de même pour Nathalie ? Prend-elle trop d’importance comme lui suggère une amie bonifacienne, Suzanne, avec qui il entretient une relation platonique à distance ou du moins « inaboutie ».

    Peut-on faire le ménage dans sa vie amoureuse comme dans sa cuisine ? L’amour serait  un jeu « à qui supplantera l’autre » ? Qui serait alors l’objet sexuel ? La femme ou l’homme ? Les deux ? Le narrateur doit se poser toutes ces questions lorsque Nathalie le dessine par morceaux avec un gros plan sur son sexe, pièce maîtresse du puzzle corporel qu’elle emporte chez elle. Elle ne lui laisse que sa tête, à Lui, le cérébral en conflit avec son âme d’esthète qui veut profiter du simple et du beau. Jean-Pierre Santini ne boude pas l’allégorie et la métaphore dans « Sanguine » et c’est tant mieux pour que la lecture ne soit pas passive. L’auteur force le lecteur à pendre partie en interprétant des dires mais aussi des signes et des non-dits.

    L’univers tient assemblé alors que tout en lui est disparate. On se demande comment les choses tiennent entre elles. Il en est de même pour les humains. Comment deux êtres peuvent-ils s’assembler, se mêler alors que tout les sépare et les en empêche, en premier lieu eux-mêmes ? Le narrateur n’a pas de colle ontologique pour assembler son univers avec Nathalie qui a organisé le sien et qui est « sans doute un peu volage ». Il souffre de cet amour tronqué, vécu par intermittence. Il veut rester lucide, même si, comme le dit la 4ème de couverture, l’amour constitue un point de fuite inespéré dans sa solitude.  Dans un moment de ménage sentimental, il ne veut garder que le corps de Nathalie sur une photo découpée. Le souvenir d’un grand amour, pour lui, serait charnel, voire esthétique mais aurait perdu sa valeur sentimentale. Parfois, qui trop embrasse mal étreint, comme le dit le proverbe. Nous ne raconterons pas l’épisode de la souris et la référence à Steinbeck.  Nous vous le laissons découvrir. En filagramme dans le récit, le narrateur a sans aucun doute une souffrance qui le ramène à sa mère et à la mort de son père. « Les plus belles pages de ce roman sont à mes yeux celles qui concernent sa mère avec le petit carnet bleu ainsi que la page finale dans laquelle l'auteur qui maitrise avec aisance l'art de la métaphore nous offre deux magnifiques images d'amour maternel, dans l'excipit ». C’est aussi notre avis.

    Comme l’a compris la lectrice évoquée, Sanguine est un ouvrage à plusieurs niveaux de lecture, y compris celui philosophique. Jean-Pierre Santini doit se souvenir avec émotion d’un lecteur assidu, professeur de philosophie.  Jean-Claude Loueilh est décédé le 19 novembre 2011 mais, vivant, aurait-il sans doute commenté son roman comme il l’a fait dans le passé ? Il aurait su résumer le récit et peut-être lui trouver un prolongement prophétique vers un chaos guidé par l'Amour Fou et une passion effrénée pour la Vie.

    Dans « Sanguine », on trouve aussi une part d’imaginaire, de magie qui échappe à la raison et aux sciences pour ceux qui croient aux envoutements plutôt qu’aux coïncidences. Peut-il y avoir une correspondance secrète entre les objets et la vie ? La fin laisse cette part au lecteur lorsque le modèle nu dessiné par Nathalie, un SDF, est découvert mort. Nous n’irons pas plus loin pour ne pas déflorer l’histoire et empêcher le futur lecteur de faire librement son propre commentaire. On peut rajouter que, dans le roman précédent « Le Sentier lumineux »,  Samuel Romani, cet homme sans espérance, arrivé en fin de jeunesse car il ne croit plus au renouveau des jours, prépare et rumine sa fin, qui coïncide avec la fin de son aventure avec Jade, son dernier amour. Revenu à Imiza, l’endroit où il a sa maison et ses racines, Samuel tente de retrouver les souvenirs du bonheur, mais en vain. Jade, une femme mariée, n’a pu se libérer des chaînes conjugales, elle lui a laissé, dérisoire signe de présence, ou preuve irréfutable de l’absence, un numéro de téléphone portable qui ne répond plus. En est-il de même pour le narrateur dans Sanguine ? Renoncera-t-il à son point de fuite qu’est l’Amour ?

    Jean-Pierre Santini aime mêler les genres littéraires, Il nous a livré un « journal intime » érotique, psychanalytique, philosophique et surtout humain. Comme il le termine dans l’atmosphère noir du polar, nous citerons Simenon en disant que « reste la matière vivante, reste l’homme tout nu et tout habillé, l’homme de partout ou l’homme de quelque part ».

    Voici la 4ème de couverture, qui vous propose une présentation officielle mais courte d’un ouvrage dense…

    sanguibn_4Dans la solitude d’un village de Corse, alors que l’heure de la retraite a sonné et que la vie, nonchalante, se partage entre activités intellectuelles, remise en ordre du passé et organisation du quotidien, l’amour constitue un point de fuite inespéré. La femme qui l’a suscité incarne une dernière chance de bonheur dans l’existence du narrateur. Elle est son «â€¯beau souci » et sait se faire désirer.

    Nathalie a une âme d’artiste. Lui, d’esthète.

    Elle veut vivre intensément, de tous ses pores, quitte à tromper son mari. Lui, lucide plus que désabusé, veut désormais profiter du simple et du beau… et l’ambiguïté de leur relation lui pèse.

    Sanguine, elle l’est. Désirante et obstinée. Sans doute un peu volage. Lui, le cérébral, sait bien que le destin des amours clandestines est de finir un jour… Cinq ans déjà ont passé depuis leur première rencontre. Rien ne poudroie plus au loin, il l’a compris.

    Mais l’amour…?

    Difrade


    votre commentaire
  • voeux2015

    votre commentaire
  • orphelin

    Le roman de Marcu Biancarelli « Orphelins de Dieu »  a fait l’objet d’une critique abondante, favorable, élogieuse...  Un roman violent, sanglant, dur mais la tendresse transparaît parfois avec beaucoup de pudeur. Un roman épique. Une road movie historique et à cheval sur les sentiers corses et toscans, comme une rêverie parfois philosophique. Certains voient chez cet écrivain des références à d’autres auteurs comme Jose Luis Borges, Julien Gracq mais encore Cormac McCarthy... Nous avons, pour notre part, décelé chez lui une nourriture littéraire bien digérée, mais aussi le fruit d’une réflexion personnelle.

    « Orphelins de Dieu » est un roman noir dont l’action se situe au 19ème siècle. Selon que l’on s’attache aux deux personnages principaux, à tous les personnages ou à la terre corse, les thèmes abordés sont nombreux et ceux sociétaux trouvent un écho aujourd’hui au-delà de l’Île. C’est le cas en ce qui concerne les bandes de brigands sanguinaires qui, dans l’enfer des guerres, pratiquent le pillage, le vol, le viol et l’assassinat, mus  par l’appât des gains immédiats plutôt que par les causes perdues qui les ont jetés dans la barbarie. En Corse, l’auteur ne met pas en scène des personnages romantiques et tous n’ont pas qu’une réalité romanesque, puisqu’il est allé puiser dans l’histoire du brigandage qui sévissait à cette époque. Le légendaire « bandit d’honneur » avait pour honneur de réaliser sa vengeance et, moyennant argent comptant, la vengeance des autres. Il s’enrichissait et gagnait en renommé en fonction de son degré de dangerosité. En dehors de l’activité de tueur à gages, les bandits vivaient, comme leur nom l’indique, en bandes qui faisaient régner la terreur partout où ils passaient avant de « prendre le maquis » pour  se faire un temps oublier, entre deux razzias en Corse et en Italie. Mais ils n’étaient pas les seuls à martyriser les villageois sur l’Île, car les « voltigeurs », chargés de les éliminer, étaient des repris de justice sortis des geôles françaises pour éliminer  ces rebelles.

    220px-Michelina_de_Cesare

    A la même époque, des bandes similaires sont apparues aux Etats-Unis et au Mexique, notamment et ont inspiré les films de western. L’auteur y fait référence à la fin du roman, comme il cite Michelina de Cesare, une femme hors-la-loi sicilienne au temps du risorgimento dans l’Italie du 19ème siècle. Il y fait référence peut-être pour le courage de son héroïne et peut-être aussi pour en donner un portrait de femme à cette époque. La comparaison s’arrête là. L’héroïne Vénérande, vierge et célibataire,  s’occupe d’un jeune frère martyrisé par une bande de criminels. L’un d’eux lui a coupé la langue et l’a défiguré. Son supplice nous a fait penser à celui de « l’homme qui rit », dans le  roman de Victor Hugo. Toutefois le « Petit Charles » corse n’est pas Guynplaine, l’enfant défiguré du roman hugolien qui montre que cette pratique barbare pouvait arriver sur le continent à cette époque,  dans un roman et sans doute dans la réalité de ce 19ème siècle. On sait aujourd’hui que les actes barbares n’ont pas de frontières et traversent les époques. L’actualité nous empêche de l’oublier. Les tortionnaires du « petit Charles »  ne lui ont pas taillé un large sourire, comme ceux de Guynplaine. Le frère de Vénérande est muré dans son malheur. Cette dernière vit  dans le seul espoir de venger ce frère marqué à vie et devenu un handicapé reclus chez eux. Tous les jours, devant ses yeux,  il est leur malheur en chair meurtrie et en os. Pour cela, elle va faire appel à l’un de ces bandits de grands chemins, surnommé « l’enfer » (sans doute en clin d’œil noir à Dante). L’infernu se prenomme "Ange". Il est un personnage ambigu (L’ambiguïté est une richesse d’un point de vue littéraire). De leur rencontre, né un double récit. Celui des relations qui s’établissent entre eux jusqu’au jour de la vengeance et celui de la vie sauvage de ce tueur à gages. Au seuil de la mort qu’il sent venir, Ange Colomba, alias «Infernu»,  se raconte à sa cliente : son arrachement à la misère et aux coups d’un père alcoolique, le contexte historique, les méfaits odieux auxquels, jeune, il a participé en Toscane. Il évoque les chefs de bande qu’il a admirés, mais aussi cette violence dans laquelle il a sombré d’abord pour échapper à une vie misérable. Son chef charismatique est Théodore Poli qui n’est pas qu’un personnage de fiction, puisqu’il figure dans le trombinoscope des bandits corse. Il était de Guagno. Il fut à la tête d’une bande née  dans la forêt d'Aïtone. Il régnait sur son monde en véritable tyran qui s’est donné le droit de vie et de mort sur tous. Il levait des impôts jusque sur le clergé local, sous la bannière de l’indépendance… Ainsi, Marcu Biancarelli mêle des personnages ayant existé et des héros de papier. Il ne s’agit pas d’un roman strictement historique mais qui respecte l’esprit de cette époque et la réalité d’un brigandage sanguinaire qui doit aussi son essor à la politique coloniale et brutale de l’Etat français. Ce n'est pas une réalité spécifique à la Corse.

    théodore

    La Corse est un pays rude où l’on mourrait de diverses maladies et de travaux pénibles pour des vies misérables. La Corse était une terre convoitée, colonisée de façon brutale… Des corses étaient enrôlés de force, corrompus ou tués. Marcu Biancarelli n’idéalise pas la Corse, il veut la démystifier extra et intra muros, au risque de retomber dans le mythe littéraire. Il a avec elle la rudesse de son héros Infernu envers Vénérande. Son point de vue a sans doute une part subjective mais l’objectivité n’existe pas en Corse, pas plus qu’ailleurs. Il faut donc prendre partie. On peut penser qu’il aime cette Corse rebelle dans la mesure où elle s’humaniste en combattant ses démons. Nul doute qu’aux indignés, il préfère les révoltés.

    220px-JoaquinTheMountainRobber

    « Orphelins de Dieu » s’apparente au western, à sa loi de l’ouest, à ses héros fatigués ou indomptables, à se grands espaces sauvages… Les plaines sont remplacées par les montagnes corses où vivaient des révoltés, des truands et des brutes. Nous ne rentrerons pas dans la grande Histoire ni dans  l’histoire romancée pour ne pas tout déflorer. La vengeance de Venérande ira-t-elle jusqu’au bout, avec l’aide du vieux bandit, ivrogne et malade, qui cherche plus à se faire oublier qu’à se faire pardonner sa vie de hors-la-loi assumée sans prosélytisme ? En ce qui concerne les compagnons de mauvaise vie d’Ange Colomba, ils ne sont pas toujours ses semblables. La mésaventure du « Petit Charles » est là pour le rappeler et sa sœur a choisi ce vieux brigand comme bras de leur vengeance.  La vengeance  apparaît imminente et l’homme n’est que le bourreau, car, si l’on retient une morale de ce récit, c’est que l’on ne tuait pas impunément en Corse ; les brigands se faisaient assassins et justiciers. On se demande parfois si ces hommes ne ressentaient pas un plaisir mystérieux à détruire ? Parmi ces brigands, certains ont une sorte de cousinage avec des personnages de la même époque et de la même engeance au-delà de l’océan. Nous pensons à ceux dont les noms sont cités par l’auteur dans l’épilogue. Joaquim Murietta, surnommé « le Mexicain » ou « Robin des bois Chili » mais encore « Robin des bois de l’eldorado » était un personnage semi-légendaire de la Californie lors de la Ruée vers l’or. Victor Rivers, acteur américain d’origine cubaine, a incarné ce personnage légendaire du crime dans « Le masque de Zorro ». William Quantrill était un hors-la-loi américain à l’époque de la guerre de Sécession. Il fut responsable notamment du massacre de Lawrence et mit la ville de Sherman à feu et à sang. Boddy Bill Anderson, surnommé  « Le sanguinaire », scalpait, à la même époque, ses victimes nordistes et accrochait les scalps à sa monture. Après avoir fait partie brièvement d’un groupe anti-esclavagiste, il avait rejoint le camp opposé chez les « Bushwhakers » plus intéressés par les gains rapides et les pillages que par une cause politique. Tout cela pour dire que la barbarie et le brigandage au 19ème siècle n’avaient pas élu domicile qu’en Corse.

    L’intérêt du double récit de Marcu Biancarelli ne s’arrête pas à l’écriture accrocheuse. On peut refermer le livre et regarder ailleurs, « refermer ce livre pour toujours, le livre de ces temps et de tous ces outrages »… Comme dans la vie, les héros sont le résultat d’une même pâte humaine. Se justifie alors la citation célèbre de Montaigne : « Rien de ce qui est inhumain ne m’est étranger ».  Il faudrait même renverser la phrase et dire : « rien de ce qui est étranger ne m’est trop inhumain ».  L’inhumain fait-il partie de l’humain comme la main droite et la main gauche sont reliées à un même cerveau ? L’actualité internationale n’a toujours pas refermé le livre de la barbarie. Des bandes de criminels sanguinaires sont toujours actives dans notre monde… Les guerres des causes perdues les engendrent. Ils sont sans pitié et sans idéaux sincères, même si certains brandissent encore un étendard.

    Le roman de Marcu Biancarelli s’étire entre l’extrême-violence et la rédemption. Orphelins de dieu ? Ce titre est-il la conséquence du « Dieu est mort !» clamait philosophiquement par Nietzsche ?   A notre sens, les bons enfants de dieu classent les actes des hommes de façon trop manichéenne. Finalement peut-être que ces orphelins pensent simplement avoir été oubliés des hommes. Abandonnés  dans le malheur, ils choisissent le mal comme une fatalité, tout en faisant de ce choix un acte de délivrance. Dans l’enfer qu’ils vivent sur terre et qu’ils font vivre à d’autres, ils font le choix de s’extirper de la soumission et de la misère par la barbarie.

    Face à la barbarie, se pose toujours la question de la nature humaine. L’homme est-il naturellement méchant ? Tout doit dépendre du sens que l’on peut donner à ce « naturellement ». Que désignerait cette propension au naturel ? La notion de naturel est-elle voisine de celle de chaos, de sauvagerie, de barbarie, de nature dans son hypostasie destructrice face à l’œuvre civilisatrice? Comme la rose d’Angelus Silesius, la barbarie est-elle sans pourquoi ? Si nous sommes des créatures de Dieu, à quel moment de notre vie  détermine-t-il si l’on va au paradis ou si l’on descend en enfer? A la naissance ? Selon des lieux ? Selon des époques ? L’enfer est-il sur terre ? L’enfer est-il « les autres » ? Qui est tenté par l’enfer  et pourquoi ? L'enfer et le paradis semblent disproportionnés, selon Jorge Luis Borges pour qui les actions humaines ne méritent pas tant. Et il ajoute : « Un homme s'identifie peu à peu avec la forme de son destin; un homme devient à la longue ses propres circonstances ».  Destin et fatalité sont autant de mots qui expliquent tout et ne démontrent rien. Ne sont-ils que des mots après la mort ? Les interrogations peuvent être nombreuses et nous en posons quelques unes pour illustrer l’intérêt d’une lecture qui mêle l’aventure et la réflexion, la réalité et la fiction, l’historique et le quotidien, le génie d’un peuple et l’universel…etc.

    Nous avons lu dans une critique élogieuse de « La cause littéraire » que Marcu Biancarelli est un lecteur de Cormac McCarthy qui, notamment dans son roman « Un enfant de dieu », sonde  le chaos intérieur de l’être humain, la désagrégation  de son humanité et le retour à sa bestialité primaire. « Orphelins de dieu » serait-il un titre en forme de clin d’œil à cet auteur américain mondialement connu notamment pour son ouvrage « La route » adapté au cinéma. « L’enfant de dieu » raconte l’histoire d’un orphelin, qui une fois adulte deviendra fétichiste et  nécrophile au fur et à mesure de sa dégradation humaine. Quand il est chassé de chez lui et sa maison mise en vente, il se retrouve  à errer dans la nature, à courir les bois qu’il connait comme sa poche. Jamais vraiment intégré à la société, celle-ci finit de se désintéresser de lui  et le renvoie à la lisière du monde civilisé. Marcu Biancarelli serait aussi un spectateur des frères Coen qui ont adapté en 2008 « No Country for Old Men », roman éponyme de Cormac McCarthy, l'histoire d'un cowboy (Josh Brolin) traqué par un tueur psychopathe et froid (Javier Bardem) : 4 Oscars du cinéma 2008 dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur.

    Les bandits corses que Marcu Biancarelli met en scène (le terme est choisi car des passages sont filmiques), ont une vie à la lisière de la société et ces asociaux prenaient le maquis  à la lisière de l’humanité, dans l’inhumain qui, parfois, prend des allures de surhumain, au sens nietzschéen du terme, du moins dans la version romanesque de leurs aventures. Ils étaient alors des surhommes dans une volonté de puissance qui donnait un sens à leur inhumanité. Basta ! On peut expliquer leur dérive mais il est d’utilité humaine de les démystifier et de les oublier sans doute pour qu’ils ne reviennent pas dans ces temps incertains.

    La violence crûment exposée dans « Les orphelins de Dieu » peut rebuter les âmes sensibles mais ce n’est pas ce qu’il faut retenir tant les thèmes abordées son nombreux. C’est un roman sur la Corse noire, pour mieux en saisir les contours historiques et sociétaux hérités d’un passé pas si lointain, si proche à la fois et sur lequel les témoignages manquent. Le récit se déroule dans un siècle fondateur de la société corse, une période mythifiée et mystifiée.  A partir de cela, l’auteur nous livre une matière littéraire universelle, pas limitée à la société corse, voir  même pas à une époque révolue.  Il faut insister sur ce point. Dans la réalité de la Corse actuelle, on ne peut pas ignorer le thème traité de la dérive des idéaux, du glissement du politique vers le grand banditisme, thème que l’on retrouve chez Jean-Pierre Santini dans ses romans « L’ultimu » et « Commandi FNLC ».

    Comme on le répète souvent : « on ne fait pas de la bonne littérature avec de bons sentiments ». C’est pour cela que la littérature noire apporte paradoxalement des éclairages crus sur les sujets traités et les hommes. Marcu Biancarelli n’a pas écrit un roman sur la Corse.

    Orphelins de Dieu  n’est pas, à notre sens, un roman qui montre une vengeance romancée, une vendetta presque aristocratique. L’auteur s’est attaché à ce qu’elle peut avoir de populaire et de barbare tout à la fois, dans un siècle où la Corse était livrée à d’autres barbaries pas toutes insulaires. La violence était aussi étatique et économique avec d’autres formes de barbarie. La vengeance n’est pas qu’une question d’honneur made in Corsica : elle est dictée plus souvent  par les circonstances historiques, par le milieu social,  par  la loi du talion à une époque où l’on pouvait tordre le nez à la justice lorsque l’on était puissant et ne rien attendre d’elle lorsque l’on été misérable. Le « sang appelle le sang », « œil pour œil, dent pour dent »… autant de formules qui peuvent  simplement aussi donner un sens au besoin de faire du mal à qui nous en a fait, quitte à être ensuite rongé par le remord.

    En marge du récit, nous avons aimé un extrait sur la mémoire à la fin du roman. Nous avons pensé à Borgès pour qui « l'oubli et la mémoire sont également inventifs ». Marcu Biancarelli écrit : « Fermons ce livre pour toujours, le livre de ces temps, et de tous ces outrages ». Ne faisons pas comme l’Angelus Novus, ange des temps nouveaux qui regarde par-dessus son épaule l’étendue des ruines qu’il a derrière lui ! Semble-t-il nous dire à la page 235 : « Ne vous retournez pas sur l’échec et la honte. Ne vous retournez pas sur votre création » et il ajoute, en tournant la page, « Demain ne sera pas pire que ce temps qui furent. Il sera autre chose et nous n’y pouvons rien ». Nous entendons par là qu’il ne s’agit pas de rendre vie à un paysage pétrifié, pour illustrer de façon allégorique un dialogue philosophique progressif qui remonte à la deuxième moitié des années 1980, en rappelons des noms comme Deleuze, Foucault ou celui moins connu de Giorgio Agamben.  Et de ce point de vue, l’épilogue révèle que le roman lui-même est aussi une allégorie qui sert de support anthropologique, historique et sociologique à une vision du Monde.

    Ces temps ne reviendront plus. En Corse la nature reprend toujours ses droits sur les lieux désertés par les hommes «  Et la source tarie où l’on puisait l’eau. Le bassin que l’humus  a comblé. Il n’est plus rien qui rappelle qu’on ait vécu ici, ou que ce fut possible, ou que des voix résonnaient et qu’on les entendait, il n’y a rien qui disent les anciennes joies, les mariages oubliés, et les drames muets, et la peine des hommes qui arrachaient  à la terre impitoyable un larcin de misère… »  

    Et l’auteur d’ajouter à l’attention du lecteur : « Ne dites pas n’importe quoi. Gardez silence. Puisqu’il vous faut affronter les siècles sans souvenirs, puisqu’il vous faut errer sans savoir qui vous êtes. En d’autres lieux, loin d’où nous sommes, vous verseriez des larmes pour des Apaches en guerre. On vous direz Cochise, ou même Géronimo, et les sonorités de ces noms vous seraient familières. Vous y verriez tant de conscience, et vous comprendriez peut-être tant de choses. Votre empathie, et votre admiration, elles seraient absolues. »

    Ces quelques phrases devraient donner à réfléchir sur les faits et les hommes de ce roman, ancré en Corse… Notre lecture peut aisément rompre les amarres vers d’autres lieux réels ou imaginaires. Les personnages du passé sont aussi les témoins du futur convoqués dans ce roman, sortis de l’oubli pour ne pas que l’histoire ne soit qu’un éternel recommencement.  En refermant le livre, on peut  condamner les faits sans juger les hommes, et surtout pas en fonction des lieux ou des origines, de la réalité humaine ou de la fiction romanesque. La Corse en a longtemps souffert et en souffre encore. A la fin du roman, il faut se garder de tout manichéisme comme l’auteur a su le faire.

    Marcu Biancarelli fait partie des auteurs corses qui ont un lectorat insulaire. Il faut rappeler que Marcu Biancarelli est professeur de langue corse à l’université de Corte et qu’il a écrit plusieurs ouvrages  d’abord en langue corse puis traduit en français par d’autres. Il a écrit de la poésie, des nouvelles, des essais  et des pièces de théâtre.

    Orphelins de Dieu, Marcu Biancarelli l’a écrit dans la langue de Molière. Il ne s’agit pas d’une littérature identitaire. Edité d’abord chez Albiana en Corse, Actes Sud lui a ouvert sa porte d’abord avec un ouvrage précédent : « Murtoriu, ballade des innocents » édité en 2012. Il est donc diffusé sur le continent.

    Au futur lecteur nous disons  d’oublier cette note de lecture. C’est un roman à plusieurs niveaux de lecture. C'est avant tout un roman, donc une fiction. Du moins nous l'avons lu comme un récit non historique et non identitaire même s'il se passe en Corse. Quoique l'on en dise, pour nous, ce n'est pas le meilleur de l'auteur. Nous n'en ferons pas une critique pointilleuse. Il n'est pas ennuyeux. Répondez simplement à cette invitation au western, à la rêverie et à l’égarement, à revoir des fantômes dont il ne reste que la poussière, qu’un silence… Si vous l’avez lu, votre avis nous intéresse !

    jpC



    [1]  Au 19ème siècle, vingt-sept filles auraient été baptisées avec ce prénom en France.

     

    .


    votre commentaire