• Qui suis-je? Dans quel état j'erre?

    Qui suis-je ? Dans quel état j’erre, de Marseille à Ajaccio !


    Le 3 mai 2007,à Marseille, se termine la deuxième série de conférences sur le thème " Identités à la dérive " organisée par l’association " Echange et diffusion des savoirs " au Conseil général des Bouches du Rhône. La dernière conférence tenue par Vincent Descombes essaiera de répondre à la question : Combien chacun de nous a-t-il d’identités? Pour ce philosophe le mot identité soulève deux questions : Qui suis-je ? Qui sommes-nous ?



    Du 1er au 3 juin prochains, à Ajaccio, l’association Isula Viva organise un colloque " Iles. Expressions de l’imaginaire " autour d’une phrase du philosophe corse (ou Corse philosophe) Jean-Toussaint DESANTI : " Être né en Corse, serait donc porter en soi, dans son extrême singularité, le tourment de -l’ailleurs- ". Les journées se dérouleront en trois grands chapitres: insularité et origines, le mythe de l’éternel retour ; l’ubiquité symbolique " partir, revenir " ; enfin, insularité et destinées extraordinaires.

    Pour chacun de nous séparément ou ensemble, l’identité est souvent un facteur de troubles. Passer par une crise d’identité , est-ce n’avoir aucune réponse à donner aux deux questions ? Est-ce une crise existentialiste qui aboutit au constat : " Il n’y a que moi qui suis moi " ? hélas ! je ne suis que moi. Ou bien est-on pris de vertige devant le multitude de réponses qui fait de nous des êtres protéiformes, à l’identité ambiguë parce que faite d’identités complexes?…

    A Marseille, nous avons retenu les interventions suivantes :

    Le 22 mars dernier, Giovanni Lévi s’était placé sur le terrain historique. L’histoire est une " science civique " dont il est fait un usage politique. Elle est donc indissociable de la dimension civique des identités. Le processus triomphal de l’individualisation , de la privatisation de l’expérience , a produit une mémoire fragmentée, individualisée. Le pouvoirs qui se soustraient au contrôle démocratique proposent comme des conquêtes la fin des idéologies et le triomphe de l’individu. La fin des idéologies, en laissant de côté la raison historique, ouvrirait la voie à l’irrationalisme, au nationalisme et au fondamentalisme.

    Le 22 février , Jean-François Bayart proposait d’en finir avec le culturalisme : " Beaucoup des conflits contemporains se sont noués autour de la notion d'identité. Ils tirent leur force meurtrière de la supposition qu'à une prétendue "identité culturelle" correspond nécessairement une "identité politique", en réalité tout aussi illusoire. Dans les faits, chacune de ces "identités" est une construction historique. Il n'y a pas d'identité naturelle qui s'imposerait à nous par la force des choses. Le culturalisme définit de façon substantialiste les cultures – supports de ces "identités" – qui deviennent ainsi un principe d'exclusion à force d'être un principe de singularité et d'appartenance. Le discours et, de plus en plus, la diplomatie culturalistes emprisonnent les sociétés historiques concrètes dans une définition substantialiste de leur identité en leur déniant le droit au changement. La critique du culturalisme doit permettre de quitter le faux dilemme dans lequel les sociétés occidentales tendent à s'enfermer. L'alternative n'est pas entre l'universalisme par uniformisation et le relativisme par exacerbation des singularités. L'universalité équivaut à la réinvention de la différence. Entre culturalistes relativistes et anticulturalistes, il y a une vraie divergence philosophique : la première posture dit une "essence", la seconde un "événement". Le propos est donc ici d'engager une problématisation anticulturaliste des rapports entre culture et politique. "

    Le 1er février Maurise Ollender dissertait sur la passion des origines. Entre langue et nation : " Entre la racine des mots et l’origine de la nation, entre étymologie et autochtonie, les liens et les tensions sont à la fois d’érudition, de politique et de théologie. M. Olender, La chasse aux évidences, p.134 Pour aborder quelques problèmes d'identités culturelles dans les sociétés marquées par de vieux mythes bibliques, il n’est pas inutile d’entreprendre une archéologie des relations imaginaires entre langue et nation. A ce propos, dans la Genèse, tout ou beaucoup se joue entre deux moments de géo-politique : le Déluge et Babel. De nombreux textes, anciens et modernes, montrent combien les discours sur les origines ont pu susciter diverses formes d'enracinements, se transformant souvent, au fil des siècles, en passion identitaire, nationale ou autre. La terre, la langue, l’ethnie ou la "race", la religion : un quatuor macabre, archaïque et moderne — qu’on retrouve jusqu’au coeur de l’Europe aujourd’hui. Si l'attention portée aux textes anciens n'offre aucun modèle d'avenir, un point de vue historique peut néanmoins alimenter nos réflexions sur des problèmes liés à des conflits actuels, religieux et linguistiques. "

    Le 11 janvier, Carmen Bernand donnait en exemple deux héros du Nouveau Monde ( l’Inca Carcilaso de la Vega et de l’Africain Ouladah Equiano) en posant la question: " Peut-on parler d’identités à la dérive ou préférer cette expression, qui reflète les angoisses contemporaines suscitées par des migrations à l’échelle planétaire et par les changements sociaux et culturels qui en résultent, celle de recompositions identitaires et métissages ? " Pour elle, l’Inca Garcilaso de la Vega fut un métis exemplaire, comme fut exemplaire aussi l’Africain Ouladah Equiano, ancien esclave devenu militant abolitionniste à Londres. De tels exemples, au-delà de l’intérêt qu’ils offrent à tous pour la richesse de l’expérience humaine dont ils sont porteurs, montrent l’inanité du repli ethnique et l’importance de la dynamique identitaire dans la formation des sociétés ".

    Le 30 novembre 2006, Eric Mace faisait un exposé sur la Francité contemporaine à travers l’imaginaire de la télévision. " Il est un monde dont les occupations majeures sont la sexualité et le crime, les affaires de famille et le travail. Où les femmes sont volontiers intrigantes, les ouvriers fourbes, les non-Blancs vindicatifs. Mais où l'homme blanc de classe moyenne est surreprésenté et où les ressortissants de groupes subalternes sont toujours minoritaires… Ce monde étrangement familier, parfois drôle et en tout cas résolument conservateur, c'est celui que nous représente à flot continu la télévision, la nôtre. Ce conservatisme traduit la faible capacité de la société française à envisager les profondes transformations sociales et culturelles qu'elle connaît depuis vingt ans. "

    Le 9 novembre 2006, Pierre Hassner posait la question d’une identité cosmopolite possible. " Y a-t-il place pour les cosmopolites quand il n'y a ni cosmos ni polis ? Le beau mot "cosmopolite" signifie citoyen du monde". Il présuppose l'existence d'un monde ordonné (un cosmos) qui puisse se constituer en une communauté, sur le modèle d'une communauté politique (polis), et avec lequel l'individu puisse entretenir une relation de citoyenneté, c'est-à-dire d'allégeance et de participation. Cette idée est évidemment toujours restée à l'état de rêve sur le plan politique. Aujourd'hui, l'évolution des communications, l'effondrement des idéologies totalitaires, le progrès, si partiel qu'il soit, des juridictions internationales prêtent une plus grande plausibilité à l'idée d'une "situation cosmopolitique" au sens de Kant, où "une violation des droits de l'homme en un point de la planète est ressentie partout" et où "la situation intérieure de chaque état est un objet d'intérêt légitime pour tous les autres". Mais les bases culturelles et spirituelles d'un tel état cosmopolitique sont plus en doute qu'elles ne l'ont jamais été. C'est l'idée même d'une base commune de discours et d'interaction, globale ou nationale, qui est mise en question. "

    Le 26 octobre 2006, Jacques Semelin avait ouvert la série de conférences sur la compréhension de " notre barbarie ". Jacques Sémelin défend l'idée que le massacre procède avant tout d'une opération de l'esprit, une manière de voir et de stigmatiser "l'Autre" avant de le tuer vraiment. La revendication identitaire est au coeur de cette rationalité délirante. Car, si, pour vivre, les hommes ont besoin de donner sens à leur existence, pour tuer il en est de même. Dans ces nouveaux univers de sens que fabriquent les appareils de propagande, il est publiquement proféré que la violence est possible et l'interdit du meurtre est levé. Les supports de ces appareils et des émotions publiques qu'ils suscitent sont souvent les mêmes : identité, pureté, sécurité… Après la Seconde Guerre mondiale, on avait dit : "plus jamais ça !". Il fallait "tirer les leçons de la catastrophe". Que reste-t-il de ces voeux pieux ? Un paysage de désastre aux quatre coins du monde, du Cambodge à la Tchétchénie, en passant par l'Indonésie, le Biafra, le Guatemala, l'Irak, le Rwanda ou le Soudan, sans oublier l'ancienne Yougoslavie. En ce début du XXIème siècle, plutôt que de se payer de mots, mieux vaut donc regarder de très près les réalités mêmes qui nous paraissent scandaleuses, et chercher à comprendre les raisons de cette reproduction du tragique, à travers la répétition du massacre de masse.




    Sous le générique " identité à la dérive ", des intervenants mettent en garde contre les dérives identitaires que sont le chauvinisme, le communautarisme, l’ultra nationalisme, le racisme et le fondamentalisme. Sans tomber dans des travers dangereux, il nous reste à tenter de répondre aux deux questions de départ : Qui suis-je ? Qui sommes-nous ?

    La question " Qui sommes-nous ? " soulève le problème de l’existence des autres et de la communication des consciences. Il convient alors de savoir qui sont les autres et quels sont avec eux nos rapports existentiels. A première vue, les autres sont des objets, mais, comme je les sais conscients, je suppose qu’ils ont eux aussi un " pour-soi ", c’est-à-dire qu’ils se représentent le monde de leur point de vue. Ils ont leurs projets par rapport auxquels tout le reste ( moi compris) est un moyen, un instrument. Du projet va naître le conflit, en ce sens que le monde qui d’abord existait pour moi, va m’échapper pour entrer dans la représentation d’un autre. " Le monde m’a délaissé pour devenir la chose d’autrui " écrivait Sartre. Autrui ne se contente pas de voler le monde, il cherche à me subtiliser mon véritable moi-même ; par suite " autrui veut me subtiliser l’être que je projette d’être ". Il en résulte que les sociétés humaines entretiennent le conflit et, si quelques philosophes ( les Hindous par exemple) ont pu mettre en doute la réalité du monde extérieur, aucun n’a sérieusement douté de l’existence d’autres consciences : " Autrui est incontestable ; le fait d’autrui m’atteint en plein cœur ; je le réalise par le malaise. Par autrui, je suis perpétuellement en danger. " Cependant chacun de nous veut exister à ses risques et périls. " Après tout, on a que soi. " Donc ce moi qui veut exister à outrance va nier le projet d’autrui et, dans la mesure de mon pouvoir, en héros nitzschéen, je chercherai à dominer les autres pour les faire servir à mes fins.
    Seulement autrui a aussi sa volonté et cela est particulièrement visible dans ce moyen de communication qu’est le sentiment, en particulier l’amour. Celui qui aime ne prétend pas conquérir un simple objet. Il réclame un type spécial d’approbation. On veut en autrui le possession d’une liberté comme liberté, c’est-à-dire on veut que l’autre veuille notre existence et qu’il nous fasse exister par lui. On veut être aimé. Mais ce projet est contradictoire : " l’amoureux aspire à voir le toi de l’aimée se perdre dans son moi ". De là naît le conflit puisque " si aimer c’est vouloir être aimé, c’est aussi vouloir que l’autre veuille que nous l’aimions ". Autrement dit, il doit abandonner son projet et ne plus exister que par moi : " aimer, c’est vouloir que l’autre ait de nous un besoin essentiel ". Les drames sartriens montrent que les existences des amoureux sont en conflit. L’amour ne serait qu’un jeu à qui " supplantera l’autre ".
    Ainsi, l’existence, qui nous apparaîtrait comme le bien suprême s’il n’y avait qu’une seule conscience, devient un mal du fait que l’autre existe : " Je suis de trop par rapport à l’autre ". Puisque l’autre existe, je devrais partager son projet et ses sentiments, mais, au fond de nous, il apparaît que nous restons enfermés chacun dans notre conscience. Nous ne pourrions dès lors pas comprendre l’autre ni nous faire comprendre de lui. Le langage même qui semble fait pour établir des contacts entre une âme et une autre, ne crée qu’une communication indirecte. Le langage n’est pas forcément adéquate à la pensée. Il n’exprime, suivant une remarque de Bergson que " le moi social, superficiel ". Il peut n’être pas assez riche pour traduire toutes les nuances. Il y a des sentiments qui ne se traduisent pas facilement en paroles. La communication verbale risque de nous faire faire fausse route. Sans parler des renversements dont le langage est rempli et qui demandent de la part de l’auditeur un pouvoir d’adaptation, le langage peut trahir la pensée en la spécialisant et la pensée est d’autant plus trahie qu’elle est personnelle, puisque le langage est avant tout collectif. Il n’est qu’un système de signes qu’il faut interpréter pour conclure aux pensées et aux sentiments d’autrui et nous le faisons avec les risques d’erreurs et de contresens, sans parler du mensonge qui précisément nous impose des interprétations fausses. De même le comportement d’autrui ne nous dit rien sur ses dispositions intimes ( Autrui me sourit mais c’est peut-être parce qu’il reçoit dans l’œil un rayon de soleil). La dissimulation est forme de mensonge comme l’hypocrisie. Quand nous jugeons autrui, il ne s’agit , en fin de comptes, que de jugements injustes provenant du mal entendu d’être autre.

    Si on ne cherche pas une communication foncière, on peut retenir qu’il y a une communication verbale mais surtout une communication émotive et affective dans la sympathie. La sympathie est un fait d’une importance morale extrême qui pratiquement réalise la communication. Il y a dans la sympathie un élément vraiment spécifique , l’empathie : le fait de vivre et de sentir en autrui, de s’identifier avec l’autre. Le théâtre et le cinéma en fournissent un exemple : nous croyons sentir les angoisses, les enthousiasmes et les désespoirs du héros ; nous devenons lui. Donc la sympathie est une tendance à vivre les émotions des autres, à passer dans l’âme des autres . Nous pouvons éprouver que nous nous retrouvons dans autrui, de même que nous retrouvons l’autre en nous. Les différentes consciences ne s’opposent pas ; chacune porte en elle la possibilité de l’autre. Si une conscience nous paraît fermée, inabordable, c’est à notre propre incapacité qu’il faut s’en prendre, puisqu’un autre que nous arriverait à éveiller un écho. Il y a dans l’amitié et dans l’amour des formes spéciales de la sympathie : les affinités électives, qui ne s’expliquent pas par des raisons rationnelles. L’expression de Le Senne "L’esprit est une unipluralité" convient aussi aux consciences. En réfléchissant sur l’autre, ma conscience s’enrichit et se prépare à mieux se connaître elle-même. En réfléchissant sur soi-même, on découvre des éventualités , des possibilités que l’autre a pu faire siennes, de sorte que la psychologie et la morale ne prennent en somme naissance que des rapports qu’il y a entre soi et les autres consciences.

    Qui sommes-nous ? Des consciences humaines dont la diversité fait la richesse de l’humanité.

    A la question " qui suis-je ? ", j’ai tenté de trouver une réponse en formulant autrement la question : si je me dépouille de tout ce qui fait mon identité, que reste-t-il ? La nationalité est un état de fait. Je vis dans un pays constitué en nation, c’est-à-dire en une communauté de droits et de devoirs. Je suis français mais une guerre ou un changement définitif de pays peuvent amener un changement d’identité nationale. Cette identité nationale est représentée symboliquement par des " papiers ". Si je déchire ma carte d’identité nationale, si je la perds ou si on me la vole, il me faudra prouver mon identité nationale pour obtenir une nouvelle carte. C’est une identité de papier. Je constate alors que j’ai une seule identité enracinée, à la fois généalogique et culturelle : l’identité corse. C’est un sentiment profond d’appartenance mais aussi une adhésion naturelle. Quelle que soit la forme donnée à ma pâte humaine, elle est faite avec la terre corse.



    Les mots " humain " et " terre " nous permettent la transition avec un livre de Jean Toussaint DESANTI : La peau des mots. Nous avons relevé un passage de la présentation du livre : Le livre d'entretiens entre Jean-Toussaint Desanti et Dominique-Antoine Grisoni s'attaque à cette morale abstraite et consensuelle des " droits de l'homme ". " Car jamais on ne définit vraiment la notion de "droits", jamais on ne dit à quel homme, quel humain elle s'applique ", affirme le premier en introduction de ce travail qui vise à répondre à la question : " Quels droits, pour quels hommes ? ". À la lecture de ces entretiens érudits (qui reviennent sur les origines latines et grecques des mots), parfois ardus, on comprend que les réponses ne vont pas de soi. Ainsi en est-il de la racine de l'" humain " et de l'" humanité " : Desanti nous montre qu'homo et humanus ne dérivent pas l'un de l'autre, mais qu'une filiation existe, en revanche, entre humus (la terre) et humanus. Autrement dit, l'humain pourrait simplement se rapporter à ce qui vient de la terre ! Le philosophe nous invite à prendre " les mots par leur peau, par ce qui les isole ", par " l'enveloppe sensible, sonore ou visuelle qui, au voisinage d'un corps vivant, fait signe vers du sens ".




    " 2007 ", année du bicentenaire de la mort de Pascal PAOLI. Il ne faudrait pas en oublier le centenaire de la naissance de l’éminent philosophe corse qui nous a quitté en 2002 . Jean-Toussaint DESANTI avait répondu à la question posée : " Es-tu un philosophe corse ? ", par : " Jamais je n'ai écrit en langue corse une ligne de philosophie. Mais là n'est pas l'essentiel. Je crois avoir pratiqué la forme de philosophie qu'exigeait mon origine. Dans ce champ aussi j'ai, autant que je l'ai pu, pourchassé l'indétermination, fait violence à la culture, effacé la mer, celle qui sépare et engloutit ".

    Du 1er au 3 juin 2007 inclus, un colloque à l’Hötel Corallia d’Ajaccio lui rend hommage sous l’égide de l’association Isula viva. Comment l’idée de ce colloque a germé ? Vous pouvez aller lire les confidences de Pierre-Paul Battesti sur le site de l’association à l’adresse : http://www.isulaviva.net/battesti.htm



    Nous vous livrons les notes de présentation de l’événement.

    Voilà un sujet de conversation insubmersible ! Et pitch d'un " colloque " qui réunira tout ce que la Corse et l'outremer comptent de femmes et d'hommes capables de parler de l'insularité et de leurs incessants " aller-retour ". Vous avez dit " mythe de l'éternel retour " ? Nous parlerons aussi de cette " ubiquité symbolique ", détectée puis expliquée par le philosophe Jean-Toussaint Desanti dans son texte bouleversant " Effacer la mer1 ". Éditrices, écrivains, historiennes, universitaires, essayistes, psychologues, militants ou femmes politiques : ils seront à l’hôtel CORALIA, où s'organisera une fête savante " Iles. Expressions de l’imaginaire ". Sont aussi prévus des repas et un confessionnal pour évoquer en particulier le " tourment de l'ailleurs ", cette fatalité de tant d'îliennes et d'îliens dans le vaste monde.
    Isula Viva



    " Être né en Corse, serait donc porter en soi, dans son extrême singularité, le tourment de -l’ailleurs- ". Cette phrase de Jean Toussaint Desanti (Effacer la mer1) est-elle un sujet de philosophie ? Une enquête de journaliste ? Le pitch d'un film ou la trame d’un roman ? Ce colloque " Iles. Expressions de l’imaginaire " va réunir à Ajaccio, des femmes et des hommes venus de tous les horizons de la création, de l’écriture et de la vie quotidienne en Corse et outremer. Éditrices, écrivains, historiens, universitaires, essayistes, psychologues, militants ou politiques : ils vont réfléchir avec nous, à cette " ubiquité ". L’insularité a-t-elle produit des destinées extraordinaires comme la vie de Pascal Paoli ou celle de Brigida, une des toutes premières femmes médecins occidentales au XVII° siècle ? Fatalité ? Souffrance ? Passion ou redoutable aiguillon ? L’" ubiquité " domine et guide la vie des îliennes et des îliens. Du fait de leur " double origine ", de leurs nationalités changeantes, de leurs résidences multiples, de leurs incessants " aller-retour " : comment vivent-ils ce " partir revenir " et ce mythe de " l’éternel retour " ? Que dire du changement de paradigme à chaque voyage ? Des deux côtés de l'eau : une île est fantasmée. Le sociologue Michel Maffesoli4 évoque l'île en tant que " terreau des utopies ". Pour la télé réalité, elle est " L'Ile de la Tentation ", et bien souvent un " repaire de pirates ". Plus inquiétant, " chaque île a son monstre ! " remarque Xavier Casanova5 comme ceux rencontrés par Ulysse ou créés de toutes pièces dans " L'Ile du Dr Moreau " par HG.Wells... Cela vous rappelle-t-il quelque chose ? Jean Toussaint Desanti dit que " le vide de l’au-delà des mers ", lui a insufflé cette " précision " dans sa propre manière de faire de la philosophie. Et vous ? Que pensez-vous de votre qualité d’insulaire pour observer le monde ? Pratiquer votre métier ? Réaliser vos rêves ? La dimension insulaire de votre personnalité et de votre art, favorise-t-elle l’imaginaire et la création ? Loin des colloques trop scolaires, formels, peu captivants pour les non initiés, nous proposons de revenir sur " notre île et votre île ", sujet de conversation éternel et insubmersible (!), lors d'une fête savante pleine de surprises et de plaisirs. Nos liens sur Internet : " http://iles.over-blog.com " et " www.isulaviva.net " permettent la multiplicité des échanges, la mise en commun des savoirs. Voici un colloque de partage. Un colloque vivant d’un accès facile et clair pour tous.
    Isula Viva

    Des éléments de biographie et bibliographie sur le site " Isula viva " :
    http://www.isulaviva.net/desanti.htm

    extrait de l’interview par Ange Casta :
    Ange Casta : Quelle place la Corse a tenu dans votre vie et dans votre pensée ?
    Jean-Toussaint Desanti : C'est le lieu où je suis né, où mon père, mon grand-père, mon arrière-grand-père et ceux qui les ont précédés sont nés. C'est le lieu dans lequel je me sens né. Où j'ai pris racine. Ma profession, ma vocation, c'est d'être philosophe, c'est arrivé assez tôt - vers l'âge de 19 ans - et c'est arrivé en Corse. Simplement parce que c'est là que j'ai commencé à lire des philosophes. Dans quelle mesure le fait de me sentir de cette origine m'a-t-il porté vers une certaine forme de philosophie ... ? Je peux parler de l'insularité, l'insularité qui est l'unité d'un enfermement et d'une ouverture. La mer nous enveloppe et elle est aussi le chemin. Or un chemin qui ouvre et ferme, ça pose problème. D'une part, il faut prendre pied et donc s'y trouver. Et d'autre part, il faut y prendre essor, et s'en aller. A la fois s'en aller et rester. C'est tout le problème de la philosophie qui consiste à prendre en charge l'environnement du monde dans lequel on est, avec ses voisinages, avec ses rapports qui se construisent toujours et qui donnent sens à ce voisinage, qui permettent de le penser, de lui donner un corps. Et d'autre part il faut l'élargir, essayer de comprendre le rapport à un autre monde que ce voisinage qui ne cesse jamais d'être là. Et plus vous vous en irez, plus le voisinage viendra avec vous. Vous êtes obligé, à ce moment-là, de penser ce rapport. L'insularité vous donne à penser.[...]

    … et une vidéo :
    http://www.isulaviva.net/video1.htm

    et des textes sur le site " Iles d’elles "
    http://iles.over-blog.com/categorie-319995.html

    Site " Institut Jean - Toussaint DESANTI " :
    http://institutdesanti.ens-lsh.fr/

    texte " effacer la mer " à l’adresse :
    http://www.francoisxavier.net/imprimer.php3?id_article=594

    et son dernier ouvrage :



    Début janvier, parution aux éditions Odile Jacob de La Liberté nous aime encore, un livre commun avec sa compagne Dominique, où sont longuement évoqués souvenirs et opinions sur l’amour, la politique, la pensée et la vie en général. Livre d’entretien à trois voix très distinctes, conduit par Roger-Pol Droit. L’ouvrage sortait de l’imprimerie quand, le 1er janvier, le cœur de Jean-Toussaint Desanti donne des inquiétudes. Hospitalisation immédiate. Un triple pontage coronarien est envisagé puis effectué. Totale réussite chirurgicale. Jean-Toussaint Desanti s’apprête à sortir pour sa convalescence. Le 20 janvier, Jean-Toussaint Desanti s’éteint brutalement d’un accident post-opératoire, aux alentours de 13h30. Le samedi 26 janvier, obsèques au cimetière du Père Lachaise. Les cendres seront dispersées, selon ses vœux, à Ajaccio, au large des Îles Sanguinaires.


    Les personnalités du colloque " Iles. Expressions de l’imaginaire " :



    Intervenant(e)s : Dominique DESANTI Ecrivain, Femme de JT DESANTI [PARIS] Laurence PANCRAZI-HAUTEMULLE Psychanalyste [AJACCIO] Simone GUERRINI Elue Territoriale CTC [AJACCIO] Sylvianne PANTIGNY Ecrivain (éditions ALBIANA) [PORTO POLLO] Annick PEGNE-GIULY Journaliste (LIBERATION) – Ecrivain (édition FAYARD) [PARIS] Marie-Ange BIASINI Jeunesse et sports [AJACCIO] Dominique Antoine GERONIMI Linguiste [AJACCIO] Paul ORSATTI Formateur Consultant [QUENZA] Cynthia FLEURY Philosophe Professeur Ecrivain [Paris] Josette CESARINI DASSO Ecrivain (édition DCL – France - Europe) " La Bandite " [AJACCIO] Antoine-Marie GRAZIANI Historien - CNRS [AJACCIO] Mireille GOUAUX-COUTRIX Universitaire [NICE] Danièle VERMEULEN Anthropologue (édition ALBIANA) [AJACCIO] Jean-Pascal DI SAVONA Consultant [AJACCIO] Lili PISSENLIT Ecrivain [BASTIA] Vincent CARLOTTI Ingénieur [AJACCIO] Julie BIRMANT Journaliste (France Culture) Ecrivain (GALLIMARD) [PARIS – BONIFACIO] Xavier CULIOLI Ecrivain [AJACCIO] Danièle PIANI Eleveur Ecrivain [SARI D’ORCINO] Toni CASALONGA Plasticien [PIGNA] Julie TRISTANI DOCTORANTE [PIETROSO] Jacques MONDOLONI Ecrivain [PARIS] Morio MATSUI Peintre [JAPON - AJACCIO]
    Présentation : Cynthia FLEURY Philosophe [Paris] Ouvre le colloque Xavier CULIOLI Ecrivain [AJACCIO] Ange CASTA Réalisateur [PARIS] Nathanaël MAÏNI Comédien lecture du texte " Effacer la mer " de Jean Toussaint DESANTI Toni CASALONGA Plasticien présente Jean Toussaint DESANTI [PIGNA]
    Modération : Ugo PANDOLFI Journaliste Ecrivain [BASTIA] Jean-Michel RAFFALLI Ecrivain [AJACCIO] Jeanne-Marie SIMEONI Professeur [AJACCIO]
    Organisation : BTS Lycée Laetitia Bonaparte (Emilie, Marine, Gwladys, Elodie) Angelina BATTISTELLI CNRS [AJACCIO] Pascale BIZZARI [AJACCIO] Jackie RAIMONDI [AJACCIO] Marianne TESSIER [AJACCIO] Paula CECCALDI Journaliste (Ca m’intéresse) ; réalisatrice [PARIS] Nadine DAIGNE Réalisatrice [AJACCIO] Dominique TIERI Réalisatrice Productrice [AJACCIO] Marie-Jo MILLELIRI Directrice CCSTI [CORTE] Julia ALBERTINI Professeur [CORTE] Nathalie RONFOLA [AJACCIO] Marie GUIDONI Peintre Professeur [CORTE] Diana AGOSTINI Directrice d’école [OTA] Carole LECA [AJACCIO] Alexandra SALVINI [AJACCIO] Nicole CALZARONI [AJACCIO] Patricia RIPNEL Ecrivain [NANTES] Elisabeth MILLELIRI Journaliste Ecrivain [AJACCIO] Françoise GERVAIS [PARIS]

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