• Polar: Ecole de la convivialité marseillaise à Ajaccio

    Quatre auteurs de l'Ecole de la convivialité:


    Nous continuons notre tournée des auteurs qui embarqueront sur le car ferry Napoléon Bonaparte le 5 juillet prochain pour se rendre au festival du polar corse et méditerranéen d’Ajaccio qui se tiendra du 6 au 8 juillet avec une nocturne le 6. Notre dernier article se terminait sur Jean-Paul Delfino, Aixois très proche des auteurs marseillais. Mais existe-t-il une école marseillaise du polar ?

    François Thomazeau a donné son avis : " Il existe un polar marseillais, comme il y a un polar new-yorkais (McBain, Kinky Friedman, Westlake...), un polar floridien (Willeford, Carl Hiaasen), un polar louisianais (Woodrell, Burke), un polar californien (quasiment tous les autres...) et la fameuse Ecole de Missoula. Tiens... Voilà une comparaison qui tient la route. Qu'ont en commun les écrivains de Missoula ? Ils se connaissent tous et picolent sec ? Alors il y a une école du polar marseillais. On se connaît et on aime le bon vin. Plus sérieusement, il est clair que personne ne s'est contacté, qu'on ne s'est pas réuni pour dire : lançons une école... " Si on devait retenir une école du polar marseillais, ce serait donc celle de la convivialité. Il ne s’agit donc ni d’une institution ni d’une doctrine, mais plutôt d’un savoir-vivre ensemble.


    Après Aix en Provence, nous ferons un détour à Manosque où s’est installé le Marseillais René Fregni. Nous arriverons à Marseille où résident trois autres auteurs, Serge Scotto, Gilles Del Pappas et Maurice Gouiran. Ces quatre auteurs embarqueront le 5 juillet pour la traversée de nuit Marseille- Propriano- Ajaccio.





    René Fregni :

    L’auteur se présente : " A l'âge de 19 ans, comme tous les jeunes gens, je fus appelé sous les drapeaux, je m'y rendis mais sans trop me presser. J'arrivai à la caserne souriant, bronzé et on me mit au trou. Mi-figue Mirador j'y croupis quelques mois en compagnie du silence et des puces. Un beau matin le désir me vint d'être amoureux. Je m'évadai de ce cachot. Déserteur. Muni de faux papiers je franchis la frontière, courus l'Europe, me livrai aux menus travaux et misères de la route, séjournai à Istanbul. Je revins deux ans plus tard caresser ma langue maternelle. A Marseille on m'embaucha dans un Hôpital Psychiatrique comme auxiliaire puis infirmier. Pendant 7 ans j'observai les étranges contorsions de la folie. Ayant un peu perdu là toute notion du bien et du mal j'écrivis deux pièces de théâtre que je jouai dans le Sud de la France. Sans m'en rendre compte je glissai du théâtre à l'écriture romanesque et là tout me servit : ce que j'avais vu dans les prisons militaires, sur les routes, à l'asile. J’entamai alors le grand voyage immobile. Je savais qu'un jour Rimbaud avait dit : " En avant, Route ! " Il ne me restai plus qu'à faire le plein de mon stylo ".

    Né le 8 juillet 1947 à Marseille. Il vit à Manosque. Marseille est presque au centre de tous les polars qu'il écrit, bien que le dernier se déroule à Manosque. À force de mêler fiction et réalité, il fallait bien que ça arrive. Dans son roman " Lettre à mes tueurs ", publié comme le reste de son œuvre chez Denoël, le narrateur est un écrivain en panne d'inspiration qui prête main-forte à un de ses amis truands. S'ensuit une série de rebondissements dont un interrogatoire assez musclé à l’Evêché, le commissariat central de Marseille. La réalité a rattrapé la fiction : René Frégni a été placé en garde à vue pendant trois jours pour une histoire de blanchiment d'argent dans un restaurant qu'il cogère avec un ancien délinquant. Sur son site, on peut lire un communiqué à ce sujet et nous reproduisons le début : " J'ai été arrêté et mis en garde à vue durant trois jours. Avant même de prouver mon innocence devant les tribunaux je tiens à dénoncer avec la plus grande vigueur les conditions de détention dans les geôles de l’Evêché à Marseille. Ces geôles se trouvent dans les sous-sols des locaux de la PJ, même les policiers enquêteurs n'y descendent jamais, c'est un service à part... J'ai eu la sensation en franchissant ces grilles de descendre vers le plus sombre Moyen Age. Dans cet autre monde dix gardiens vous mettent à poil et vous fouillent. On vous retire montre chaînettes, lacets, ceinture et on vous pousse dans un cachot sans air, ni lucarne de trois mètres carrés. On m'a même confisqué mes lunettes de vue de peur que je les brise et me tranche les veines. Pas le moindre trou ou cabinet pour faire ses besoins. Certains détenus frappent pendant deux heures contre la porte et finissent par uriner par terre, là où les autres sont couchés, sur le béton. Il n'y a qu'un petit banc pour trois détenus. Pas la moindre paillasse ni litière. L'odeur qui règne dans ces cages est immonde. Celles des fauves dans les cirques ne sentent pas aussi mauvais. Les fauves ont l'avantage de respirer à travers leurs barreaux. Sans montre ni lumière extérieure on ne sait plus si c'est le jour ou la nuit. J'ai découvert qu'en 2004 existaient sous terre, dans les caves de l’Evêché à Marseille, la ville où j'ai grandi, les plus sinistres geôles que l'on puisse imaginer, entre le Moyen Age et la cour des miracles… "


    Les chemins noirs (1988) Premier roman

    Un homme jeune, très jeune, commet un jour sans le vouloir un acte irréparable, et dès cet instant la vie sera pour lui une longue cavale qui le mènera de Verdun à Paris, de Paris à Marseille, de Marseille en Corse, de Corse en Italie, d'Italie au Monténégro, du Monténégro en Turquie, de Turquie en Grèce, et enfin Grèce à Marseille, dans l'immédiat après-Mai 68, où il découvrira en tant qu'aide-infirmier cet autre monde qu'est l'hôpital psychiatrique. Telle est donc la trame picaresque du premier roman de René Frégni qui sait de quoi il parle, longtemps familier de la route et compagnon de l'aventure, et qui surtout exprime admirablement la solitude, la détresse, l'humour et l'inébranlable volonté de survivre d'un être désormais en marge.


    Maudit le jour (2006), collection Romans français, Denoël –

    Résumé : Un écrivain mêlé à d'étranges rituels en l'honneur de la Vierge noire de Manosque, une inconnue ivre de chair et de mots et ses fantasmes sadomasochistes raffinés, l'exquis paradis d'un petit village basculant dans une folie meurtrière, les clameurs d'une Marseille illuminée par les mystères du ballon rond et les rêves éperdus de ses taulards, quelques songeries sur les toits aux couleurs de Giono, un homme enlevant pour quelques grammes d'amour un nourrisson la nuit de Noël...
    Sous différents masques plus ou moins autobiographiques, René Frégni nous régale d'une suite de très troublantes aventures de Manosque à Marseille... Noires, tendres, pleines d'humour, portées par une plume charnelle et vive, ces nouvelles mettent en scène une humanité solaire ou souffrante, joyeuse ou fêlée, oscillant entre réalité et fiction.


    Lettres à mes tueurs (2004) :

    " Marseille est une ville qui vous enlève le goût de voyager, d'une rue à l'autre vous changez d'odeurs, de bruits, de continents. " On a l'impression d'entendre l'accent tout en douceur de Jean-Claude Izzo, cette voix qui racontait d'un même élan la beauté et la folie d'une ville, ses hommes déchus, ses enfants perdus. Marseillais, il l'est aussi, René Frégni. Avec ce neuvième roman, d'un désespoir fou et d'une sensualité dévorante, Frégni salue l'ami Izzo : cette Lettre à mes tueurs raconte tous les émerveillements et les effarements que jadis ils partageaient ensemble. Le narrateur, Pierre, est écrivain. Il cherche depuis six mois la première phrase d'un nouveau roman lorsque déboule chez lui un copain d'école, perdu de vue depuis des lustres et salement amoché. Les retrouvailles sont brèves : l'ancien camarade est devenu un truand, et il est en cavale. Pierre, malgré lui, est avalé par la spirale de la violence. Il doit fuir, protéger sa gamine de 11 ans et affronter des tueurs. L'écrivain devient l'un des personnages de ses romans : il bascule du côté de la sauvagerie. L'histoire, sur un rythme d'enfer, malmène le narrateur et le rend attendrissant. C'est tout le talent de quelques-uns de nos meilleurs écrivains de romans noirs : Frégni, comme Jean-Claude Izzo ou Thierry Jonquet, excelle à semer le doute, à brouiller la frontière entre l'ordre et le désordre, le bien et le mal. Pierre est un gars sympathique, un père soucieux. Un type normal... René Frégni descend dans les bas-fonds et nous donne à lire son âme. Fin connaisseur du " milieu " (il anime depuis de longues années des ateliers d'écriture à la prison des Baumettes) et sans doute fasciné par la force et la fragilité des truands, il gratte la moindre faille, à la recherche d'une raison de croire encore à l'homme. Il vient de la trouver. En signant Lettre à mes tueurs, cette œuvre noire et éclatante, comme écrite dans une urgence diabolique, il confirme ce qu'il est : un vrai écrivain. Et pas un personnage de roman, comme ce Pierre, seul devant sa page blanche et ses tueurs... " Martine Laval (Telerama)



    L’été (2002) :

    " Quel été ! Paul, le narrateur, aura du mal à l'extirper de sa mémoire. C'est en plein soleil que le destin pose sur le rocher Sylvia, belle et diabolique comme une sirène. Folle de pâtes à la sauce tomate, elle écrit le jour pour mieux se connaître et fabrique la nuit des pizzas pour se loger. Entre ces deux occupations, elle manipule les hommes. Paul succombe à ses seins " aussi arrogants que ses yeux " comme d'autres à la roulette. Impossible d'en guérir. Avant lui, et pendant lui, il y a Altona, un peintre génial, pas facile à éliminer. On est touché par la plume sensuelle de René Frégni et sa passion pour les femmes. " R. V. ( Nouvel obs’)
    " C'est l'été, un été de tous les dangers. Dans une France du Sud chahutée par le soleil, lumière trop crue et air trop lourd. Une menace rôde et cherche sa victime : c'est l'amour en petite robe noire qui frappe au cœur tout craquelé de Paul, narrateur et clone triste de l'auteur. Paul tombe amoureux d'une beauté inhumaine, une Sylvia aussi manipulatrice que mystérieuse, incendiaire que ténébreuse. Dans un décor de tragédie antique (le Midi), la passion va jouer un de ces derniers rôles, drapée dans une écriture plus que jamais incandescente... Frégni, dont il faut lire Les Chemins noirs, Où se perdent les hommes et le magnifique Elle danse dans le noir (édition Denoël et poche), a deux obsessions, la littérature et la femme. Il les marie en un seul roman, un seul orage. Eclair et tonnerre. " Martine Laval (Telerama)

    Carcerales (2001) pages et images de prison par R. Frégni, C.-A. Gouvernet, Y.Jeanmougin (Ed. Parenthèses)

    " René Frégni est écrivain, Charles Gouvernet peintre et Yves Jeanmougin photographe. Le premier anime des ateliers d'écriture dans les centres de détention de Luynes et des Baumettes, en compagnie de "longues peines". Le second a fait de même pour le dessin et la peinture. Quant au troisième, il a promené son objectif dans ce monde clos pour fixer dans le respect de ses sujets, leur existence quotidienne. Tous trois ont réuni leurs expériences dans un album très sobre et très émouvant intitulé : Carcérales, pages et images de prison. Les textes de détenus y côtoient ceux de Frégni, leurs œuvres graphiques celles de Gouvernet, sans idée de hiérarchie, quant aux clichés de Jeanmougin, ils disent mieux que tous les discours la solitude dans la promiscuité, le désespoir sous la bravade. Les barreaux ne retiennent pas le rêve, n'étouffent pas le talent, la privation de liberté n'entrave pas celle de l'expression. C'est ce que nous dit ce beau livre d'images et de fraternité, tout en changeant notre regard sur ce monde à part que nous ne voulions pas voir. " 25/3/01 Jean Contrucci (La Provence).

    Bibliographie succincte : Les chemins noirs 1988 Tendresse des loups 1990 Les nuits d'Alice 1992 Marilou et l'assassin 1992 Le voleur d'innocence 1994 Où se perdent les hommes 1996 Elle danse dans le noir 1998 La vengeance de la petite gitane 1998 Vierge noire 1998 On ne s'endort jamais seul 2000 La nuit de l'évasion 2001 Carcérales 2001 L'été 2002 Lettre à mes tueurs 2004 Maudit le jour 2006. Ses principaux éditeurs sont Denoël et Gallimard. René Fregni est aussi un auteur-jeunesse.





    Serge Scotto :

    Serge Scotto, avec François Thomazeau (bonne mère) et Patrick Blaise (Pourriture Beach), fait partie du trio des débuts de l’Edition " L’écailler du sud " née en 2000 à Marseille. En 5 ans et une soixantaine d'ouvrage, la société s'est fait aujourd'hui une place dans le monde du polar en France. Serge scotto a écrit plusieurs romans en solo mais aussi participé à des œuvres collectives.



    "Le crapaud qui fume" L'écailler du sud (2000), premier roman.

    Une île de tulles roses, s'arrachant au vert des collines. Un village. Sa place. Ses gens. Quelques naufragés, venus y échouer. Le huis clos ne tient qu'à un fil. Celui de la rivière où un homme est retrouvé noyé, un inconnu. L'occasion est trop belle et l'instant trop fragile pour que ne se rompe l'édifice de cette petite humanité. Un conte de la cruauté où chacun se fait souffrir. Un petit monde qui se reflète dans les yeux de l'inspecteur Tabassin, qui traverse cette histoire sans y trouver de morale. Comme dans la vie !
    Premières lignes : " Elle aurait pu étouffer un chien sous son aisselle et l’odeur de ses dessous de bras laissait penser qu’elle avait peut-être un jour oublié là le cadavre d’une de ces pauvres bêtes. Le Bon Dieu qui a créé Adam, Eve et les éléphants, avait, un jour d’aberration et dans une malheureuse confusion, permis que Madame Chabot vienne au monde…"

    Madame Chabot se prénomme Paulette " bibendum de cire blanche et molle " et tient un orphelinat. Elle aura droit par la suite à un portrait à la Maupassant. Et puis il y a Goupil qui s’intéresse à Paulette parce qu’il a du vice et ne manque jamais une occasion de faire du mal. Nous sommes à la fin des années soixante dix, parmi les pensionnaires de Paulette, il y a le plus turbulent, Michel, qui a 11 ans… C’est lui qui découvre un cadavre dans la rivière voisine… " Sur le chemin du retour, pour se détendre, il attrape machinalement un crapaud qu’il fume jusqu’à ce qu’il éclate, mais Michel n’en éprouve aucune joie… "

    Qui est Serge Scotto?

    " Serge Scotto, la quarantaine joviale est un touche-à-tout éclectique : tour à tour et dans le plus grand désordre instituteur défroqué, musicien tendance "alternatif", directeur de galerie d’art, auteur de polars bien sûr (5 romans à son actif) et journaliste (aidé en cela par son fidèle compagnon, le Chien Saucisse) dans plusieurs quotidiens et magazines dont Métro et Le Ravi. Une langue acerbe, un style vif et critique, l’ironie à fleur de peau... une conscience citoyenne, bref du talent à revendre... " C’est ainsi que le présente la Librairie Gaïa sur son site.
    Jean-Claude Renoux écrit sur le site Rayon polar : " Si vous n'avez jamais croisé Serge Scotto sur un salon, vous avez manqué quelque chose : il dédicace avec son chien Saucisse, et son clébard vend plus de livres que lui. Mais on aurait tort de le prendre pour un farfelu... Quoique... Mais des farfelus comme lui il en faudrait beaucoup. J'avais été frappé par la force symbolique de la fin de "Le crapaud qui fume". "Alerte à la vache folle" me confirme que s'il y a un sacré bordel... bazar dans la tête de Serge, comme tous les bordels... négligents, il sait parfaitement retrouver ses affaires, et il nous mitonne des petits polars punk (je pense qu'il peut réclamer le label) à mourir de rire ou à pleurer de rage, car hélas c'est bien de notre réalité quotidienne que Serge tire ces scénettes à vous glacer le sang. En attendant j'imagine la baronne retenue par du fil de fer barbelé expirant en connaissant pour la première fois l'orgasme lorsqu'un taureau explore ce qu'elle réservait, jusque-là, à son mari et à ses hôtes, ou le chant de l'hidalgo quand un molosse se délecte de ses castagnettes, ou le prêtre en proie à la révélation que l'immaculée conception signifie que Jésus est un clone. Quant à la dernière question, à savoir qui a enc... le père Noël, je vous jure que ce n'est pas moi ! Faites un geste : achetez "Alerte à la vache folle", autrement Saucisse n'aura rien à bouffer ce soir, et en plus vous allez en redemander. "

    Sur le site de l’Ecailler du sud, on peut lire: Serge Scotto, 46 ans et 400 coups... On aura croisé Serge Scotto sur tous les fronts et sous divers pseudos. Il aura touché avec talent au journalisme, dans tout ce que la région provençale compta de gazettes et de radios un jour subversives, qui souvent l'invitèrent à s'exprimer pour les mêmes raisons qu'elles l'invitèrent ensuite à se taire. La BD lui réussit tout autant, carrière commencée en 86 par l'organisation du "Festoch' Hara-Kiri", et qui se termina par son éviction d'un journal bien connu où ses bandes radicales et signées Skato, qui clôturaient en page 3 des éditoriaux forts corrects, lui valurent l'hostilité des gentils annonceurs. On se souviendra encore du duo neo-punk Les Steaks qui défraya la chronique durant les eighties, groupe culte où sous le nom de guerre de Grosteak, notre auteur battait de son mieux ses tambours, suant et beuglant dans sa couche-culotte géante et maculée douteusement. Depuis, il est en mercenaire discret le parolier d'artistes de tous bords. Poussé par son amour des mots et immobilisé quelques mois par une lourde opération, ce fort en gueule met enfin tout son engagement dans la littérature où la rigueur de sa folie fait merveille. S'il nous fait voyager dans le temps et l'espace souvent fort loin de la Canebière, cet Endoumois de naissance n'a jamais renié Marseille où il vit, même s'il prétend qu'elle est son plus grand chagrin d'amour.

    Sur le site " Marseillais du Monde " : " Né du coté d’Endoume au début des années 60, Serge Scotto di Rinaldi renonce très tôt à un poste d'instituteur pour se tourner vers le monde de l’art et de la nuit. Souvent provocateur, homme aux casquettes multiples, tour à tour et dans le désordre - si l’on peut dire - dessinateur (il œuvra un temps pour "Fluide Glacial"), musicien (batteur déjanté des "Steacks"), parolier, journaliste radio et presse écrite (Métro, Le Ravi, Le Mague), peintre, directeur de galerie d’art, écrivain, Serge Scotto est un artiste multifonctions, qui se définit parfois lui-même comme un "punk classique".

    Quelques présentations de romans :



    Massacre à l'espadrille -Baleine Noire - mai 2007.

    "Qui, je me le demande, aurait entendu parler de ce petit Jérémie sans moi, si je ne lui avais pas fracassé le crâne avec une pierre avant de le jeter à la rivière ? De son vivant peut-être aurait-on vu une fois son nom s'inscrire dans le journal, pour l'obtention de son baccalauréat au mieux." Une formidable promenade en Provence, dans le Lubéron, à la Ciotat, Cassis... Une descente en profondeur dans la candeur de ses habitants, même les plus petits, qui sont si gentils ".

    La Gloire de Saucisse - Jigal (2005)

    Tel un Socrate à quatre pattes, Saucisse regarde le monde d’en bas et, un brin cabot, mais toujours grande gueule, observe ses contemporains, avec cette humeur et cette lucidité qui lui permettent d’exercer à loisir son beau métier de journaliste dans nombre de quotidiens de l’hexagone! Avec sa caméra embarquée à hauteur de museau, Saucisse voit et entend ce que personne ne soupçonne. Expert en dommages collatéraux, Saucisse nous livre ici, dans ce second tome (il y a tant à dire…) quelques-unes de ses réflexions qui n’en doutons pas, permettront un jour à nos descendants de mieux cerner l'humanité ! Acerbes et cyniques, ses chroniques revisitant l’actualité nous permettent d’avoir l’œil (et la langue vive…) d’un philosophe du trottoir sur les travers de nos amis les Hommes.
    Le blog dog du chien Saucisse est à l’adresse :
    http://chiensaucisse.over-blog.com/


    Nous serons les rois de Marseille - L'écailler du Sud (2004)

    Tout le monde connaît le roi de Marseille. II n'est pas un Marseillais qui ne puisse vous donner son nom. Le roi de Marseille, c'est lui-même. A Marseille, il n'y à que des rois de Marseille. Les autres n'ont qu'à bien se tenir... Tino et Nikita en sont sûrs, ce seront eux les prochains rois de Marseille. Chacun a son idée des moyens d'arriver à ses fins. Et craint dégun ! Comme l'auteur en ses vertes années sans doute, qui écumait alors la nuit marseillaise. Exerçant ses talents multiples dans la moitié des boîtes de la ville, on put l'y croiser en panoplie de dame-pipi, serveur, galeriste, producteur ou "patron"... voire client et saoul. De cette épique traversée d'une jeunesse phocéenne, il témoigne par la pure fiction dans ce cinquième roman, " drôle et beau ", où les souvenirs allument la mèche d'un pétard de sort !

    Comme un chien - L'écailler du sud (2003)

    Lorsque Adam disjoncte, il ne pète pas que les plombs et fait plus de dégâts qu'une coupure de l'EDF ! C'est pour vous qu'Adam commet tous ces crimes, parce que vous en avez rêvé et qu'il faut bien que quelqu'un le fasse. Adam, c'est la faute originelle. Mais son excuse de faire le mal, c'est de le faire exprès. Alors ne boudons pas notre plaisir, qu'il y au moins une morale à cette histoire. Suivons le portrait du serial killer angélique et vengeur, dans un récit qui, sous couvert d'un road movie assassin, confine à l'extra-lucidité manquant gravement à nos modernes psychés.

    Le soudard éberlué - L'écailler du sud (2000)

    Le colonel Riltamer ne manque pas de savoir-vivre, ce qui, à travers les frasques de l'histoire, l'a conduit à jouir de l'âge de sa retraite en comptant les morts pour la France, pour le Roi ou pour l'Empire. L'homme sage n'aspire qu'à marier sa fille, et à soigner une goutte expiatoire du péché de bonne chère. La sauce, voilà l'ennemi. Un penchant qu'il partage avec quelques autres briscards de son acabit, loin de cette acné politique qui marque l'éternelle adolescence de la Nation. Mais le péril est en la demeure et la confusion pénétrante, qui passe la porte de la maison Riltamer tel un fantôme, retrouvé flottant dans la scène. Aux armes, citoyen. Un roman " dix-neuvième ", parisien et bordelais, par l'auteur marseillais du " crapaud qui fume".



    Petit lexique trilingue intermédiaire du Parler marseillais, avant de présenter Del Pappas et Gouiran :

    Accoules : nom d’une église dominant le Vieux – Port, dans le quartier du Panier. Le nom vient du mot " ancoulo "qui signifie " Contrefort, arc-boutant ". L’ancoulo désigne le soutien indispensable.
    Bada : Supplementu, agghjunta - " faire le bada " signifie " ajouter en cadeau un peu de marchandise à l’acheteur ". Donc " Bada d’amour ", c’est un supplément d’amour ou " du rabiot d’amour ".
    Cafoutchi : Scanceria, armariu - désigne un placard et donc un lieu étroit.
    Chapacan : pessimu sughjettu, petit voyou sans moralité ou quelqu’un mal fringué…
    Engambi : problemu, difficulta, ostaculu - signifie " problème, difficulté ", ce mot est proche aussi d’embrouille lorsqu’on dit à quelqu’un de ne pas faire d’engambi.
    S’enraguer : inchjuvassi - A l’origine, c’est le hameçon qui s’accroche à une roche (s’enrague) et par extension se coincer… être « enragué » , c’est être coincé, accroché à… par extension, envasé, enlisé…
    Favouille : ganciu - crabe plat qui désigne aussi quelqu’un d’indolent.
    Jobi : scemu, temerariu - vient de jobastre qui signifie fou, téméraire…
    Niasqué :, 2005), 9ème roman : inturcattu, imbriacu, esse in torta - ivre, saoul.
    Pagalenti : imbuffatu, vannagloriusu, spaccone… - Se dit classiquement d'une roulade qui nifle son monde en faisant fatuitement étalage de son immodestie à rallonge… un plein de bouffe, un fanfaron…





    Gilles Del Pappas :

    De père grec et de mère italienne, Del Pappas est un vrai Marseillais. Pure huile d'olive ! Né en 1949 au Racati, un quartier populaire de la cité phocéenne, il passe une enfance heureuse de gamin des rues, ambiance que l'on retrouve parfois au détour de ses romans. Il s'essaye d'abord à l'écriture en commençant par la science fiction avant de devancer l'appel de l'armée pour laquelle il photographe militaire en 1967. Poursuivant son goût photographique dans le civil, il touche également à de nombreux autres métiers (éducateur et cinéaste entre autre). Il s'intéresse très tôt à l'image, la photographie tout d'abord, la peinture ensuite puis le cinéma. Et c'est par celui-ci qu'il appréhende l'écriture. Comme ses lointains ancêtres phocéens, Del Pappas a su très jeune quitter Marseille, son "Omphalos", pour parcourir le monde... L'Amérique du Sud, le Maghreb, L'Afrique, L'Inde... Ailleurs n'est jamais trop loin pour ce voyageur, sans cesse en quête de nouvelles cultures et de nouvelles rencontres. Mais Del Pappas, c'est aussi un amoureux de la mer, du soleil, des garrigues, de Marseille, des odeurs, des lumières, sans oublier la cuisine bien sûr pour laquelle il est toujours partant, dès qu'il s'agit de partager une sardinade entre amis. En 1995, son premier roman " Le baiser du Congre " est unanimement salué par la critique. Nominé au Prix du polar en 1998 pour " La Girelle de la Belle de Mai ", il reçoit le grand prix littéraire de Provence en 2002 pour l'ensemble de son œuvre (10 romans et de nombreuses nouvelles). Il sortira la même année " Mémoire d'un goûte sauce ", un livre consacré à la cuisine, une autre de ses passions. Depuis dix ans Del Pappas se consacre entièrement à l'écriture.



    Le baiser du congre ( Jigal, 1998) premier roman

    À Marseille, il paraît que pour faire une bonne bouillabaisse, il suffit de lever une girelle frétillante, d’ajouter un vieux pêcheur corse, son pointu, le soleil et quelques belles calanques. À mi-cuisson, jetez dans le bouillon un flic psychopathe, un Noir Marron véreux, une introuvable mine d’or et deux, trois meurtres sanglants ! Et moi, Constantin dit le Grec, j’étais loin d’imaginer l’engambi monstre que ça allait donner, même la Bonne Mère n’avait jamais vu ça ! Depuis deux ans Del Pappas nous distille avec passion l’épopée du Grec à Marseille. Au fil de ses cinq romans, les mots, les hommes et les lumières de la Méditerranée prennent vie avec une force surprenante. Le Baiser du Congre (nominé au Prix Polar 98) est son premier roman.

    Quelques présentations de romans :


    Sous la peau du Monde ( Après la lune, 2006) :

    Maria s'ennuie à mourir dans ce bar de nuit. Lazare, macho taciturne dont on ne sait s'il était déjà laid avant d'avoir ce visage balafré, lui propose de travailler à son service. Elle voyagera. Elle connaîtra l'aventure. Elle sera riche. Elle aura la belle vie. Par défi, Maria accepte le marché. Sans avoir la moindre idée de ce que ce mystérieux inconnu au visage brûlé par un passé de cendres attend d'elle en échange. Del Pappas frappe là où on ne l'attendait pas et donne avec " Sous la peau du monde " un polar existentiel, crépusculaire, oscillant entre ombre et lumière, qui rappelle l'atmosphère des romans de William Irish.

    L’épingleur des Accoules ( Jigal, 2006) :

    Evidemment, quand après une longue période niasqué dans l’alcool, Constantin dit " Le Grec ", se met en tête d’aider sa jolie et frêle voisine, vous pouvez être sûrs que le début des embrouilles n’est pas loin ! La scoumoune je vous dis ! Bien sûr, ni l’un ni l’autre ne pouvaient imaginer que ces dossiers étaient susceptibles de faire " sauter " la République… Ils ne se doutaient pas non plus que la moitié des services secrets serait à leur poursuite afin de récupérer ces papiers que le " Vieux " avait amassés depuis si longtemps… Del Pappas poursuit ici son exaltante et hétéroclite saga marseillaise retraçant à travers le regard de son héros Constantin dit Le Grec les 40 dernières années de cette ville de fantasmes... "L’épingleur des Accoules" 13ème du genre, se joue des contrastes mêlant tour à tour la naïveté de la jeunesse et la légèreté des amours contrariés, à la roublardise d’un vieux despote qui ne sera pas sans en évoquer d’autres aux lecteurs les plus assidus. Mais vous en conviendrez, ce ne sont pas les despotes qui manquent de par le monde ! La force de Del Pappas, c’est sa capacité à nous entraîner derrière lui, à dévaler la pente, le soleil dans les yeux, poursuivi par le rire en cascade d’une jolie girelle ! La vie quoi ! ...

    Bada d'amour ( Jigal, 2005)

    Tout avait si bien commencé... la plage dans cette chaude couleur orangée du soleil couchant, le sel sur la peau, les amis, les oursins. Hummm ! Les oursins... jusqu’à ce que ce vieux cargo rouillé frôle la côte. Et là, c’est toute l’Afrique qui allait violemment en surgir. Le Rwanda, ses gris-gris, les machettes, les Hutus et les Tutsis... Le génocide. Une très sale Histoire. Heureusement Constantin dit "Le Grec", est toujours là, sensible à la détresse humaine, surtout quand celle-ci prend l’apparence d’une jolie gazelle... Avec ce douzième polar de sa saga marseillaise, Del Pappas, au delà des mots et des intrigues, profite ici de son récit pour que certains pans de l’Histoire ne s’effacent jamais. Un devoir de mémoire contre tous les génocides.

    La mue de la Cigale ( Jigal 2002 réédition 2005)

    De retour de New York, Constantin dit "Le Grec" prépare nonchalamment son expo photos, encore sous le charme d'une blonde torride. Il se retrouve alors, incidemment pris sous les feux croisés des nervis de l'Ordre du Temple et d'une bande de Chinois Shaolin venus récupérer coûte que coûte un incunable mystérieux qui cache bien son jeu... "La mue de la cigale" est le 10ème polar de Del Pappas qui poursuit ici son exaltante et hétéroclite saga marseillaise. Et rares sont ceux qui comme lui, auront porté autant d’amour à la ville de Marseille, pour en tirer ces romans, qui ne devraient pas tarder à être distribués par l’Office du Tourisme à tous les estrangers qui souhaitent découvrir cette ville sous les meilleurs auspices... Avec en prime une leçon d’Histoire, puisque Del Pappas, à travers le regard de son héros Constantin dit "Le Grec", nous conte au delà des intrigues les 30 ou 40 dernières années de cette ville fantasmagorique... Il n’épargne rien, ni personne... et même si aucun nom, aucun fait, aucune date ne transpirent, sa force est de tirer la substantifique moelle de cette cité pour nous en faire sentir les odeurs, les couleurs et les ombres. Del Pappas vibre, tour à tour cynique, tendre, passionné, grande gueule ou faux candide. Il a l’optimisme chevillé à l’âme, l’humour à fleur de peau et l’amour immodéré de la vie.
    "Massilia dreams" ( Librio, 2000 ) : " De son ventre, gicle le sang, elle pense à la malédiction de ces maudits cailloux… Mourir ! Bizarrement ça ne l'affecte plus. Elle a bien vécu, ne regrette rien. Elle n'aurait pas dû toucher ces pierres maléfiques... " Voilà l’énigme plantait à la première page. De son côté Loule, chauffeur de Taxi marseillais, arrive à la Gare St Charles… Une aventure torride avec une belle Asiatique, un riche Anglais amateur d'Elvis Presley, une mallette oubliée, une enquête de routine, vont débouler dans la vie quelque peu routinière de Loule, ( lui aussi passionné d’Elvis Presley, Billie Holliday et d’autres) et précipiter ce dernier dans un piège redoutable et inextricable. Une femme entre deux âges prétend avoir perdu ses bijoux dans son taxi. L’Anglais fait de Loule son chauffeur attitré et la belle Asiatique lui tombe dans les bras…


    Avis sur l’auteur :

    " Cet ancien photographe, sait comme peu, fixer les instantanés invisibles à l’œil étranger, d’une ville qui lui colle à la peau" Fabrice Gaignault, ELLE.
    " Car c’est bien cela que l’on ressent en lisant les aventures du Grec : du bonheur" Stéphane Bugat, Le Journal du Polar.
    "À l'instar de Montalban, Camillieri, Marcello et Foïs, Del Pappas développe un style métissé en Technicolor et Odorama... " (Marianne - octobre 2000)

    Bibliographie succincte :
    Chez Jigal: 1998 - Le baiser du congre et Bleu sur la peau - 1999 - Le jobi du Racati et La girelle de la Belle de Mai - 2000 - Le royaume de dégun et Du sel plein les yeux - 2001 - Pleure pas le mistral se lève et Le cœur enragué - 2002 - Le cafoutchi du diable et La mue de la cigale - 2003 - L'anticyclone des Açores - 2005 - Bada d'amour - 2006 - L'épingleur des Accoules.
    Chez d’autres éditeurs : Chinois vert mouillé et Sous la peau du monde ( Editions après la lune), Massilia Dreams ( Librio) Sodade , Le boîteux serbe et L’Asiate aux yeux verts ( CLC) Du soleil dans la tête et l’Ecole dans les nuages ( Hors commerce) Cap’taine Solal et Shabada ( Lutin malin ).





    Maurice Gouiran :

    Une plume virulente et juste. Prix Sang d'encre des lycéens 2003 pour La nuit des bras cassés, Prix virtuel du Polar 2006 pour Sous les pavés la rage, est un incontournable du polar actuel. Maurice Gouiran est né en 1946 au Rove, près de Marseille, dans une famille de bergers (de chèvres du Rove bien entendu et on connaît la Brousse du Rove, un fromage blanc...) et de félibres. Son enfance tranquille dans les collines de l'Estaque lui donne à jamais la passion de cette nature rude et généreuse à la fois. Etudiant au Lycée Saint-Charles, il oscille entre les maths et les calanques. Cela finit malgré tout, quelques années après, par un solide doctorat en mathématiques !

    Plus tard, Maurice Gouiran, devenu spécialiste en informatique appliquée à la gestion des feux de forêts, effectue en tant que consultant pour l'ONU, de nombreux voyages autour de la Méditerranée, et toujours pour la prévention des incendies de forêts. L'enfance dans les collines du Rove n'est jamais très loin. Il enseigne par ailleurs, à l'Université, dessine dans un journal satirique, dirige une équipe de foot, s'essaie à la peinture, aux mots croisés, et même au journalisme... Et depuis son "Prix Sang d'Encre des Lycéens" il est présent dans les salons et manifestations littéraires, dans les classes aussi, à la rencontre de ses lecteurs, petits et grands !

    Un peu comme son héros, Clovis Narigou, il a beaucoup voyagé, les États-Unis, la Méditerranée, et de ses observations il a ramené des fragments d'histoire qu'il confronte à l'Histoire du vingtième siècle, une de ses passions (avec la peinture). Ses romans sont aussi politiques, engagés, car voilà bien un écrivain qui semble bien ne pas rester inerte face aux dérives de notre société, aux abus des profiteurs, à la démission des édiles gouvernants, à l'hypocrisie générale, à la destruction de l'environnement. Maurice Gouiran s'insurge, se révolte, et transcrit sa rage de "vieil" anarchisant à travers ses intrigues, ses romans... forcément noirs...

    Auteur de 11 romans, Maurice GOUIRAN voit désormais chacun de ses polars nominés dans la plupart des Prix Polar : Prix sang d’encre des lycéens en 2003 pour " La nuit des bras cassés " et prix virtuel du polar en 2006 pour son dernier roman " Sous les pavés, la rage ".




    Quelques présentations de romans :

    Train bleu, train noir ( Jigal, 2007) son onzième roman.

    1943… 1993 À cinquante ans d’intervalle, deux trains quittent Marseille et font route vers le nord. 1993. Un train bleu, bouillonnant de cris, de rires et de chants, emmène un millier de supporters marseillais vers Munich où leur club sera sacré champion d’Europe. 1943. Un long train noir, pétrifié par la torpeur et l’angoisse, achemine plus de mille six cents habitants des vieux quartiers de Marseille au camp de Compiègne. Puis pour la plupart, ce sera ensuite Drancy et le camp d’extermination de Sobibor. 1943 Bert, Miche et Jo font partie du sinistre convoi et l’ombre du long train noir va les hanter toute leur vie. 1993 Bert, Miche et Jo sont à nouveau du voyage, mais le foot semble aujourd’hui assez loin de leurs préoccupations… Et ces trois P38 planqués dans le wagon font-ils vraiment partie de la panoplie du parfait supporter de l’OM ? Que cherchent-ils ? Derrière le mystère de ces trois honorables papys, surgissent les ombres du passé et une terrible interrogation qui plane sur les raisons de la destruction des vieux quartiers en 1943. Nettoyage des bas-fonds autour du Vieux-Port ou juteuse opération immobilière, l’histoire officielle a parfois bon dos !

    À peine vient-il de recevoir le " Prix Virtuel du Polar 2006 " pour son 9ème roman " Sous les Pavés la Rage " que Maurice GOUIRAN récidive avec un magistral polar coup de poing " Train bleu, train noir ". Délaissant un instant son personnage fétiche " Clovis Narigou ", Maurice GOUIRAN nous plonge à sa manière, c’est-à-dire avec brutalité et raffinement, au cœur de l’Histoire, car il y a tant à dire. Ici, c’est la guerre, les déportations, la bassesse des uns, la cupidité des autres, la lâcheté de beaucoup et l’opportunisme odieux des affairistes prêts à tout pour quelques lingots supplémentaires. Maurice GOUIRAN qui aime tisser des vies parallèles, enfonce ici le clou avec l’ahurissante histoire de la destruction du vieux quartier du Panier à Marseille… Certains auraient-ils pu sous prétexte du nettoyage de la " racaille " se livrer à une juteuse opération immobilière concertée ? Impossible me direz-vous… Allez savoir, les voies du Seigneur sont impénétrables et les desseins des hommes parfois si difficiles à cerner ! Une sacrée plume et un immense talent au service une fois encore de la Mémoire !

    Sous les pavés la rage (jigal)

    Mai 68, la France est en effervescence. Elle rêve et c'est déjà ça ! A Sainte-Apostasie, les crânes de sept notables explosent sous des coups anonymes, ce qui, vous l'avouerez ne facilite pas la réflexion ! A Marseille, Jackie et sa bande de l'Estaque découvrent les grèves, les manifs et la folle utopie qui va avec... En même temps, né sous X et obsédé par son passé, Jackie décide de rechercher la mère qu'il n'a jamais eue ! Quoiqu'il arrive, il veut savoir ! Pour retrouver ses racines, ses pas le mènent en Haute-Provence, dans un de ces villages perchés aux ruelles tortueuses peuplées d'ombres, de mystères et de non-dits. En fouillant son passé, Jackie est alors confronté à une période particulièrement trouble de la fin de la guerre, l'épuration, qui vit surgir de nulle part, ces résistants de la vingt-cinquième heure s'érigeant bien vite en justiciers ! L'Histoire est un éternel recommencement, l'horreur, la haine et la connerie aussi ! Un 9e roman dans lequel Maurice Gouiran, aborde avec rudesse les thèmes qui lui sont chers, l'Histoire et ses innombrables injustices, opposant ici l'exubérance de Marseille à l'âpreté de l'arrière-pays.

    Avec son dixième roman, " Terminus Ararat " aux Editions Jigal, Maurice Gouiran se trouve au cœur de l’actualité pour deux raisons. Double comme les deux sommets de la montagne mythique : Le Mont Ararat !
    1°- Tout d’abord, par l’intermédiaire de son sympathique héros, Clovis Narigou dit Clo, pseudo berger écolo du côté de l’Estaque. Cet ancien journaliste se retrouve, après maintes péripéties, à escalader le Mont Ararat. En cette année officielle de l’Arménie, la question arménienne, l’appartenance de ce mont emblématique, si cher au cœur de tous les rescapés et descendants du génocide de 1915, est donc ici abordée en toile de fond, avec un passage très émouvant dans le chapitre seize quand l’auteur, par le biais du personnage féminin, évoque les massacres de Van.
    2°- Ensuite, et surtout dans ce roman, la thématique essentielle concerne les sectes, qui se retrouvent à la Une de l’actualité depuis quelques semaines et en ce début de mois de février avec " L’atlas de la création ", ouvrage créationniste qui " s’incruste au Lycée " comme l’a annoncé LCI , le 2 février. Ce livre luxueux est envoyé gratuitement dans les établissements scolaires. Il est écrit par un inconnu : Harun Yahya, de nationalité turque. Le Ministre de l’éducation, alerté, l’a interdit (discrètement… Pourquoi ?) dans les CDI. Imprimé en Turquie et traduit en français, il réfute la théorie de Darwin (1809 – 1882) sur l’évolution des espèces car, selon l’ouvrage insidieux, elle serait " la réelle source du terrorisme " (sic).
    Clo est de l’espèce des non-héros dans l’évolution du roman noir. Amateur de riz aux favouilles sous la tonnelle, il taquine la girelle et la galline. Cet adepte des rougets grillés et des belles filles (l’hommage rendu à Aphrodite "for ever" constitue un distrayant intermède érotique dans un roman qui a pour mérite de mettre en valeur de graves questions de société, voire d'humanité) va se trouver, en effet, confronté à une terrible organisation sectaire américaine ayant des ramifications internationales dont le centre théologique, filiale française... "un mouvement basé sur l'autorité et l'infaillibilité de la bible... Pour eux, tout ce qui était écrit dans l'Ancien Testament était, par définition, Axiome..."
    Initialement embarqué dans la recherche d’un gosse enlevé, via Bodrum (antique Halicarnasse, cité d'Hérodote, surnommée "BedRoom" par Gouiran...), Ankara, Van… Clo va devoir affronter de dangereux créationnistes et des " Karatufeks " ( Les fusils noirs) d’une secte islamiste. Mais, pourquoi le Mont Ararat ?
    "La silhouette de l'Ararat, sobre et puissante, domine tout le panorama. Les moutons blancs et noirs, les gosses, les chiens... le vent qui balaye l'herbe rare... rien n'a dû changer ici depuis des millénaires... Nous empruntons le chemin de terre poussiéreux... Une sueur glacée coule dans mon dos..."
    Réfléchissez ! Connotez la première de couverture et vous devinerez la réponse : Noé bien sûr, son arche, le déluge, la " direction divine "… Mais alors, quel lien avec le kidnapping d'enfant ? Réponse : lire le livre qui, tout en dénonçant le danger sectaire et l’implication des plus puissants dirigeants planétaires ( Suivez les regards… ), nous entraîne, avec délectation, humour et amour, dans l’espace anatolien et les " temps immémoriaux ".
    Comme le héros, Clovis, vous tomberez sans doute amoureux, à nouveau, de Diane qui lit le roman " L’Arménienne aux yeux d’or " (de Maurice Gouiran, 2002 chez le même éditeur) et qui, avant qu’ils ne disparaissent à leur tour, inventorie les derniers vestiges arméniens de Turquie… " disparition programmée " d’un passé architectural prestigieux, de " la sérénité de l’île d’Aktamar", sur laquelle, en 915, a été édifiée l'Eglise de la Sainte-Croix "... d’une splendeur à couper le souffle… ".

    L’Arménienne au Yeux d’or ( Jigal, 2003) :

    Ce qu’en dit l'éditeur " Jigal " : "L'Arménienne aux yeux d'or" le quatrième roman de Maurice Gouiran n'est pas n'importe quel polar sorti au hasard d'une rentrée littéraire prolixe. "L'Arménienne aux yeux d'or" est un roman grave et impressionnant ! Ici s'emmêlent les histoires... les petites et les grandes, les anecdotes et les intrigues... Mais aussi l'Histoire, avec un grand H. Celle du génocide arménien qui, de nos jours encore, laisse une trace de sang en travers de l'Europe et un sale goût dans nos bouches. Une trace à jamais indélébile. Et Marseille, bien sûr. Marseille qui a accueilli (une fois encore, et avec plus ou moins de bonne volonté) des milliers d'Arméniens, qui eux aussi ont fait la ville, en apportant leurs coutumes, leurs peurs, leurs cuisines et leurs espoirs. Les mots de Maurice GOUIRAN, sont parfois à la limite du soutenable. Mais c'est le prix à payer, comme un tribut à la folie des hommes. Calambo, Bubble, Lila, Kader, La Bêche... les petits voyous de l'Estaque sont au rendez-vous du "Beau Bar"... Pater , Toine et Biscottin restent quant à eux fidèles à leur bouteille de jaune... Sarkis est la clé, qui après avoir traversé l'Anatolie dans les pires souffrances, arrive un beau matin de 1924 à Marseille, amenant avec lui son secret. Levon, l'oncle d'Amérique, est le lien, un peu philosophe, un peu nostalgique, qui 50 ans plus tard renouera les fils de cette maudite histoire... Le style gouleyant de Maurice Gouiran pimente avec force et humour une intrigue machiavélique tissée par dessus les années et les frontières. Du Palais de Topkapi à l'Estaque il n'y a qu'un pas que Maurice GOUIRAN franchit avec une maîtrise parfaite. Il navigue avec une aisance jubilatoire entre le petit peuple de Marseille, les malfrats turcs, le royaume ottoman et le port de l'Estaque. Au delà du polar, impeccable, Maurice Gouiran nous livre ici un formidable témoignage que nul ne devrait jamais plus oublier.

    En voici un court extrait
    Levon s'accouda à l'extrémité du comptoir. Ca faisait combien de temps qu'il n'avait plus mis les pieds ici ? Cinquante ans ? Cinquante-deux ans?( Le bistrot avait un peu changé, mais il avait gardé son nom, le " Beau Bar ". On avait simplement abattu le mur qui séparait jadis l'endroit en deux salles, on avait refait le carrelage, les peintures, revu le mobilier, la décoration et le comptoir. Aujourd'hui, dans ce bistrot qu'il avait jadis fréquenté, c'était lui l'étranger. Normal, un demi-siècle, ça fait un bail... Le patron s'approcha :
    - Monsieur ?
    C'était curieux car cet homme n'avait ni l'allure, ni l'accent du coin. Ces tempes grisonnantes dissimulaient mal le cheveu châtain et sa voix n'avait ni les intonations, ni la gouaille un peu crapule des gars du coin. Levon ne pouvait pas savoir que Léon était Limougeaud, même si ici on l'appelait " le Parigot " parce que pour les gars de l'Estaque, Limoges ou Paris c'est du pareil au même !
    - Un pastis s'il vous plaît.
    Un des consommateurs scotchés au comptoir se retourna afin de dévisager ce nouveau venu aux manières de pagalenti : aucun autochtone ne commanderait un pastis sans en préciser la marque ! Ici c'était un Ricard, un casa, un 51, voire un Janot, un Pec ou un Berger. Léon servi un Pec parce qu'il avait un mal fou à terminer cette satanée bouteille que personne ne semblait apprécier. Levon porta le verre à ses lèvres. Il n'avait pas l'occasion de boire du pastis à New-York où il s'adonnait plutôt au whisky écossais - pur malt évidemment - ou au Bourbon. Il retrouva le goût de sa jeunesse. Il se souvint de Julien qui tenait ce bistrot en... Il ne se rappelait guère de l'année... Ce devait être juste après la guerre, avant qu'il ne quitte la France. Julien devait fumer des mauves par la racine depuis belle lurette...
    - Un autre, mais un Ricard cette fois.
    Les réflexes revenaient et Léon sourit en versant dans la momie le liquide anisé. Ce mec n'était pas, comme il l'avait craint, un toutou perdu. Pour le coup, il sortit une coupelle de cacahuètes grillées. La conversation pouvait débuter.

    Le théorème de l’engambi ( Jigal, 2001)

    Lorsque Bart et Riri découvrent le fameux chercheur Victor Barbinet à l'agonie dans un chiotte d'autoroute, ce qui n'aurait dû être qu'un vulgaire fait divers va devenir une fabuleuse course au trésor. Totor travaillait sur la plus célèbre énigme mathématique de tous les temps, restée sans réponse depuis plus de quatre siècles et systématiquement jalonnée de morts tragiques. A la clé, évidemment, un beau paquet de pognon pour celui qui percera le mystère. Et c'est là que démarre l'engambi qui, des calanques de Marseille aux palaces de Rabat en passant par les souks d'Ankara, va voir nos héros affronter les pires jobis dans une aventure rocambolesque qui va leur faire regretter d'avoir déserté leur terrasse de café préférée à l'Estaque.

    Bibliographie succincte :

    2000 - La nuit des bras cassés (prix sang d'encre des lycéens 2003) - 2001 - Le théorème de l'engambi - 2002 - Le dernier des chapacans et L'Arménienne aux yeux d'or - 2003 - Les Martiens de Marseille - 2004 - La porte des Orients perdus et Les damnés du Vieux-Port - 2005 - Marseille, la ville où est mort Kennedy (lauréat été 2005 du prix du polar SNCF) et Sous les pavés, la rage (prix virtuel du polar - prix ROMPOL - 200


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