• Le linceul du vieux monde et Oscar Wilde




    Le linceul du vieux monde, premier roman de Sébastien Rutès

    Sortie Février 2008 – Collection L’atinoir de l’Ecailler du Sud
    ISBN 978-2-35299-023-9

    En 1899, à Paris, les ultimes préparatifs de l’Exposition Universelle. Une ère de science et de progrès s’ouvre pour faire oublier les déchirements de l’affaire Dreyfus. Les temps sont à l’optimisme mais voilà qu’une affaire de mœurs sème le trouble et inquiète Paris : dans les tramways, on pique à l’aide d’aiguilles des femmes à l’entrejambe. Dans le texte : " Des v’là d’sadiques de l’aiguille qui surintent les valseurs (piquent les fesses) des marquises dans les dalèges ( omnibus), explique Gégène à Wilde " ( Wilde ? Il s’agit bien d’Oscar ). Lorsque une victime meurt, la presse se déchaîne contre les anarchistes qui exploitent le fait divers pour semer la terreur. Une estampe, mais qu’en sait la Sûreté?

    Dans un Paris nostalgique, peuplé de regrets, Nino, un vieux militant hanté par le souvenir des violences et des échecs, enquête pour mettre hors de cause les mouvements libertaires, avec l’aide inopinée d’un Oscar Wilde en butte aux affres de l’exil, bien décidé à réaliser son dernier chef-d’œuvre : le dynamitage de la tour Eiffel.



    Points de repères dans la biographie d’Oscar Wilde, grande figure du dandysme, esthète incontournable du mouvement de l'art pour l'art.
    En 1886, Oscar Wilde rencontre Robert Ross qui devient son amant et futur exécuteur testamentaire. La parution en 1890 du Portrait de Dorian Gray marque le début d'une célébrité littéraire. En 1891, il rencontre Lord Alfred Douglas de Queensberry, s'en éprend et tous deux mènent une vie débridée en affichant en public leur homosexualité. Le père d'Alfred, John Sholto Douglas, marquis de Queensberry, désapprouve cette relation et provoque Wilde à plusieurs reprises. Cela entraînera le scandale Queensberry et un procès. Le marquis de Queensberry, père de Lord Alfred Douglas, avait demandé à Wilde de s'éloigner de son fils. Début 1895, il remet au portier du club Albermarle, l’un des clubs d’Oscar Wilde, sa carte de visite où il écrit : "For Oscar Wilde posing as Somdomite " " Pour Oscar Wilde, s’affichant comme So(m)domite. " (la mauvaise écriture du mot sodomite créa en anglais le mot somdomite). Wilde décide alors de lui intenter un procès pour diffamation, qu'il perd ; le marquis se retourne contre Wilde, qui est condamné, en vertu d'une loi datant de 1885 interdisant l'homosexualité, à la peine maximale de deux ans de travaux forcés en 1895. Il séjourne dans différentes prisons dont la geôle de Reading où il écrit sa Ballade en 1898. Ses biens sont confisqués pour payer les frais de justice. Constance Lloyd, sa femme, se réfugie en Allemagne avec ses fils qui changent de nom (Holland). Durant son incarcération, il continue de recevoir la visite de Robert Ross, mais Alfred Douglas, pourtant en partie la cause de ses malheurs, s'exile en France et en Italie pendant plus de trois ans. Après sa libération de prison , en 1897, il quitte l'Angleterre pour la France, où il demeure quelque temps à Berneval, près de Dieppe en Normandie, sous le nom de Sébastien Melmoth, en référence au roman Melmoth the Wanderer (1820) de Charles Robert Maturin, son grand-oncle et un des romans fondateurs du courant gothique en littérature. Commence alors une période de déchéance dont il ne sortira pas et, malgré l'aide de ses amis, notamment André Gide, il finit ses jours dans la solitude et la misère. Oscar Wilde meurt d'une méningite, âgé de 46 ans, en exil volontaire à Paris, le 30 novembre 1900. Le 28 octobre 1900, il s'était converti au catholicisme. Après une inhumation à Bagneux, ses restes sont transférés en 1909 au cimetière du Père-Lachaise, division 89, à Paris. Son tombeau a été sculpté par Sir Jacob Epstein. "

    C’est dans sa période parisienne que Sébastien Rutès met le poète en scène. " Dans son costume d’alpaga usé, reprisé aux coudes, il détonne parmi les élégants bourgeois du boulevard, autant que s’il avait porté les sandales, la toge misérable et la barbe chenue des anachorètes bibliques. Pourtant sous ses sourcils broussailleux, son regard est malicieux. Le visage est ridé mais beau, la poigne témoigne d’une vigueur qui n’est pas celle d’un vieillard. " et plus loin « La veille, au Pousset, le poète a péroré tard dans la nuit, abreuvant les anarchistes d'aphorismes inégaux tandis qu’ils le désaltéraient d’une plus prosaïque façon. Habitué désormais à mendier les faveurs et les invitations, le poète pense devoir les payer de sa conversation. Il débite son génie au détail, en échange d’un verre d’absinthe, d’un souper, ou d’une pièce de cinq francs. Il est comme les ours savants des tziganes, qui tournent, dansent, jonglent pour de l’argent…. » L’auteur nous décrit aussi Oscar Wilde ivrogne et fasciné par la langue verte dans laquelle il voit la poésie du siècle. S’il est admiratif des anarchistes ( plus que de l’anarchie) , son admiration est plus esthétique qu’éthique et donc conforme au personnage.

    « Le Linceul du vieux monde » s’inscrit dans la ligne éditoriale de la collection L’atinoir telle qu’elle a été définie par Paco Ignacio Taïbo II dans la préface de chaque ouvrage : « … un roman fleuve grossi par de multiples affluents, hybride parce qu’ouvert à tous les genres, né évidemment de toutes sortes de métissages, forcément baroque dans la structure narrative tout en faisant la part belle à l’anecdote… »
    C’est un roman d’aventures baroque, à la manière des feuilletons du XIXème siècle, qui ressuscite un Paris populaire, ouvrier et solidaire, loin des clichés de la ville Lumière. Mêlant aphorismes précieux et argot fin de siècle, Sébastien Rutés salue, dans un hommage tendre et décalé, l’anarchisme parisien et le poète irlandais qui vit ses derniers jours entouré de personnages réunis par la défaite des idéaux.

    L’auteur a pris soin de placer un glossaire explicatif à la fin de l’ouvrage avec les références d’ouvrages et des traductions pour des mots et expressions de langue verte employés dans le récit. Nous avons relevé par exemple pour police et agents de police plusieurs mots d’argots :
    Agent de police : arguche, bourrique, roussin, vache - Sergent : sergot - Commissaire de police : quart d’œil - Police : arnaque, lousse, rousse - Sûreté : la renifle - Gendarme : cogne – avec une erreur pour pandorre, en traduisant Agent de police au lieu de gendarme… Un détail qui ne remet pas l’intérêt du roman en question et qui ne fait pas oublier des expressions savoureuses comme : boîte à dominos (cercueil) dynamitard ( anarchiste adepte de la dynamite) être en convalescence ( être sous surveillance de la police) fleure-fesse (espion , moucharde, indicateur) ou encore happer le taillis ( s’enfuir) …

    La préface est de Paco Ignacio Taibo II qui n’a pas lu le livre non encore traduit en espagnol. Une gageure que le célèbre romancier mexicain a relevée avec humour car il a incité Sébastien Rutès à écrire ce roman parce que ce dernier " avait la matière pour aborder ce que nous appelons le néo-policier, il l’avait étudié. Mieux que personne, il a décortiqué le nouveau roman policier hispanique et en connaît les structures et les défis. "

    Sébastien Rutés enseigne la littérature latino-américaine à l’université de Nancy 2. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat sur l’oeuvre de Paco Ignacio Taibo II et dirige la revue espagnole Gangsterera, consacrée au roman noir. Le Linceul du vieux monde est son premier roman.

    La librairie L'Ecailler 2, rue Barbaroux 13001-Marseille 0491475056 vous propose Le vendredi 7 mars 2008 à 19 heures à La Boîte à Sardines 7, Bd. de La Libération (à deux pas de la librairie) Métro et tramway Canebière Réformés à la présentation du livre récemment paru dans la collection L'atinoir.

    La collection L’atinoir est consacrée au roman néo-policier latino-américain qui, au côté du Giallo, est à l’honneur à Marseile et Aix-en Provence.

    Un colloque " Le roman policer, l'histoire, la mémoire. Italie et Amérique Latine " est organisé par le Centre Aixois d'Études Romanes, les 6 - 7 - 8 mars 2008 à l’Université de Provence, Centre d’Aix, et à l'Institut Culturel Italien de Marseille.

    Le sujet de ce colloque international – le roman policier et sa capacité de devenir un vecteur de la mémoire collective d'un pays – a suscité un grand intérêt parmi les spécialistes des littératures et des civilisations italiennes et latino-américaines.

    Le colloque verra la participation de 70 chercheurs, provenant d'Universités et Centres de Recherche français et étrangers. En plus des spécialistes du Centre Aixois d'Études Romanes, le colloque va accueillir plusieurs chercheurs, doctorants et jeunes docteurs provenant d'Universités françaises (Paris III, Paris IV, Paris X, Brest, Nancy, Franche Comté, Chambéry, Grenoble, Lyon, Bordeaux, Toulon, Nice, Montpellier, Perpignan), européennes (Milan, Bologne, Pise, Rome, Naples, Salamanca, Marburg, Anverse, Louvain, Cork), et américaines (Harvard, Ann Arbour, México, Buenos Aires).





    Parallèlement au colloque, la manifestation prévoit la présence de trois écrivains (Simone Sarasso,
    Dante Liano et Giampaolo Simi) et leur participation à deux tables rondes.

    Langues du colloque: français, italien, espagnol.

    Comité scientifique: Brigitte Urbani, (directrice du CAER), Claudio Milanesi, Adriana Castillo-Berchenko, Dante Barrientos Tecun.

    Un appel à communication avait été lancé par les organisateurs du colloque : « " Le roman policier, l'histoire, la mémoire. Italie et Amérique latine " avec en introduction, le texte ci-dessous :
    " Après la publication du roman d'Umberto Eco Le nom de la rose (1980), l'histoire a investi le territoire du roman policier. Secrets de la Rome impériale, mystères de la Renaissance, histoire secrète des guerres mondiales, contre/histoire de la guerre froide, … sous des formes différentes, le roman policier s'est emparé de toutes les époques du passé en multipliant les sous-genres et les hybridations. Dans les pays d'Amérique latine le roman policier est devenu le vecteur privilégié de la mémoire des périodes troubles des dictatures militaires dans le Cône sud et en Amérique centrale, des dysfonctionnements de l’Etat et de ses institutions dans les pays du Continent; en Italie, le Giallo de l'époque fasciste est devenu presque un genre à part; et partout, le noir permet de revenir sur les conflits qui ont marqué les trente dernières années. Si cet essor remet d'actualité la question du roman historique, de son statut, de son sens et de sa fonction, les convergences entre la méthode et les territoires de l'histoire et du policier justifient que l'on s'interroge d'une part sur l'évolution des structures narratives de ces romans, et de l'autre sur le sens de cet éternel jeu de renvoi entre la fiction et la réalité. "




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