• Le Cycle Harlem de Chester Himes, auteur noir de la Noire

    Chester Himes dans l’actualité littéraire :

    Le roman noir américain se développe, au début des années 20 (temps de la prohibition), dans des magazines à bon marché, les dime-novels au début des années 20 puis avec les Pulps dont le plus célèbre est Pulp Black Mask. Joseph Shaw, directeur du Black Mask, définit l’origine de ce nouveau genre qui va s’appeler le " Hard boiled " lorsqu’il a déclaré : " Mes collaborateurs et moi-même décidâmes de créer un nouveau genre d’histoires policières, différent de celui en usage au temps des Chaldéens et plus récemment adopté par Gaboriau, Poe, Conan Doyle et tous les autres, à savoir le genre déductif du type mots croisés ou puzzle qui, délibérément, manque de toute émotion humaine". Ainsi à la place du raffinement et d’un manichéisme trop propre, les auteurs du Hard boiled vont proposer des romans criminels réalistes dont Privés et gangsters sont les héros " durs à cuire ", violents, cyniques, adeptes de sexe et de l’alcool.

    Dashiel Hammet en est le père fondateur avec une première nouvelle "L’incendiaire ". Avec lui, naissent les personnages de détectives cyniques et désenchantés qui évoluent dans des milieux glauques sur fond de violence, de corruption et de misère sociale… Dans cette veine, des auteurs vont s’illustrer : Raymond Chandler, William Irish, Jim Thomson…






    Un écrivain noir dans la Noire, Chester Himes
    qui, après avoir purgé des années de pénitencier aux USA pour braquage, s’installe en France où il rencontre Marcel Duhamel et écrit " La reine des pommes " en 1958. Il invente Coffin Ed Johnson (Ed Cercueil en français) et Grave Digger Jones (Fossoyeur Jones), deux flics violents qui séviront dans une série de 9 romans dont 8 situés à Harlem.

    Chester Himes est né en 1909 à Jefferson City, dans le Missouri, il fait ses études à l'université d'Ohio State, Pour les financer, il travaille comme barman et liftier dans un hôtel. Une chute dans la cage d'ascenseur vide l'obligera à porter un corset toute sa vie. À Cleveland, il fréquente une bande de voyous, vend de l'alcool clandestin et, à l'âge de dix-neuf ans, se retrouve condamné à vingt ans de prison pour vol à main armée. C'est derrière les barreaux qu'il découvre les livres de Dashiell Hammett, Raymond Chandler et Fédor Dostoïevski et commence à écrire des nouvelles pour raconter la condition des Noirs. Sorti de prison au bout de sept ans, il se marie avec Jean, une jeune femme de la bourgeoisie noire, mais ils divorcent quelques années après. Installé en Californie, il vit grâce à une bourse. Chester Himes est un des meilleurs écrivains américains de race noire. Comme James Baldwin, comme beaucoup de ses collègues, il a débuté par ces nouvelles, ces " short stories " dont les magazines américains sont de grands dévoreurs. " Esquire " fera paraître plusieurs d'entre elles.



    En 1941 sort " Faut être nègre pour faire ça - Les visages de la lune". Avec ce recueil de nouvelles, voici l’Amérique de Chester Himes: ses grands nègres dégingandés avec des chaussures jaunes, ses petites frappes blanches, ses anciens boxeurs, ses faux durs qui pleurent leur mère, ses vrais truands trahis par des putains angéliques ; ceux qui ont sué, dos courbé, dans les champs de coton ; ceux qui ont usé leurs semelles aux trottoirs de Chicago ; ceux qui ont perdu leur jeunesse dans les tripots de Harlem… Tous, un jour ou l’autre, s’échouent en un même lieu : la prison. C’est là que Chester Himes plante le décor de la plupart de ses récits, graves ou truculents, qui sont parmi les premiers qu’il ait écrits et le derniers encore inédits. On savoure l’histoire de ces deux flics noirs qui, par une chienne de nuit glacée, dans des entrepôts crasseux, entament de façon catastrophique une carrière illustre: Ed Cerceuil et Fossoyeur sont nés…



    Son premier roman S'il braille, lâche-le... (publié en 1945) est boudé par la critique américaine, qu'elle soit blanche ou noire, qui apprécie peu son humour et sa dénonciation du racisme. L'accueil en France est beaucoup plus chaleureux. Himes s'embarque en 1953 pour l'Europe. Chester Himes est l'un des romanciers noirs les plus lus, et sans doute le commentateur le plus original du problème racial aux Etats-Unis. Il est décédé à Alicante le 12 novembre 1984.





    Gallimard vient de publier CERCUEIL ET FOSSOYEUR collection Quarto
    - Parution : 13-09-2007.

    Après Manchette ( Romans noirs – 2005), Chester Himes est le deuxième auteur de la Noire à entrer dans la collection Quarto qui, avec soixante-sept ouvrages parus, rassemblent des grands noms de la littérature.

    L’éditeur a voulu un ensemble cohérent d'œuvres littéraires d'un même auteur en un volume. Le volume " Cercueil et Fossoyeur " contient les huit romans du Cycle de Harlem, dont les inspecteurs Cercueil et Fossoyeur sont les héros : La Reine des pommes, Il pleut des coups durs, Couché dans le pain, Tout pour plaire, Imbroglio négro, Ne nous énervons pas, Retour en Afrique et L’aveugle au pistolet. Traductions entièrement révisées.

    " – C'est ici à Harlem, parmi les gens de couleur, que le taux de criminalité est le plus élevé au monde. Et il n'y a que trois façons de procéder : ou bien on fait payer les malfaiteurs – et ça, vous n'en voulez pas ; ou bien on paie les gens suffisamment pour qu'ils aient une vie décente – et ça, vous ne le ferez pas ; si bien qu'il ne reste qu'à les laisser se bouffer entre eux. " Ainsi s'exprime l'inspecteur noir Jones, dit Fossoyeur, répondant à l'accusation du sergent Anderson, qui le soupçonne, lui et son collègue Ed Cercueil, d'avoir la gâchette un peu facile et une idée toute personnelle sur la manière de faire régner l'ordre à Harlem.

    Le génie de Chester Himes, dans ces huit romans où la brutalité le dispute au pittoresque, est de saisir Harlem au moment critique où les Noirs, excédés par la ségrégation, les brimades de la police, la misère et les bas salaires, vont basculer... Gangsters, dealers, charlatans, prophètes, proxénètes et patrons du jeu tiennent en otage la population du ghetto sur laquelle s'abattent tous les fléaux. Cercueil et Fossoyeur, qui appartiennent corps et âme à Harlem, ont un pied dans chaque camp : celui des Blancs qui usent et abusent de la loi, celui des Noirs où les deux justiciers se servent de la loi pour protéger les Noirs d'eux-mêmes et les empêcher de " se bouffer entre eux ".

    CERCUEIL ET FOSSOYEUR. Le cycle de Harlem : La Reine des pommes - Il pleut des coups durs - Couché dans le pain - Tout pour plaire - Imbroglio négro - Ne nous énervons pas - Retour en Afrique - L'Aveugle au pistolet - Précédé de Harlem ou Le cancer de l'Amérique, par l'auteur, trad. de l'anglais par Minnie Danzas, Jane Fillion, Janine Hérisson, Yves Malartic, Henri Robillot, Pierre Sergent et Chantal Wourgaft et révisé par C. Jase, 1372 pages, 20 illustrations., sous couverture illustrée - Collection Quarto, Gallimard - ISBN 9782070785162. Parution : 13-09-2007.

    En texte d’ouverture, avec Harlem ou le cancer de l’Amérique, Himes dresse un état des lieux complet (historique, économique, social, religieux). Le top ! Bientôt vingt-trois ans que Chester Himes, enfant noir du Missouri et ex-cambrioleur, est mort à Alicante. Il a nous laissé bien des romans policiers. Gallimard a rassemblé les huit romans du "Cycle de Harlem" et nous donne l’occasion de renouer avec Ed Cercueil Johnson et Fossoyeur Jones, la paire de flics blacks en manteaux pourris dans le ghetto miséreux, celui des "niggers" d’avant la gentrification. Depuis la fin du XXe siècle, Harlem a connu d'importants changements, à la fois dans sa structure sociale, dans ses conditions de vie mais aussi dans son paysage urbain. Ces bouleversements s'inscrivent dans la revitalisation récente de Manhattan. La gentrification désigne la réoccupation des centres des villes par les classes aisées après rénovations et réhabilitations.





    La Reine des pommes (ou A rage in Harlem = For love of Imabelle = The five-cornered square) – 1958-
    Résumé: Jackson est le gars le plus candide d'Harlem, pour ne pas dire demeuré. Et dans le coin, il y a un tas de dégourdis qui commencent par lui étouffer son pognon. Sa petite amie, Imabelle, une fille superbe à la peau couleur de banane, l'entube comme ce n'est pas permis. Enfin, son frère, qui est bonne sœur dans le civil, cherche aussi à le posséder. Seulement Jackson, lui, c'est un bon chrétien. Y a que la foi qui sauve et il a tout à fait raison de croire aux miracles.
    La Reine des Pommes a fait l’objet d’une adaptation au cinéma par Bill Duke sous le titre américain " A rage in Harlem ". Jean Cocteau, et Jean Giono considéraient " La reine des pommes " comme un chef- d'œuvre.



    Il pleut des coups durs (If trouble was money) – 1958 - :
    Résumé: Les " Musulmans Fumants " ne vénèrent pas La Mecque, mais la marijuana. Sonny, qui tirait à bout portant sur le consommateur blanc, n'était pas un assassin et le vitrioleur avait lancé à la figure de sa victime non pas de l'acide sulfurique mais du parfum d'œillet. Va donc y comprendre quelque chose ! Pourtant ils avaient tous du souci - les coupables, les suspects, les innocents et les flics - et chacun pouvait prendre à son compte les paroles de la chanson : " Si les coups durs, c'était du fric, il y a longtemps que je s'rais millionnaire. "



    Couché dans le pain (The crazy kill ) –1959-
    Résumé: Au petit matin d'une veillée funèbre agitée, à Harlem, le révérend Short se penche un peu trop par la fenêtre et dégringole du deuxième étage sur le trottoir. Premier miracle : une vaste corbeille pleine de pain frais amortit sa chute. Il remonte à l'étage, indigné : " C'est Chink qui m'a poussé... " Tout le monde se presse à la fenêtre pour se rendre compte et... deuxième miracle : il y a encore un homme dans le panier. Mais celui-là est mort, bien mort, avec un couteau planté en plein cœur...



    Imbroglio négro – 1959-
    Résumé: Cette Cadillac-là semblait faite d'or massif, sauf le toit, tendu d'un fin tissu brillant. Elle voguait sur la chaussée comme un paquebot de rêve, illuminant sur son passage la rue tout entière. Au volant, Davy Crockett, avec son bonnet de fourrure, et, à côté de lui, la reine de Saba en personne.



    Tout pour plaire –1961-
    Résumé: C'est à la lance d'incendie que " Gentil Prophète ", le thaumaturge noir, baptise ses adeptes rassemblés dans une rue de Harlem. La fanfare joue quelques cantiques sur un rythme de rock and roll, et les fidèles assaillent alors le saint homme. Alberta, la cuisinière, lui fait bénir une bouteille d'eau et, après en avoir bu une bonne goulée, s'effondre raide morte. Panique, bousculade, enquête. Mais " Gentil Prophète " a plus d'un tour dans son sac...



    Ne nous énervons pas (Be calm) – 1961-
    Extrait : " Gueule-Rose cherchait la malle pour laquelle tant d'imbéciles et de crapules étaient morts, à Harlem, à Brooklyn, et même chez les rupins de Riverside... Gueule-Rose suait abondamment et la peinture se délayait, tombait en grosses gouttes, noires comme l'encre, sur le sol.
    - T'as vu ce négro ? Dit un gardien. J'ai bien entendu dire que les Noirs suent de l'encre. Mais c'est la première fois que j'en vois un.
    "



    Retour en Afrique - 1964 -
    Résumé: Dans un parking de Harlem, le révérend O'Malley a réuni une centaine de familles pour leur prêcher le retour en Afrique contre un modeste pécule de 1 000 dollars. Soudain, sorti de nulle part, un camion conduit par un Blanc fonce dans la foule et embarque le magot de 87 000 dollars. Ed Cercueil et Fossoyeur Jones vont bien sûr courir après l'argent volé, mais dans Harlem, tout peut arriver : des escrocs déguisés en pasteurs, des prostituées en bonnes sœurs …


    L’aveugle au pistolet – 1972 -
    Résumé: Les policiers noirs, John Fossoyeur et Ed Cercueil Johnson, effectuaient leur dernière ronde dans Harlem avec le vieux coupé Plymouth à la plaque minéralogique courante qu'ils utilisaient comme leur voiture officielle. Pour le moment, ils allaient à faible allure en direction de l'ouest sur la 123e Rue, avec les phares éteints, comme c'était leur habitude dans les rues sombres...


    Eléments complémentaire de bibliographie
    :
    # The hollers, let him go (S'il braille, lâche-le…) (nouvelles), 1945
    # La croisade de Lee Gordon 1952
    # La fin d'un primitif, 1953
    # La troisième génération 1953
    # Plan B 1976
    # Qu'on lui jette la première pierre 1976
    # Regrets sans repentir, 1979, autobiographie.
    # Le fantôme de Rufus Jones et autres nouvelles





    La relève : Jake Lamar.

    Aujourd’hui, un autre écrivain américain et noir vit en France. Il s’agit de Jake Lamar dont deux ouvrages sont publiés chez Payot et Rivages Nous avions un rêve (Thriller) et Le caméléon noir (noir). Il est né et a grandi à New York dans le Bronx. Il est journaliste diplômé de Harvard. Il était venu visiter la France en 1993 et s’y est établi. Le Caméléon noir est l’histoire d’un journaliste noir américain, Clay Robinette, épinglé pour une histoire de falsification de source d’information et recyclé dans l’enseignement. Son ami Reggie Brogus, obèse et ancien militant de la cause noire, trouve le cadavre nu d’une jeune femme blanche, une étudiante avec laquelle Clay a une liaison. Malgré les soupçons qui pèsent sur Brogus, Clay va se fourrer dans les ennuis pour couvrir son ami. L’autre roman est une anticipation de l’avenir policier et judiciaire de l’Amérique avec camps de rééducation des toxicos, exécutions télévisées des condamnés à mort de plus en plus nombreux, rétablissement de la pendaison par souci d’économie… et tout cela sous la houlette d’un attorney en passe de devenir le premier vice-président noir des Etats-Unis.

    Son dernier roman : Rendez-vous dans le 18e, Editeur Rivages - Titre original : "Rendez-vous Eighteenth" traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Catherine Cheval et Stéphane Carn
    Sommaire:
    Comme un certain nombre de Noirs américains, Ricky Jenks a quitté les Etats-Unis pour s’installer à Paris. Il est pianiste de jazz et subsiste en jouant dans une crêperie de Montmartre. Il se sent chez lui dans le 18e arrondissement avec Fatima, sa compagne du moment. Pour lui, l’Amérique c’est fini. Il ne retournera pas dans ce pays où il a connu une terrible humiliation, une blessure jamais refermée : le jour de son mariage, il avait vainement attendu sa future femme. Elle était partie filer le parfait amour avec Cash Washington, son propre cousin, un riche médecin arriviste et sans scrupules.
    Or voici que huit ans plus tard, le cousin Cash débarque à Montmartre. Affolé, aux abois, il a perdu de sa superbe. Il a aussi perdu son épouse. Pas l’ex de Ricky, mais une beauté nommée Serena qui a pris la fuite après une violente dispute avec lui et se trouverait à Paris. Pour localiser Serena, Cash compte sur Ricky. Et comme si cela ne suffisait pas à perturber sa vie de pianiste sans histoires, un travesti est assassiné dans le hall de son immeuble, la police le soupçonne… Il n’en faut pas plus pour que le tranquille Américain se retrouve entraîné dans un vrai roman policier.
    Jake Lamar a situé l’action de ce roman dans le 18e arrondissement où lui-même vit depuis bientôt quinze ans. Son humour, son regard décalé et sa finesse d’observation sont ici au service d’une intrigue riche en rebondissements. Comme dans Le Caméléon noir et dans Nous avions un rêve, on s’attache à ses personnages de la première à la dernière page. Echappant aux clichés appuyés de " l’Américain à Paris ", Jake Lamar privilégie la vision de l’immigré parmi d’autres immigrés et nous offre une émouvante réflexion sur l’exil.



    SITE DE L'AUTEUR: http://www.jakelamar.com/index_fr.html




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