• Le coin de Diogène le Corse

    Corse a(l)titude : Henri Ceccaldi, journaliste du quotidien corse.

    Comment omettre l’importance des mots lorsque l’on sait que cette omission laisse la voie libre aux stéréotypes, amalgames, présupposés, préjugés et sophismes de toutes plumes qui clôturent la pensée ? Il faut souligner l’ampleur et la gravité de leurs effets pervers qui entretiennent l’imaginaire collectif dans ce qu’il a de plus conservateur pour ne pas dire rétrograde. En Corse, les mots ont acquis et gardé toute leur importance car le peuple corse a une vieille tradition orale. Elle remonte à la nuit des temps.

    Connaissez-vous la Corse ? Oui !… une île paradisiaque, aux plages ensoleillées, à la nature vierge et peuplée de machos impertinents et de terroristes chevronnés, où l'on pratique la sieste autant que le racket. Caricatures outrancières !

    Les Corses ont été caricaturés par des écrivains célèbres qui n’ont vu sur l’île que de l’exotisme pour donner une large part à l’anecdote. Dans un de nos précédents articles, nous avons livré " Histoire corse " une nouvelle de Guy de Maupassant . On y lit l’extrait qui suit :
    " …. gendarmes éventrés par les sauvages paysans de cette île, réfugiés dans la montagne à la suite de quelque vendetta. Le légendaire maquis cache en ce moment, d’après l’appréciation de MM. les magistrats eux-mêmes, cent cinquante à deux cents vagabonds de cette nature qui vivent sur les sommets, dans les roches et les broussailles, nourris par la population, grâce à la terreur qu’ils inspirent. Je ne parlerai point des frères Bellacoscia dont la situation de bandits est presque officielle et qui occupent le Monte d’Oro, aux portes d’Ajaccio, sous le nez de l’autorité. La Corse est un département français ; cela se passe donc en pleine patrie ; et personne ne s’inquiète de ce défi jeté à la justice. Mais comme on a diversement envisagé les incursions de quelques bandits kroumirs, peuplade errante et barbare, sur la frontière presque indéterminée de nos possessions africaines ! Et voici qu’à propos de ce meurtre le souvenir me revient d’un voyage en cette île magnifique et d’une simple, toute simple, mais bien caractéristique aventure, où j’ai saisi l’esprit même de cette race acharnée à la vengeance. "



    Nous avons retrouvé chez un des doyens de la presse corse, un article plein d’humour qui pourrait être une réponse aux poncifs malveillants qui font de la Corse un lieu de criminalité. Il s’agit d’un article tiré de la chronique " Le coin de Diogène " tenue par Henri Ceccaldi jusqu’en 1960…


    Doulce Corse – article du 17 janvier 1955
    La lecture de la presse continentale de la semaine dernière a dû donner des cauchemars aux personnes sensibles : assassinats, suicides meurtres, accidents ont rempli des colonnes entières. La sauvagerie et la démence ont particulièrement illustré ce début de l’année 1955. Aussi n’ai-je pu m’empêcher de commenter en vers ces nombreux faits d’hiver.

    Tandis qu’au delà de la mer
    On peut voir : des meurtres de fous,
    Accidents de chemin de fer,
    Coups de feu de maris jaloux
    Femmes tuant à coups de hache
    Jeunes gens à coups de couteau
    Chez nous on n’est pas aussi lâches
    Pour voir ça, prenez le bateau.

    Un gamin tuait sa marâtre
    Quand elle avait le dos tourné
    Un ivrogne ne faisait que battre
    Son épouse et son nouveau-né,
    Ici, il n’y a que je sache
    De ces modèles de salauds ;
    Chez nous on n’est pas aussi lâches
    Pour voir ça, prenez le bateau.

    Ailleurs on voit des coupe-gorge
    Pleins de voyous, de sans abris…
    Ici les seuls que l’on égorge
    Sont les cochons et les cabris…
    Partout on trouve des apaches,
    Dans les taudis, dans les châteaux ;
    Chez nous, on n’est pas assez lâches
    Pour voir ça, prenez le bateau.
    DIOGENE.



    Ce sont les idées reçues qui pourrissent les relations entre l'île et le Continent.

    A la question " Peut-on se moquer des Corses ? ", nous répondrons " oui " mais il y en a marre. Depuis trop longtemps, les Corses sont victimes des mots. Ils pratiquent eux-mêmes l’autodérision, contrairement à beaucoup de leurs détracteurs. Ils ne craignent donc pas le portrait humoristique mais doivent encaisser depuis des années des vérités fabriquées et entretenues par la haine. Le magasine mensuel Corsica de janvier 2008 a voulu dresser une liste des faux maux dont on les affuble, en donnant 49 raisons pour laisser tomber les idées reçues sur la Corse et les Corses. Nous y avons trouvé, parmi les clichés les plus tenaces (peut-être parce qu'il touche davantage les portefeuilles que les esprits), le suivant : L'État a multiplié les efforts en Corse… Ah, que la République est bonne fille avec ces ingrats Corses …

    De quel côté est l’ingratitude ? Sans remonter trop loin, il faut rappeler que Le 15 mai 1768, la République de Gênes vend la Corse à la France pour la somme de 2 millions de livres payables sur dix ans. Vendus sans avoir appartenus à personne, les Corses sont indignés et se révoltent contre cette décision. Ils déclarent la guerre contre les troupes du roi de France. Après leur victoire à Borgo le 6 octobre 1768, Louis XV emploie les grands moyens et envoie une armée de trente mille hommes. Des villages entiers sont rasés et de nombreux Insulaires sont tués . Grâce à la disproportion des moyens engagés par l’envahisseur, les Corses sont défaits à Ponte Novu le 9 mai 1769. On ne peut pas parler d’un mariage d’amour lorsqu’il s’agit d’une annexion réalisée dans le sang.

    Par la suite, la Corse a encore perdu des milliers d’hommes " morts pour la France " dans les deux grandes guerres. Notamment, lors de la guerre 1914-1918, 9.739 Poilus nés en Corse sont morts pour la France ( presque 25% de la population masculine corse ). A cette époque, les Corses étaient le plus souvent affectés dans des troupes coloniales et c’est tout un symbole. Pendant longtemps, nombre de Corses n’ont eu pour débouchés professionnels que des carrières militaires et administratives. Les jeunes Corses devaient faire leurs études sur le Continent avec les déchirures familiales et les sacrifices financiers que cela occasionnait pour, finalement, s’expatrier. Tout a été fait pour que l’assimilation soit complète. En ajoutant les expatriés aux morts pour la France, le bilan de la Corse française apparaît catastrophique sur le plan humain.

    Historiquement, il a bien fallu admettre que les Corses ne sont pas les descendants des Gaulois ! Devant cette évidence pourtant historique, l’Etat français avait voulu effacer l’histoire de la Corse ( devenue celle de la France), et ne veut encore voir dans la culture corse qu’un folklore régional. Malgré les sacrifices des deux guerres, la Corse a toujours fait l’objet de méfiance et de sarcasmes. Pour exemple, la loi Deixonne (qui admet en 1951 l'enseignement facultatif des langues dites régionales) n’a été étendue à la langue corse que tardivement en 1973. Il suffit d’écouter les médias nationaux et, sur Internet, de lire les commentaires des Franchouillards anonymes pour y trouver le racisme rampant dont la Corse est toujours la cible.

    Les vrais amis de la Corse savent que les gouvernements français n’ont pas toujours appliqué la devise républicaine à la Corse ( l’ont-ils appliquée sur le Continent ? C’est un autre débat). Les gouvernants successifs n’y ont favorisé souvent que l’affairisme de quelques uns, comme ils l’ont fait en Afrique de façon plus voyante. Peut-on penser sérieusement que les mouvements autonomistes et indépendantistes sont nés dans une région trop bien traitée par le pouvoir central et ses Jacobins ?



    Des journalistes corses regrettaient ou dénonçaient déjà, après la guerre de 1939-45, la diabolisation de la Corse et la politique continentale de type colonial, relayée par la complicité de certains élus qui pratiquaient la brosse à reluire… A l’époque, quatre grands titres de Journaux couvraient l'île : " le Journal de la Corse" à Ajaccio, "L’Informateur " et "Le Petit Bastiais" à Bastia , enfin le "Patriote" représentants les communistes. A ceux-là, s'ajoute l'hebdomadaire dominical du parti communiste "Terre Corse". Il faut aussi citer " U Muntese ", revue bilingue créée en 1955 et fermée en 1972. D’autres ont disparu avant 1940 comme Muvra, L’annu Corsu, A tramuntana, l’Ile …

    Parmi les journalistes corses, Henri Ceccaldi signait ses articles sous le pseudonyme de Diogène. Il le faisait sans agressivité. Il connaissait la valeur des mots. C’est aussi pour cela qu’on le surnommait " Henri la plume " au sein d’un trio d’amis qui comptait Henri le pinceau et Henri la Pendule. En quelques phrases et souvent en versifiant, il fustigeait inlassablement les fossoyeurs de la Corse. Il parlait de la désertification et de l’incurie du pouvoir central, mais aussi des bassesses humaines dont la toponymie n’écarte pas l’Ile.

    Henri Ceccaldi était très connu sous le pseudonyme de Diogène et dans ses billets quotidiens, il croquait, avec un bel esprit, les problèmes insulaires. Il a écrit sous d’autres pseudonymes : " Ad Jaceo " "L’écouteur " et " Mathieu Henri ", mais aussi sous sa véritable identité. Après la Résistance, il avait débuté comme rédacteur en chef du journal " La quatrième République ". Lorsque, en dernier lieu, il a occupé les fonctions de rédacteur à la Direction des services agricoles de la Corse, Diogène a continué à alimenter sa chronique dans le journal corse " L’Informateur ".

    Henri Ceccaldi s’était impliqué dans la culture corse. En 1951, il avait créé l’association culturelle et sportive " Altitudes ". En Août 1957, dans son village " Evisa ", où résidait le poète Minicale et Mathieu Ceccaldi ( Dans les années 1960,, auteur d’un dictionnaire de la " lingua nostrale " et d’un anthologie de la littérature corse*), sont venus des quatre coins de la Corse les poètes et improvisateurs célèbres comme Carulu Giovoni, Leca du u Furcatu, Julien Mattei de Croce, Simonu d’Aulle, Dominique Marfisi ( auteur-compositeur d’U caporale, Ma Cosa c’è ) , Sampetracciu, U Merlu d’Aiacciu, Iannettu Nottini ( auteur des " Ficca-Ficca " et " A Pulitica ") , Cesaru di l’Aquale… L’actrice Madeleine Robinson et l’acteur Daniel Ceccaldi participaient à ce festival qui fut un des derniers à rassembler les poètes et les représentants de la culture orale corse.

    Si des intellectuels insulaires sont à l’origine du Riacquistu dans les années 1970, il ne faudrait pas oublier ceux qui les ont précédés dans cette voie et, par ses initiatives, Henri Ceccaldi en fait partie. La plupart sont morts. Ils étaient présents à ce premier festival de la langue et de la chanson corse, qui a donné lieu à des débats sur la préservation de la " lingua nostrale " et qui s’est renouvelé jusqu’en 1959. Il aura fallu 26 ans pour arriver, en 1973, à ce qu’ils souhaitaient déjà : l’enseignement du corse autorisé par la loi Deixonne, déjà votée en 1951 en faveur d’autres langues dites régionales.

    Henri Ceccaldi était le Président du comité de réception de ce grand festival de la langue et de la chanson corses. Le 5 septembre 1957, dans un entretien avec Pascal Bontempi, il avait le projet d’organiser un festival d’art dramatique méditerranéen. Il déclarait alors : " La Corse, hélas ! manque de spectacles de qualité ( les villages surtout). Sur le continent, toutes les villes de province ont la chance d’accueillir les grandes tournées théâtrales ; elles ont ainsi l’occasion d’applaudir nos prestigieuses vedettes de la scène et de l’écran. Ces mêmes comédiens ne viennent en Corse que pour y passer leurs vacances. Or, il est admis que les populations de l’île savent apprécier , avec une compréhension toute latine d’ailleurs, les manifestations artistiques de valeur réelle… " Il est l’auteur d’une farce électorale " U votu di Cirottu " ( Le vote de l’électeur) qui a été créée le 29 mai 1956 à l’Opéra de Marseille par le groupe folklorique " A sirinnata ajaccina ", puis fut rejouée en Corse.

    Comme d’autres Corses qui ont pourtant œuvré pour l’île, Henri Ceccaldi , alias Diogène, ne figure pas dans le dictionnaire historique de la Corse édité chez Albiana sous la direction d’Antoine Laurent Serpentini. Des oublis sans doute. La preuve que ceux qui prennent en charge la mémoire d’un peuple ne le font pas de façon exhaustive. Henri Ceccaldi pourrait être un exemple pour les jeunes journalistes insulaires…. Diogène, sans décoration mais avec sagesse, était un opposant permanent. Il dénonçait, avec ses mots scandés, les petits et les grands scandales insulaires… " Un chroniqueur plein d’esprit, alliant la finesse du détail à un robuste bon sens " écrivait un confrère dans une épitaphe. Certains de ses articles publiés dans l’Informateur, ont encore une résonance dans l’actualité corse et mériteraient d’être à nouveau publiés. Nous livrons quelques bribes du talent d’Henri la plume… Il savait que les mots sont à la fois des cadeaux et des armes.



    Le coin de Diogène du 15 novembre 1954:
    A la manière de… Monsieur le Printemps
    Monsieur le Préfet a ouvert sa
    Campagne pour le printemps 1955
    ( Les Journaux)

    Si monsieur Savreux est un homme
    Toujours pimpant, frais et dispos,
    C’est qu’il a trouvé, en somme,
    Un travail de parfait repos…
    Il met le nez à la fenêtre
    Tous les jours jusqu’en avril
    En s’écriant : " Quel temps fait-il ?
    Est-ce le printemps qui va naître ? "

    Monsieur Printemps ! Monsieur Printemps
    On vous attend depuis longtemps !

    En amoureux de la nature,
    ( Ne le sait-on Place Beauvau ?)
    Il prend notre température
    Et va pêchant le renouveau…
    Mais si souvent l’averse tombe
    Sans qu’il le dise à la radio
    C’est la seule météo
    Que ce triste travail incombe…

    Monsieur Printemps, monsieur Printemps,
    Arrêtez-vous de temps en temps.

    Ce préfet se croit réaliste
    Et ne voit la prospérité
    Que dans la venue du touriste
    Du touriste de qualité…
    Mais il ne voit pas, ça m’épate,
    Quels sont les prix exorbitants
    Que nous, les pauvres habitants
    Payons pour manger des patates…

    Monsieur Printemps, monsieur Printemps
    Nous ne sommes pas très contents…



    Le coin de Diogène du 25 juin 1956

    Comptes de fée

    Mon " Relisez Topaze " de la semaine dernière a provoqué chez de nombreux lecteurs et amis, divers commentaires encourageants dont j’ai eu les échos. Tous sont d’accord pour me dire : " Dénoncez les coupables ! "
    Mais comment prouver ce que tout le monde devine sans atteindre la diffamation, au sens juridique du mot ?
    Je vais donc vous faire un conte de Perrault, avec des ogres voraces et des " Petit Poucet " résignés.

    Il était une fois une île pauvre et presque déserte… Les habitants très clairsemés de cette île se plaignaient tout le temps de manquer d’eau, d’électricité, d’écoles, de routes etc… Ils avaient désigné pour les défendre des squales appelés " lamentins " dont les qualités principales sont d’imiter les plaintes humaines et de suivre les bateaux d’où l’on jette à manger…
    Marianne la fée protectrice de l’île, y semait de temps en temps quelques poignées de grisbi, laissant aux lamentins le soin de l’utiliser suivant les nécessités.
    Quelle aubaine pour les lamentins ! Ils appelaient à la ripaille les ‘ventrepreneurs " ( variété de castors ) :
    - Construis-moi cette route, disait le " lamentin ".
    - Combien ? demandait le " ventrepreneur ".
    - 20% pour moi, répondait le " lamentin ".
    - D’accord ! mais laissez-moi récupérer, disait le " ventrepreneur " …

    C’est ainsi qu’un hameau de 80 vieillards se voyait tracer une route inutile et mal chaussée conduisant à la mer, tandis qu’un bourg de 1200 habitants avait peu d’eau et pas d’électricité.
    C’est ainsi qu’un groupe scolaire de deux étages ( un million pour le lamentin ) s’élevait pour… une douzaine d’élèves…
    - Mais ces lamentins et ces ventrepreneurs étaient malhonnêtes ? me demandez-vous.
    - Que non !
    La fée Marianne, devenue aveugle en vieillissant, les décorait d’un ruban rouge pour attirer autour d’eux les habitants transformés en grenouilles….



    Et le 3 janvier 1955, il présentait ses vœux de fort belle manière… Pax Hominibus… SONNET L’AN NEUF

    Cinquante quatre est mort ! Je dis : " Paix à ses cendres ",
    Et de le voir mourir, je n’étais pas pressé ;
    Car la marche du temps qui ne fait que descendre
    Me donne du souci et me laisse angoissé…

    Certes, l’An qui n’est plu ne fut pas toujours tendre,
    Il a eu son bilan de morts et de blessés,
    D’opprimés, de repus, de riches bons à prendre,
    De pauvres sans logis, affamés, entassés…

    Mais, il faut souhaiter, avant tout autre chose,
    Que n’arrive un beau jour le fléau de la guerre,
    Malheur beaucoup plus grand que gène et misère !

    Et que l’on voit enfin surgir à l’horizon
    La PAIX sur l’Univers, la PAIX dans la maison
    Et le glaive de Mars ne coupant que des ROSES…



    Mathieu, Henri, Antoine Ceccaldi ( son premier prénom était Mathieu) est né le 25 avril 1912 à Evisa. Il était l’héritier direct d’une littérature orale. Son père était poète ainsi que sa mère qui savait faire chanter les mots. Elle survécut à son mari et ses trois enfants. Elle improvisait des Chjam’è rispondi avec ses morts toujours présents dans sa pensée. Elle n’a pas eu à les rejoindre car elle était tous les jours avec eux.

    Henri Ceccaldi est décédé à l’âge de 49 ans. Après sa mort, les épitaphes furent élogieuses… " C’était un homme qui avait son panache et son originalité qui le distinguait du commun…. Massif, solide comme un roc. Une paisible gravité reposait sur son visage, cette gravité qui vient d’une vie intérieure intense et d’un travail spirituel incessant. Derrière les lunettes, d’étranges prunelles, larges et polies comme des cailloux, ne laissaient rien transparaître. Il parle d’une voix douce avec l’assurance que donne une longue habitude du maniement des idées…. C’était aussi un écrivain plein de fantaisie et de verve, capable d’une soudaine tendresse pour une injustice réparée, mais opposant systématique contre la mégalomanie, l’inconscience et les forbans qui se parent du masque du patriotisme et de la vertu pour mieux vous persécuter et vous démolir. "

    Son identité, elle se trouve d’abord dans son nom " Ceccaldi " qui ouvre à une généalogie et renvoie à un groupe, à une lignée, au village d’Evisa et à une ethnie, c’est-à-dire à un ensemble d’individus liés par une communauté de langue et de culture ( et non pas à des caractères anatomiques). Ces critères ont dû le pousser à s’intéresser d’abord à cette culture corse et permettre sans doute d’identifier des signes culturels dans sa façon de penser, dans son comportement et dans ses rapports avec les autres. Est-ce dite qu’être corse, pour lui, c’était correspondre à un modèle ? Nullement ! Henri Ceccaldi avait une forte personnalité. Tous ceux qui l’ont connu en témoignent.

    Si on se réfère à la communauté corse, elle a toujours comporté un grand nombre de cas individuels, de personnages marginaux et souvent talentueux dans différents domaines. Comment cette diversité a pu exister ? C’est sans doute que l’identité véritable est à la fois différence et unité, variation et permanence. Elle se construit en combinant identification et différenciation. Aujourd’hui, hors de la communauté villageoise, les cadres de référence se sont brouillés notamment par l’émigration et le tourisme. Henri Ceccaldi se refusait à une identification rigide, sectaire, voire maniaque… Sa Corsité ne pouvait se limiter à des incantations et des idées reçues par complaisance passéiste.

    Le fait corse , c’est l’insularité et la résistance d’une culture à plusieurs vagues de conquérants. La Corse a une langue et une histoire préhistorique. Elle existait avant d’être latinisée. Ceux qui ont fait du latin ont peut-être traduit des textes de Sénèque et de Tite-Live sur cette île difficile à dominer. La résistance, comme d’autres Corses, Henri Ceccaldi l’avait vécue pendant la deuxième guerre mondiale.

    La Corsité est un fort enracinement. Elle s’explique par l’insularité, la coexistence d’une histoire et d’une culture. Quant à la filiation, les succès de la généalogie auprès des Corses démontrent le respect qu’ils ont pour leur passé humain. A cet égard, nombre de familles corses ont un passé humain riche d’enseignement.

    La Corsitude, aujourd’hui encore au fond, c’est aussi être désigné comme tel ( dans des évaluations d’embauche, on peut trouver sur les fiches de candidats insulaires l’observation " corse attitude "). Cela ouvre à un sentiment de solidarité dont Henri Ceccaldi ne s’est jamais départi.

    " Connais-tu la Corse ? " est le titre d’un ouvrage de Petru Rocca avec, en illustrations, des aquarelles de R.G Gautier et des cartes dressées par Petru Ciavatti. Diogène le conseillait dans un de ses articles… Petru Rocca a dirigé le premier parti ouvertement autonomiste, issu en 1927 du Partitu Corsu d’Azione. Mais, en ce qui me concerne, c’est en lisant les articles de Diogène que j’ai appris à mieux connaître la Corse mystifiée, et par mystification, comme me le disait mon ami Joël Jegouzo de Noir Comme polar, entendons toutes les dérives extra et intra muros que l’île a connues ou subies. Dans l’un de ses dernier écrits paru le 12 Septembre 1960, Henri Ceccaldi disait : " … Un séjour prolongé à la montagne m’a permis de relire " en toute sérénité ", comme dit l’autre, des vieux journaux et revues insulaires d’avant et après les 2 guerres : rien n’a changé dans notre actualité corse. Dans un journal de 1922, par exemple, un politicien fait un long exposé sur l’urgence du relèvement agricole et économique de la Corse. Dans une revue spécialisée de 1930, le tourisme et l’équipement hôtelier sont des " nécessités vitales " pour notre département. La plupart des articles affirment que la Corse " se meurt ", qu’elle est " abandonnée ", que des mesures " énergiques " s’imposent… Et nous arrivons ainsi à l’automne 1960… J’avoue qu’il est difficile de faire preuve d’originalité dans l’exploitation des sujets de mécontentement. Aussi je me propose, dans mes prochaines chroniques, de dire tout le bien que je pense des choses qui vont mal. " Il n’a pas assisté à l’évolution de la Corse depuis les années 1960 dont il aurait été un témoin attentif car, dans ses écrits, on retrouve les germes de cette évolution. Il n’a donc pas pu commenter les plans d’actions, les schémas d’aménagement et de développement continuant à vouloir faire de la Corse un parc d’attraction touristique… et les raisins de la colère d’Aléria en août 1975. Alors que les nombres des touristes et des résidences secondaires se sont accrus, le mouvement d’émigration des Corses n’a pas été enrayé.


    Lorsque le journal " L’informateur " fit peau neuve pour devenir l’hebdomadaire " L’informateur corse " , Henri Ceccaldi fut cité parmi les grands absents aux côtés d’autres disparus qui ont participé à la vie du journal. L’Informateur corse existe, comme le Petit Bastiais et le Journal de la Corse ( doyen des journaux corses puisque sa création remonte à 1817).

    Henri Ceccaldi a toujours écrit comme l’exigeait son origine. A l’expression " Corse attitude " des chasseurs de têtes pour l’emploi, nous préférons, en ce qui le concerne, celle de " corse a(l)titude " (Altitude comme l’association Altitudes qu’il avait créée) car Diogène savait en toute chose prendre de la hauteur. Il faisait preuve d’une réflexion marquée au " coin " du bon sens. Il savait aussi prendre de la distance avec la dramaturgie corse, en jouant avec talent d’un autre atavisme: l’humour. Il s’agit d’un humour qui sauve du désespoir tout en faisant appel aux consciences. Nous aurions aimé le rencontrer au " coin du feu " dans le village d’Evisa ou au " bar du coin " à Ajaccio.

    Note sur l'Anthologie de la littérature corse de Mathieu Ceccaldi:

    *L’association Mimoria Bisinca a réédité, avec l’éditeur et libraire ajaccien Alain Piazzola, le dictionnaire de Mathieu Ceccaldi, avant de lancer une souscription pour la réédition de son anthologie de la littérature corse qui reste la plus documentée et la plus complète à ce jour. Les cadres de cette association sont trois Eviséens : Laure Quattrini-Ceccaldi, Hevé Battini et Ignace Ceccaldi. La sortie de l’Anthologie est prévue pour mars 2008 à l’occasion du Salon du livre de Paris. Une souscription est ouverte. Pour tout renseignement écrire à l’adresse : Association Mimoria bisinca, U chjosu à l’ortu, 20126 Evisa. Le premier tirage sera limité et, pour être sûr d’avoir cet ouvrage incomparable, vous pouvez dés maintenant souscrire ( même sur papier libre ) au prix de 28 euros ( plus 8 Euros prix de port). A la publication, le prix sera de 26 euros.

    Remerciements :

    Nous remercions Laure Quattrini-Ceccaldi de l’association " Mimoria Bisinca " et Margrethe, veuve d’Henri Ceccaldi, pour nous avoir remis les photocopies des articles écrits par Henri Ceccaldi dans la période de 1954 à 1960.






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