• La Mafiosa, produit frelaté avec de bons acteurs

    Résumé :

    Le lieu présumé est la Corse. L’image du premier épisode est celle du visage buriné de François Paoli, chef d’un des principaux clans de l’île. Il meurt dans les bras de sa nièce Sandra. Avec ses gardes du corps, il vient d’être tué par des cagoulés. Sandra est avocate, à la solde de cet oncle qui l’a désignée devant notaire pour lui succéder. Jean-Michel, son frère, n’a pas l’envergure et, conscient de cela, pousse sa sœur à accepter le défi. Il se range à ses côtés sans états d'âme. Pour lui, sa sœur est la seule capable de gérer les affaires et d’assurer la survie du clan. Notre " Mafiosa malgré elle " va être confrontée aux risques du métier, à la solitude du pouvoir, à l’ivresse des interdits : vol d'armes, de diamants dérobés dans un avion, blanchiment de l'argent de la drogue... Elle s’aguerrit alors que le commissaire Rocca et la D.E.A ( Drug Enforcement Administration) la surveillent, que les alliances claniques et politiques fluctuent au gré des ambitions de chacun. Sandra séduit, décide, manipule, tue… trouvant parfois un soutien masculin, pour jouer dans la cour des grands garçons, auprès de son frère et de son vieux parrain de père, qui a pris sa retraite… Huit épisodes de solitude à tenir pour être la digne nièce de son oncle, face au machisme et à toutes les manigances mortelles. Et sa nièce Carmen (rôle joué par une jeune actrice prometteuse, d’origine arménienne) pourrait alors se demander : " Ah ! Si ma tante en avait. ?… réponse : Elle serait votre oncle ". (Nous déconnons mais ça fait du bien).



    Pour comprendre l’usage à nouveau exotique de la Corse dans La Mafiosa, il faut revenir sur quelques déclarations faites par le staff de ce feuilleton .
     
    Mme COLLET , co-productrice - propos recueillis le jeudi 20 juillet 2006 par B.Jacquiau.

    "Pour Mafiosa, j'ai eu personnellement l'idée de faire une série sur une famille de mafieux corse. Je l'ai ensuite vendue à notre partenaire Canal +, dont le directeur de la fiction, Fabrice de la Patelière, avait approuvé l'idée. Après, je suis allée chercher un scénariste, Hugues Pagan. Quand je lui ai raconté l'histoire, il m'a dit : "Oui, ça m'intéresse, mais j'ai une autre idée complémentaire : et si la famille de mafieux était dirigée par une femme ?". J'ai trouvé cette idée formidable ! Voilà comment peut se passer le début d'une fiction. Ensuite on écrit et très vite, on cherche un réalisateur. Et comme on travaille en fonction des diffuseurs, on cherche un réalisateur différent selon que ce soit un film pour Canal + ou France 2. Il y a une exigence d'originalité, mais aussi d'être plus proche du cinéma à Canal +. J'ai décidé de prendre un canadien, qui n'avait jamais travaillé en France et avait donc une expérience différente. Mon choix s'est aussi orienté sur lui parce que je trouvais que ce qu'il avait fait était formidable et que cela correspondait exactement à ce que je voulais. Ensemble on s'est occupé du casting, et on a engagé les techniciens. Pendant le tournage, je me rendais sur les lieux pour régler tous les problèmes que cela pose chaque jour, qu'ils soient financiers, artistiques, ou humains. Maintenant, je regarde tous les jours les rushs, les montages, et je surveille les photos et les dossiers de presse. Finalement, un producteur s'occupe de tout sur une série ".

    Sur le choix de la Corse :" J'ai choisi ce lieu parce qu'il y a une mafia en corse ! Il y a des particularités de la mafia insulaire corse. C'est une spécialité locale quand même. A Paris, la mafia n'est pas organisée de la même façon qu'en corse. C'est une mafia qui irrigue toute l'île, elle est insulaire. C'est ça qui m'intéressait. Et l'avantage quand on a beaucoup de personnages, dont toute une famille, c'est qu'outre de travailler sur le côté policier, on peut faire une saga".Et à la question : La série n'a malheureusement pas pu être tournée sur l'île de beauté. Pourquoi ? Elle a répondu : " Non, je n'ai pas pu la tourner en Corse pour des raisons de logistique parce que c'est trop cher. Il n'y a pas d'équipe technique complète en Corse, donc on serait obligé d'y emmener tout le monde, de payer le voyage et divers frais, ça reviendrait très cher ! Alors qu'à Marseille, il y a des techniciens. Par contre, j'ai des acteurs corses, beaucoup d'acteurs corses ".

    Une précision sur le budget : Coproduite par Nicole Collet (Image et Compagnie) et Canal Plus, la série a bénéficié d'un budget de 10 millions d'euros.

    (Entre Corses, un petit aparté : A signora hà fume senza arrostu. Parini foli ! Chi ne pensate ?)
     
     
    Des propos recueillis par Alice Coffin pour le quotidien " 20 Minutes " :
     
    Pierre-Marie Mosconi: " Même si le tournage s'est déroulé en Provence, on a essayé d'être le plus fidèle possible à l'île, explique l'acteur insulaire Pierre-Marie Mosconi. Il figure au générique et a fait office de " coach pour les autres comédiens, histoire qu'ils aient le bon accent. J'ai aussi corrigé certaines approximations. " Il est ainsi intervenu alors que le réalisateur s'apprêtait à faire un plan sur " une charrette à bras pleine de légumes ". " La Corse n'est pas un territoire du tiers-monde ! raille-t-il. Pas plus qu'elle n'est réductible à la mafia. J'espère que les téléspectateurs le comprendront. "

    Pour le journaliste Jacques Follerou, coauteur des Parrains corses (éd. Fayard), " les pratiques mafieuses qui pèsent sur la Corse sont, au contraire, largement minimisées. Les médias préfèrent s'intéresser aux maisons qui sautent et aux nationalistes. Il est salutaire qu'une série se saisisse de ce sujet. " Reste, souligne Hugues Pagan, auteur de " Mafiosa ", que " cette oeuvre dépasse son cadre géographique. Je m'intéressais surtout au banditisme et je me suis appuyé sur une documentation de 4 000 pages ! Je me doute qu'il va y avoir des susceptibilités froissées, mais alors il ne faut programmer que du "Julie Lescaut".

    Emile Zuccarelli, député-maire radical de gauche (PRG) de Bastia., se dit " consterné qu'une nouvelle fois notre région soit montrée du doigt et qu'on en parle toujours à l'aune d'attentats ou de dérives présumées. Pourquoi ne traite-t-on jamais de l'influence des clans dans le Cantal ou en Lozère ? Nous payons les fantasmes continentaux sur une certaine idée de notre île. "

    Van, internaute sur un forum de Fluctuat.net : " Est-ce exagéré de réaliser une série autour de clans mafieux corses - la mafia ne sévissant pas qu'en Corse - ou n'est-ce pas finalement un moyen de parler tout de même d'une réalité passée le plus souvent sous silence ? Les nationalistes, les attentats, on en parle beaucoup - trop -, mais les dérives mafieuses, on en parle peu. Certes la Corse n'est pas la Sicile, et je ne pense pas d'ailleurs qu'on puisse en tirer une aussi bonne histoire que Le Parrain, mais il y règne un état de non -droit assez hallucinant malgré tout Certains élus de l'île s'inquiètent du message que Mafiosa fait passer aux oreilles du public qui n'entend parler de la Corse que lorsqu'une maison saute, ou quand il programme ses vacances. Après tout, ne s'agit-il pas d'une histoire de gangsters de plus, sans autre message caché, que la télé et le cinéma affectionnent tant ? C'est vrai qu'en Corse, il y a des histoires de famille, de clans, des particularités insulaires pittoresques, tout ça est en soi très cinématographique et permet de faire un bon polar qui aurait à la fois un côté saga, parfait pour du prime time somme toute. C'est aussi simple que ça. Que ça se passe en Corse ou dans le Cantal, ça ne devrait pas changer grand chose. Mais c'est vrai qu'on parle peu du banditisme dans le Cantal. "

    Fabrice de la Patelière, directeur de cette fiction à Canal+: " les héros, les décors, tout est plus grand , plus coloré, plus contrasté que dans la réalité "
     



    Notre constat après les premiers épisodes :
     
    Avec La Mafiosa, Canal+ a voulu servir, pour son besoin d’audimat, un alcool fort avec un réalisateur qui représenterait 37% du marché des séries télévisées. En ce qui concerne le label Corse, nous ne dirons pas qu’il s’agit de canada-dry , pour faire un jeu de mot facile avec l’origine de ce réalisateur. Toutefois, nous n’y avons trouvé aucun goût d’eau de vie d’Arbousier ou de liqueur de Myrte. Nous le savions, dès le départ, cet alcool est frelaté même si on y a incorporé, à doses homéopathiques, quelques vues de Bastia et quelques idiomes courants dont la phonétique a été contrôlée par un acteur corse, Pierre – Marie Mosconi (Il joue le rôle de Mattei, homme de main du clan Paoli).

    Si ce feuilleton en huit épisodes prévus n’était que la fiction de la fiction corse entretenue dans l’imaginaire par les médias et les auteurs " pinzutti ", nous en serions restés à notre premier article. Mais, au delà de cet usage exotique d’une identité, il y a la vérité indigène et, de ce côté là, les Corses n’ont certainement pas pu se reconnaître dans ce clan inspiré par la Mafia sicilienne. Si l’association " Mafia sicilienne " est un pléonasme, le clan corse est tout autre chose et les truands corses sont bien différends des Siciliens et des Sardes. On ne parle pas de mafia mais de Milieu corse, comme l’on parlerait de Milieu marseillais, de Milieu niçois... La mafia, c’est tout autre chose que la dérive mafieuse. Le clan n’a pas une essence mafieuse mais familiale et communautaire. Le scénariste aux 4000 documents doit le savoir.

    La Mafiosa est un produit du petit écran avec ses scènes à la Brian de Palma sur une musique de thriller ( de Cyril Morin ), alors que les personnages ont des airs de Soprano. Si le scénariste " s’est appuyé une documentation de 4000 pages ", il s’agit d’une documentation sur le banditisme et non pas sur la Corse. Avant lui, des gens mieux documentés sur la Corse ont écrit sur le thème du clan un polar : " Le Corse ". Il s’agit des journalistes Paul - Claude Innocenzi et Jean Bazal édités en Livre de poche. Nous l’avons lu en 1977 mais leur récit remonte aux années 1930, à l’occupation avec les atrocités de la Carlingue, les règlements de compte de l’après-guerre puis les vendettas du Combinate.
     
    Paul-Claude Inoncenzi avait déjà écrit auparavant une quinzaine de romans ou de documentations : L’énigme de Pelissanne, Piège pour un flic, La Brigade antigang, Le Juge assassiné et même Un tiercé pour la mafia… " Le Corse " et un polar sur le thème du clan : la naissance d’un clan et l’épanouissement de son empire. C’est l’enfance d’un truand qui explique son entrée dans la délinquance puis le crime organisé. C’est sa généalogie et la clanisme qui peut expliquer son charisme de chef de gang ou de chef de parti. Le cinéaste et la productrice de La Mafiosa sont passés à côté de cette généalogie, préférant une équation simple pour la Corse : clan égal mafia. Ensuite, il suffit de saupoudrer le récit de quelques poncifs exotiques, en relayant, de façon souvent subliminale donc plus perverse, des préjugés, des articles de presse orientés et enclins aux amalgames. Pour cela, nous comprenons la réaction un peu vive du député-maire Emile Zuccarelli. Mais ne nous laissons pas gagner par la mauvaise humeur. Chez Canal+, le clientélisme de la cheftaine du clan de la coproduction a pour seul objectif : l’Audimat. Restons-en là pour ne pas être taxé de paranoïa et de chauvinisme, tout en fournissant quelques autres propos.

    Aujourd’hui le banditisme a évolué et la Corse aussi, mais en dehors de la Mafia qu’elle soit sicilienne, russe ou américaine. Ne vous étonnez pas si des Corses en ont marre de voir à la télévision des poncifs qui les décrivent en fonction des fantasmes des uns et des autres, ignorants d’une culture marquée par une réalité plus souvent faite de souffrances endurées que de crimes commis.

    Le " clan " est le prolongement de la famille, pilier de nombres de peuples. Dans l’individualisme inhérent du monde d’aujourd’hui, la famille clanique et patriarcale est le pilier des minorités qui veulent survivre avec leur culture. Que l’on mette en scène un clan dans le banditisme ou la politique est une chose. Que l’on associe le clanisme corse à la Mafia est autre chose. La Mafia est sicilienne et, lorsque l’on montre des actes de cruauté, il s’agit d’anciennes mœurs sardes et siciliennes qui ont déjà alimenté le cinéma américain avec notamment " Le parrain " de Scorcese. Les amalgames avec la Corse reflètent une méconnaissance nuisible de la réalité corse déjà malmenée par d’autres pourvoyeurs de racisme rampant.

    Jacques FUSINA, universitaire et poète corse, nus dit : " Le clan a joué un rôle non négligeable dans la vie politique et économique, tout autant sociale et culturelle de l’ïle puisque les chefs ( capî partitu) se proposait avec efficacité d’être les intermédiaires entre leurs familles de partisans et l’échelon décisionnel supérieur, auxquels ils pouvaient avoir affaire dans leurs tractations pragmatiques : il s’agissait le plus souvent de pourvoir quelque emploi subalterne ou d’épauler quelque intervention de faveur au profit de protégés, à charge pour ces derniers et leurs proches de remercier électoralement ad vitam aeternam leurs bienfaiteurs. On peut à la rigueur s’accorder sur l’origine de cette fonction traditionnelle du clan qui reste de l’ordre, en somme, de la solidarité familiale u communautaire ". Ce sont les excès individuels et les dérives engendrées qui ont rendu le système obsolète, explique-t-il aussi. Depuis de nombreuses années, d’aucuns auront peut-être remarqué que des mouvements mettent en avant des intérêts collectifs majeurs. La seule survivance du clan reste le clientélisme, mais ce n’est pas une exclusivité politique corse.

    Par ailleurs, en Corse, même si le temps n’est pas si loin où les femmes, pour servir, ne s’asseyaient pas à table au moment du repas, elles ont toujours été respectées et ce respect, elles l’imposent aujourd’hui comme hier. Columba est un personnage de roman et la Mafiosa une simple vue de l’esprit ou le fantasme d’un cinéaste en quête d’originalité. Les femmes corses ne sont pas des Lysistrata mais des gardiennes de la culture corse au même titre que les hommes et, sur bien des points, davantage. Elles ne sont pas des " pousse au –crime " et respectent la vie qu’elles donnent. La Mafiosa ne présente aucun réalisme corse même romanesque contrairement à Columba et, si la société corse est plus féministe qu’il ne paraît, une femme corse et encore plus celle d’un clan, n’afficherait pas devant son frère sa liberté sexuelle et ses perversités, non par peur mais simplement par pudeur et respect mutuel. Sandra aurait pu prendre le patronyme de Soprano ou Corleone, et l’Ardèche servir de décor à la Sicile, mais la Mafiosa n’en aurait pas été plus crédible. Il suffit de poser la question aux Siciliens.

    Hugues Pagan, scénariste, s’attendait à froisser les susceptibilités. Comment pourrait-il en être autrement ? Pour écrire un scénario situé en Corse, il s’est servi de 4000 pages de documentation sur le banditisme. Il aurait pu consacrer un peu de son temps à quelques pages sur la Corse. Il le dit lui-même " cette œuvre (le terme est de lui…) dépasse le cadre géographique. Je m’intéressais surtout au banditisme… " Il ne s’intéresse donc pas à la Corse, mais cela, on l’a vite compris. En outre, ce travail de documentation a visiblement bridé son imagination. Il n’a trouvé que le mot inventé de " Mafiosa " pour appâter le chaland. Dans la production d’une série télévisée, un réalisateur m’avait confié que la matière grise était très mal payée au regard des frais de gestion des coproducteurs indépendants. Ceci expliquerait peut-être cela. Quant à la susceptibilité corse, elle s’exprime avec humour lorsqu’il s’agit, comme dans L’enquête corse, de faire rire. On peut se moquer des Corses mais il ne faut surtout pas le faire avec sérieux, car le propos tourne alors à l’injure. En ce sens, la Mafiosa est une injure à la Corse d’aujourd’hui.

    Pour finir sans agressivité, nous reconnaissons volontiers aux acteurs le mérite de sauver l’ensemble de ce feuilleton simili – corse. Ils comblent, par leur présence et leur talent, la pauvreté des dialogues qui frôlent souvent l’indigence. La caméra et le réalisateur ne se trompent pas en s’attardant sur leurs portraits, parce que , en dehors de quelques scènes d’action, elle n’a rien d’autre à filmer si ce n’est des vues furtives du port de Bastia. Il est vrai que la production avait décidé de mener en bateau les téléspectateurs de Canal+ sans escale en Corse.

    Louis Choquette, réalisateur québécois a été primé pour d’autres travaux. Il est le lauréat de 7 gémeaux dont celui de la meilleure réalisation d’émission jeunesse. Le vent en poupe, il a réalisé plusieurs épisodes de séries télévisées : Les 2 frères, Delirium, Rumeurs, Les aventures tumultueuses de Jack Carter, Temps dur… Pour La Mafiosa, il a fait ce qu’il a pu et il l’a bien fait avec sa culture cinématographique nord américaine, plus proche de la Mafia que de la Corse. Quant à l’homme, selon nos sources, il aurait été apprécié par les quelques acteurs corses qui ont participé aux tournages.
     


    Il nous fait plaisir de rappeler que :

    Hélène Fillières est sur les grands écrans dans Lady Chaterley , avec Marina Hands, Jean-Louis Coulloc'h, Hippolyte Girardot…
    Thierry Neuvic est présent aux côtés de Tchéky Karyo, Michaël Youn, Anne Parillaud, Elsa Zylberstein, Jérémie Renier… dans "Aux armes, etc.", premier long métrage de la cinéaste Laure Hassan, dont l'intrigue tourne autour d'un pistolet automatique
    Enfin, notre compatriote Pierre- Marie Mosconi joue dans " Le Silence " dont le réalisateur est Orso Miret. Ce film raconte l’histoire d’Olivier, un jeune homme d'origine corse, l'unique témoin d'un meurtre commis par un proche de ses amis. De peur d'être exclu de la communauté, il devra tenter de garder le silence.


     

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