• Jean-Patrick Manchette, demain 13 ans déjà!...

    Demain, 13 ans déjà!  Jean Patrick Manchette est mort d’un cancer du poumon le 3 juin 1995.



    A l'occasion de la sortie de son Journal en mai dernier, ses amis et ses lecteurs ont déjà eu une pensée pour lui. Le 11 Juin prochain, la librairie L'Ecailler du sud lui rendra hommage à la boîte à sardine de Marseille.

    Né le 19 décembre 1942 à Marseille, il a grandi à Malakoff (Hauts-de-Seine). Il a fait ses études supérieures d’anglais et histoire et géographie à Paris. Il n’a obtenu aucun diplôme. Il a mené une vie d’errance : auto-stoppeur longue distance, pompiste, instituteur, assistant de français dans un collège pour aveugles en Angleterre (Worcester), militant néo-bolcheviste, contrebassiste et saxophoniste (alto), cinéphile. Il a fait de l’écriture son activité professionnelle à partir de 1965. Il était marié et père d’un garçon. Il a vécu à Clamart  jusqu’à 1979. De 1965 à 1970, il a effectué des travaux d’écriture très divers : films libidineux, synopsis, retapage de scénarios, négrifications, adaptation «littéraire » de films, télévision scolaire, T.V. de diffusion normale (série Les Globe-trotters), romans d’aventures pour adolescents, romans pornographiques, films pour la prévention des accidents du travail, et nombreuses traductions de l’anglais, seul ou en collaboration avec sa femme traductrice.




    Après 1970, il a publié des romans de la Série Noire (Gallimard), et collabore aux films suivants : Nada, de Claude Chabrol ; Folle à tuer, d’Yves Boisset ; L’Agression, de Gérard Pirès ; L’Ordinateur des Pompes funèbres, de Gérard Pirès. Il est considéré comme «gauchiste » et représentatif de la nouvelle tendance du roman noir français. Il pensait que le Roman avait depuis un bout de temps fini de donner tout ce qu’il pouvait donner, et cherchait seulement à distraire ses amis. Inventeur et représentant le plus marquant du « néo-polar », il est mort prématurément à l’âge de 52 ans. Pour Michel Lebrun* «il fut l’aiguillon permettant le galop d’essai de bon nombre de jeunes auteurs du début des années quatre-vingt ». Imprégné de la littérature noire américaine, il est entré dans la « Série noire » avec « Laisse bronzer les cadavres », écrit sous le nom de Jean-Pierre Bastid. Ses trois mailleurs ouvrages sont, selon la critique, Nada, Le petit bleu de la côte Ouest et La position du tireur couché.

    « Manchette, a souligné André Vanoncini*, a non seulement abordé des thèmes ignorés par le roman policier avant lui, mais qu’il a su exprimer à travers une écriture de type inédit ».

    Toujours selon Vanoncini :
    - «  Les protagonistes de Manchette, privés désabusés, tueurs professionnels, cadres déshumanisés ou terroristes, ont pour destin commun de perdre la maîtrise dans des situations aliénantes, en entrevoyant vaguement des manipulations dont ils font l’objet. Ils sombrent le plus souvent dans un imbroglio de violence frénétique et futile que l’auteur se plaît à narrer dans un style haletant et constamment ironique. A travers ce saisissant mélange de précision référentielle et d’exubérance parodique, Manchette dénonce avec rage les multiples régressions politiques et morales dont il croit reconnaître les effets dans la période post-soixante-huitarde. Aussi l’échec lui apparaît-il comme une clé de cette époque, que ce soit celui d’une société abrutie ou celui des révoltés qui voudraient la contester. Le roman policier noir sort transfiguré de ce bain d’acide ».
    - « Jean-Patrick Manchette inverse la démarche des radiologues de la société. Son ambition n’est pas de fournir, outre une histoire policière, une documentation sur les modes d’existence d’une communauté humaine spécifique. Il cherche avant tout à pratiquer une écriture en prise directe sur les dérives idéologiques et comportementales d’individus foncièrement aliénés ; (il suffit de lire « Que d’os ! » pour s’en rendre compte). Ses protagonistes sont en grande partie des adeptes de la violence monstrueuse et sournoisement jouissive : Henri Butron dans L’affaire N’Gustro (1971), Thomson dans O dingos, ô châteaux ! (1972), le commissaire Goémond dans L’affaire N’Gustro d’abord, dans Nada (1972) ensuite. Manchette n’inscrit pas leur destin entre les termes du crime et de sa résolution. Il en fait les auteurs d’atrocités sans nombre dans un contexte d’enlèvements et de chasses à l’homme. Ces orgies destructrices sont narrées dans un style haletant, constamment cynique, qui pourfend les certitudes morales de la génération de 68. Dans l’univers de Manchette, l’individu, même s’il croit s’engager librement, est conditionné par le système englobant qui le pousse sur cette voie. Le terroriste Diaz, dans Nada, formule ainsi ce qu’il ressent comme la grande tricherie de son époque : « le desperado est une marchandise, une valeur d’échange, un modèle de comportement comme le flic ou la sainte. » Quant au jeune cadre dynamique Gerfaut (Le petit bleu de la côte ouest, 1976), mari d’ « une femme jument superbe et horrible, les yeux grands et verts, de longs cheveux noirs épais et sains, de gros seins durs et blancs, de larges épaules blanches et rondes, un grand ventre dur et blanc, de longues cuisses musclées », il ne s’élève plus jusqu’au niveau de l’analyse idéologique. Il se borne à survivre, fuyant d’abord, puis exécutant efficacement un groupe de tueurs que le hasard a mis à ses trousses. Après quoi il reprend son existence normale, roulant pour se détendre à 145 km/h sur le périphérique en écoutant de la musique West Coast. Cette fin renoue avec la scène initiale, comme pour mieux montrer que le monde tourne à vide, de même que le roman jadis s’était cru appelé à en certifier la cohérence. Le travail de déconstruction tous azimuts auquel se livre Manchette lui a valu une renommée importante qui parvient à son apogée au moment où paraît La position du tireur couché (1981). L’auteur a lui-même désigné sa production par le terme «néo-polar », non pas pour inaugurer une école inédite du récit policier français, comme on a pu le soutenir, mais pour souligner sa position parodique par rapport aux moules classiques du genre. Et, en ce sens, il a indéniablement insufflé une nervosité nouvelle à la fiction policière de langue française. »
    ( André Vanoncini, dans Le Roman Policier dans la collection universitaire Que sais-je ? N°1623)

    Il aimait les jeux (l’exclusion des jeux d’argent), le cinéma hollywoodien, le jazz, la littérature, la pensée allemande et  l’entrecôte.

    Pour plus cliquer "Site officiel"





    Treize ans qu’il est parti et 13 est l’immatriculation des Bouches du Rhöne. Dans la cité phocéenne où il est né, Jacques Aubergy de la librairie L’Ecailler  (0491475056) vous invite le mercredi 11 juin à 19 heures 30, dans  La Boîte à Sardine 7, Bd de la Libération (à deux pas de la librairie) Marseille 1er arrondissement, pour un hommage a l’occasion de la sortie de son  JOURNAL qui vient de paraître aux Editions Gallimard.


    A l'âge de 23 ans, en 1966, Jean-Patrick Manchette se met à écrire son journal, qu'il tiendra de façon régulière jusqu'à sa disparition en 1995. Le passage à un tout autre espace d'écriture dépourvu de limites marquera le début d'une démarche personnelle qui s'étendra sur trente ans.

    Le journal compte 20 cahiers et 5.000 pages manuscrites, augmentées de photos découpées dans divers journaux et d'articles de presse, collecte ironique et minutieuse qui dresse le tableau d'une époque qui ne tarde pas à basculer vers le triomphe du négatif et la guerre sociale.

    Le 2 mai 2008, est sorti le journal de Manchette, années 1966-1974, chez Gallimard hors collection, en grand format. Le thème se résume à une question : "comment devient-on écrivain ?"

    "Ce volume regroupe les quatre cahiers couvrant la période déterminante du 28 décembre 1966 au 27 mars 1974 où Manchette décide de vivre de sa plume et y parvient au prix d’efforts sans cesse renouvelés et d’une quantité phénoménale de travaux sur le texte, tour à tour insignifiants, laborieux ou brillants. S’y dessine le parcours d’un homme qui trouve sa véritable voie, apprend son art et devient écrivain" (Doug Headline)

    Articles sur Le journal de Jean-Patrick Manchette :

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    Personnes citées :



    Michel Lebrun, de son vrai nom Michel Cade, est né en 1930 pour disparaître en 1996, on l'a surnommé le pape du polar ( titre dont l’actuel porteur est Claude Mesplède). Scénariste, romancier, il devient historien du genre. D'abord en publiant pendant plusieurs années un almanach truculent qui recense toute l’actualité du polar de 1980 à 1988. Ensuite il prend la rédaction en chef de la revue Polar et a publié  «deux ouvrages de référence» : Le roman criminel (L'Atalante) et Le polar français (Syros) écrits en collaboration. Cofondateur de 813, on lui doit de nombreux  romans dont Autoroute, Le géant, L’Auvergnat, Hollywood confidentiel, Loubard et Pécuchet, Pleins feux sur Sylvie, Plus mort que vif, reproduction interdites, la corde raide et portrait robot. Certains ont été adaptés au cinéma. Depuis 1978, la ville du Mans organise un salon du livre, « Les 24 heures du livre ». Dès 1986 est attribué à cette occasion le Prix du roman policier francophone, qui devient en 1997 le Prix Michel-Lebrun dont les deux derniers lauréats sont en 2006 Maurice Attia pour Alger la noire (Actes Sud/Babel noir) et, en 2007,  2007 : Martin Winckler pour Le Numéro 7 (Le Cherche-Midi, 2007).



    André Vanoncini est universitaire et écrivain. Il travaille sur le roman français de Balzac à Modiano et sur le roman policier . Ses domaines de Recherche sont Balzac, Simenon, Modiano, le roman policier, littératures et frontières , Cendrars…






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