• Exilio, écrit par Sara Sonthonnax

    EXILIO aux Editions L’atinoir.

    Nous avions rendu compte des quatre romans édités dans la collection L’atinoir de l’Ecailler sous le direction de Jacques Aubergy et  les conseils littéraires de Paco Ignacio Taïbo II. La collection est devenue une Maison d’Edition  avec déjà deux collections « L’atinoir » et « L’atineur ».

    Alors, pourquoi avoir donné le nom " L’atinoir "? Dans l’Atinoir, on trouve latin et noir (qui en latin se dit " ater ") … " Latin " et " ater " donnant l’atinoir, ater et noir insistant doublement sur le noir ? A chacun d’avoir son opinion.

    L’atineur ! Mot nouveau pour une nouvelle collection qui mélangera les genres pour des ouvrages courts mais denses, incisifs!...  







    EXILIO, écrit par Sara Sonthonnax.
    Isbn: 9 782018 112068
    prix 6 €

    Nous avons lu d’un seul trait le premier ouvrage de la collection L’Atineur .

    « Des lettres, adressées à des républicains espagnols réfugiés à Marseille en 1939 sur des bateaux hôpitaux, étaient oubliées aux Archives Départementales et ont été trouvées en 2000 par l’historien J.J. Jordi. La connaissance de leur existence en 2004 m’a donné l’envie de rendre voix à ces paroles oubliées. » nous dit Sara Sonthonnax

    L’auteure Sara Sonthonnax s’est immédiatement emparée de cette source précieuse pour nourrir un travail d’écriture qui a donné naissance à Lettres mortes, une seule longue lettre composée de centaines de voix. Le travail autour de Lettres Mortes a, à son tour, inspiré l’écriture d’un texte théâtral sur le thème de la déchirure (guerre civile et exil) intitulé Exilio.

    Le projet de Sara Sonthonnax est d’écrire les « Chroniques du yonder ». « Yonder » est un mot norvégien qui signifie « entre ici et là »

    Après avoir été peintre, comédienne, puis anthropologue, Sara a retrouvé le théâtre en 1984 pour fonder la compagnie Théâtre et mémoire. "Exilio" était d’abord une libre adaptation du livre d'Andrès Tapiello "les cahiers d'Augusto Garcia" par Sara Sonthonnax Le récit, de février à mai 1939, des derniers jours de la guerre d'Espagne, de la retirada, puis de la vie dans les camps (Argelès...) avant l'exode vers le Mexique. Une voix et des ombres évoquent l'épopée douloureuse de 150 000 personnes partageant la déchirure d'un pays et celle de leurs vies. : une source d’écritures croisée.

    La pièce "Exilio" a été donnée au théâtre Gyptis, du 20 au 24 novembre 2007.

    Récit de la déchirure. Janvier 1939, fin de la guerre d’Espagne. Deux républicains espagnols vivent côte à côte ces derniers jours de lutte, puis l’exode, la traversée de la frontière et la découverte des camps de concentration. Par leurs témoignages se font entendre les voix de leurs compagnons et l’aventure de milliers d’Espagnols contraints de fuir leur pays pour avoir tenté d’y défendre leur idéal de justice et de liberté.

    Sara Sonthonnax a écrit au sujet de la pièce de théâtre : « Des lettres, adressées à des républicains espagnols réfugiés à Marseille en 1939 sur des bateaux hôpitaux, étaient oubliées aux Archives Départementales et ont été trouvées en 2000 par l’historien J-J. Jordi. La connaissance de leur existence en 2004 m’a donné l’envie de rendre voix à ces paroles oubliées. J’ai donc donné à un montage d’extraits de ces lettres la forme d’une seule lettre composée de centaines de voix et je l’ai intitulée Lettres Mortes. Ce temps de lectures et de découvertes ayant été nourri de rencontres (humaines, littéraires, historiques, témoignages écrits, fictions et documents), il a inspiré l’écriture d’un texte théâtral sur le thème de la déchirure (guerre civile et exil) intitulé Exilio. Je souhaite que la part de fiction utilisée pour porter cette histoire ne trahisse pas les faits réels qui l’ont inspirée… C’est autour de la notion de déchirure qu’est bâtie la mise en scène. Un plateau nu où seuls les éclairages dessinent les zones (fragmentées ou assemblées) de guerre, de froid, de peur ou de douleur qu’évoquent les deux personnages. Déchirure des idéaux, des familles, d’une société et finalement d’un pays qu’une grande part de la population se voit contrainte d’abandonner. Une destruction que rien n’illustre d’autre que la rigueur du jeu d’acteurs et la sobriété d’une diction travaillée musicalement. »

    Compagnie Théâtre et Mémoires
    Création mars 2007 / Coréalisation Cie Chatôt-Vouyoucas
    Textes et mise en scène de  Sara Sonthonnax
    création lumières : Xavier Longo
    création sonore : Yves Robial
    avec : Alfonso Rodriguez Gelos et Vincent Saint-Loubert Bié



    Benito Pelegrin a dit : « Sara Sonthonnax a fait un texte personnel, respectueux, beau et grave, sensible, poétique sur la politique, si la politique n’avait de conséquences si terribles. Durant un hiver exceptionnellement froid, ces soldats dépenaillés, harassés, déposant leurs armes au poste frontière, ces cohortes de fantômes affamés traversant des villages clos sur la crainte et la frilosité ou l’égoïsme : trop grande tragédie pour des cœurs rétrécis, endurcis par le nombre trop grand de gens à soulager. L’exil commence où finit l’exode. Et souvent dans des camps dont passe ici le noir frisson : celui, cauchemardesque d’Argelès, plutôt qu’un camp, des barbelés improvisés clôturant une plage glaciale où l’on s’enfouit dans le sable pour survivre, creusant déjà sa tombe d’enterré vivant. »

    L’écriture mêlant rigueur, humour et émotions à une interprétation très musicale du texte (plages sonores, rythmiques variées, assonances), portée par deux comédiens et adoucie par les improvisations d’une guitare ont fait d’Exilio un moment de rencontre, sensible et fort, avec la guerre d’Espagne.


    La guerre d'Espagne est un conflit qui opposa le camp des «nationalistes » à celui des «républicains ». Elle se déroula de juillet 1936 à mars 1939 et s'acheva par la défaite des républicains et l'établissement de la dictature de Francisco Franco, qui conserva le pouvoir absolu jusqu'à sa mort en 1975. Particulièrement violente, et durablement traumatisante, elle est tristement célèbre comme théâtre de multiples exactions. Le nouvel Etat nationaliste se construisit à travers la terreur et l'épuration systématiques. En particulier, les franquistes refusèrent toutes les propositions adverses de compromis et poursuivirent longuement, après leur victoire, une répression de masse d'une rigueur et d'une durée particulièrement saisissantes.

    Cette guerre divisa et passionna les opinions publiques du monde entier. L'engagement de nombreux intellectuels et artistes auprès des combattants, en particulier dans les Brigades internationales, a contribué à lui faire acquérir très vite une dimension légendaire.

    L'écriture est au centre du travail et de la démarche artistique de Sara Sonthonnax, fondatrice du Théâtre et Mémoire. Depuis 1988, elle anime divers ateliers d'écriture principalement dans la région PACA. Elle a écrit et mis en scène : Le Songe du géographe, M', Les Yeux sourds, Passages, … mais aussi adapté des textes contemporains comme Novecento d'Alessandro Baricco ou encore Le Lavoir de Dominique Durvin et Hélène Prévost.

    Au théâtre, Exilio est un récit (à deux voix) porté sur scène par deux personnages : Pablo et Miguel. Leurs voix sont devenues, dans l’ouvrage, le récit d’un seul homme « Pablo, l’homme ordinaire » et ce, à la demande de Jacques Aubergy, l'éditeur. Le texte est précédé de celui « Froid et silence de l’exil », préface écrite par le critique Bénito Pelegrin dont le site dérange mais reste accessible.

    Sur le Web, nous avons aussi trouvé un montage vidéo de présentation de la pièce « Exilio » à l’adresse ci-dessous :

    Blog de Mumu : Des mots, des photos, des vies…

    Sara Sonthonnax espère, avec son texte publié par les Editions L’atinoir, ne rien avoir trahi des réalités qui l’ont inspirée.  Elle nous fait vivre de l’intérieur la débâcle des Républicains, le choix forcé de l’exil et la déception de l’accueil des « Rojos » (comme les nommait le journal « Le Matin de Paris) par les autorités françaises qui ont séparé des familles et laissé des hommes parqués dans des camps, dont celui de la plage d’Argelés , malgré blessures,  privations et froid.
    A la mi-mars 1939, Dans  l’énorme camp de la plage d’Argelès-sur-Mer où sont internés près de 75.000 républicains espagnols. Capa décrit ce camp comme "un enfer sur le sable" : les hommes y (sur)vivent sous des tentes de fortune et des cabanes de paille n’offrant qu’une misérable protection contre le sable et le vent. Pour couronner le tout, il n’y a pas d’eau potable, seulement de l’eau saumâtre extraite de trous creusés dans le sable. Beaucoup sont morts en France. Les vivants sont restés en construisant d’abord sur le sable des baraquements de fortune et en donnant des noms aux lieux : «  Puerta del sol », « Ramblas » et même un « Barrio chino »… Ils s’organisent et, par la force de l’esprit, restent humains, des êtres pensants… Un groupe d’artistes et d’intellectuels, créent même un journal la « Barraca ». Certains ont ensuite émigré vers le Mexique et ont traversé l’océan… Parmi eux, Pablo qui s’interroge : «  dans cet océan qui sauve nos corps, nos rêves se noient. Et comment devenir sans rêves… saurons-nous un jour en inventer d’autres ? »

    L ‘Exilio se lit facilement par le rythme donné au récit mais ce n’est  pas une œuvre facile. Elle est ciselée jusque dans le récit de quelques anecdotes cruelles. L’auteure a sans aucun doute atteint son but car son texte (de fiction dans la forme) porte témoignage de plusieurs voix réunis en une seule, si vraie, si juste.

    A la fin de notre lecture, nous avons pensé une phrase d’Armand Gatti : " Sans écriture, pas de culture, pas de dignité…. les mots sont des armes…  On ne combat pas pour être libre, mais parce qu’on l’est déjà."  C’est la lecture des journaux et des lettres qui sauve de la bestialité les réfugiés espagnols d’Argelès… Pablo le dit. Son ami Miguel trouvera même un instituteur pour organiser des cours d’alphabétisation et de français dans le camp d'Argelès..

    Quelques extraits :

    "Miliciens républicains, socialistes, communistes, anarchistes ou venus des Brigades Internationales, nous avons tous lutté contre le fascisme."

    "Et devant la folie des actes peut-on sans cesse accepter l’impuissance des idées. La question se pose tous les jours."

    "Peut-être que vivre, c’est déjà vaincre…"

    "Image exacte de notre situation.
    Un morceau d’humanité à la dérive,
    Des naufragés entre deux continents."

    "Cris de perdition de ces hommes auxquels le vent
    arrache l’âme."

    "Le vent souffle ainsi des jours et des jours, des semaines."
    Il semble faire partie de la fatalité qui nous accable.
    On se résigne à en souffrir ou on désire en mourir."

    "Le sable s’infiltre partout
    Il dessèche, blesse, use, griffe, râpe."


    Jacques Aubergy, qui est éditeur ( Les Editions L’Atinoir ) et libraire ( Librairie de L’Ecailler,  2 rue Barbaroux 13001 Marseille ) nous annoncé la prochaine sortie dans la collection L’Atineur  d’un ouvrage de Paco Ignacio Taïbo II : Je paie pas le loyer, je fais grève !

    Dans la collection l’Atinoir,  nous avions déjà parlé des quatre premiers ouvrages dans différents articles que vous pouvez retrouver en cliquant sur les titres ci-dessous :



    Harrraga, Antonio Lorenzo ( Espagne )

    Le Linceul de vieux monde, Sébastien Rutès ( France )

    Almago dans ses brumes, Eduardo Monteverde ( Mexique )

    Fausse lumière, Juan Hernandez Luna. ( Mexique )


    Par ailleurs, dans la même collection, vont paraître :

    Iode, de  Juan Hernadez Luna ( Mexique )
    Saint Remède de Rafael Courtoisie ( Uruguay )
    Les Alabaniles deVicente Lenero  ( Mexique )




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