• Du néo polar au roman noir régionaliste

    Du néo –polar au roman noir régionaliste en Europe
    Polar marseillais et polar corse



    Roman noir régionaliste en Europe:

    C’est Manuel Vasquez Montalban, avec sa ville Barcelone, qui en a ouvert la voie dans les années 1970. Il est l’inventeur de Pépé Carvalho, personnage représentatif de la capitale catalane espagnole. Il a déclenché l’apparition d’une vague d’auteurs revendiquant leur identité, leur culture, leur ville… En premier lieu en France et en Italie. Le polar régional doit sans doute quelque chose au néo –polar, comme celui-ci doit beaucoup au Hard boiled… ainsi de suite, réciproquement et inversement…
    En Italie, Andrea Camilieri va même appeler son héros récurrent " Montabalno " en hommage à l’auteur catalan et en France, Jean-Claude Izzo va s’inspirer de Pépé Carvalho pour inventer Fabio Montale (Montale comme Montalban). Depuis lors d’autres auteurs ont émergé en Europe comme Petros Markaris en Grèce mais aussi, autour de la Méditerranée jusqu’au Maghreb comme Yasmina Khadra en Algérie, Driss au Maroc…

    En dehors de Montalban, Andréa Camilieri est l'auteur le plus lu en Italie. Son héros le commissaire Montalbano est un sicilien acharné à faire toute la lumière au bout de ses enquêtes. Son auteur n’a jamais caché que, depuis son enfance, il vouait un culte particulier au Commissaire Jules Maigret. Il a lu Simenon alors qu’il signe encore sous le nom de Georges Sim et qu’il était publié par un bimensuel italien, avant de découvrir une série complète des Maigret éditée par Mondadori, éditeur italien. Maigret est devenu un modèle pour son personnage de Montalbano.



    Définition de la littérature régionale par Elodie Charbonnier, docteur es Lettres modernes :

    Les écrits de Nathalie Caradec proposés dans une étude sur la littérature de Bretagne illustrent parfaitement la difficulté de donner une définition, ne serait-ce qu’à l’échelle d’une seule région :

    - Nous considérons la littérature bretonne de langue française comme si l’ensemble ainsi défini allait de soi, pourtant nous ne pouvons pas éviter le débat lancé depuis une trentaine d’années sur cette terminologie. En effet, dans les années 1970, la discussion a été ouverte dans les colonnes de la revue Bretagne. Cette revue littéraire et politique a soulevé un certain nombre de questions et cherché des critères pour caractériser cette littérature. […] Plus récemment, Pascal Rannou s’est penché sur le sujet […]. En 1993, il retrace la chronologie de ce débat inachevé et problématique. Quelques années plus tard, Marc Gontard souligne la "difficulté de mettre en œuvre des critères décisifs de détermination " mais essaie de trouver "un certain nombre d’indices, thématiques ou formels, spécifiques d’un imaginaire ou d’une pratique textuelle, qui [lui] semblent caractériser cet ensemble nécessairement "pluriel " […] pour lequel on peut revendiquer le nom de littérature bretonne de langue française. " Plus récemment, Marc GONTARD considère que l’expression désigne "toute pratique textuelle où la question de l’identité, comme patrimoine culturel, travaille la question de l’écriture. "

    Privilégiant l’expression "littérature régionale " et non "régionaliste ", toute connotation à caractère uniquement politique est donc exclue de cette étude. J’entends ainsi parler d’une littérature en région et non pas seulement d’un mouvement littéraire revendicateur ou contestataire. Néanmoins, la question de l’identité régionale reviendra obligatoirement dès lors que nous nous attacherons à l’étude de régions comme la Corse, la Bretagne ou le Pays basque.

    Si la littérature se décline en plusieurs genres reconnus, la "littérature régionale " n’en fait pas partie. Pourtant, il s’agit bien d’une forme littéraire particulière se distinguant du roman ou de la nouvelle généraliste. Présente au cœur de nos terres, cette littérature porte en elle une culture et retranscrit l’âme de sa région. Certes, notre étude ne portera pas sur les langues régionales mais il est indéniable que cette littérature contient des particularismes linguistiques propres au régionalisme. Ainsi, les nombreuses expressions linguistiques régionales ne sont guère employées dans la littérature dite "généraliste ". De fait, il ne faut pas ignorer les spécificités propres à chacune de ces régions pour les englober dans une unicité nationale.

    La littérature corse résulte des pratiques ancestrales d’une littérature orale. Ayant subi des transformations constantes par l’alphabétisation et l’apparition de supports écrits ou audiovisuels, elle conserve encore aujourd’hui les traces de son histoire. Ainsi, certaines pratiques des littératures orales se sont donc transformées en littératures écrites ou même chantées. Evidemment, toutes les régions françaises ne revendiquent pas autant les questions identitaires que la Corse, l’Alsace ou bien la Bretagne. Néanmoins, toutes les régions possèdent une identité, une histoire et des particularismes propres parfaitement représentés par la littérature régionale.

    Garante de la conservation et de la protection d’un patrimoine culturel, la "littérature régionale " devrait être au cœur de certaines préoccupations. En effet, à l’heure de la mondialisation, nombreuses sont les entreprises réalisées pour préserver les régions d’une unicité nationale ôtant toutes les spécificités locales. Ainsi, la démarche de reconnaissance d’une littérature régionale en tant que telle s’inscrit dans le contexte actuel de conservation de l’identité des minorités culturelles.

    Souvent jugée péjorativement et réduite au simple folklore local, la "littérature régionale " est pourtant un genre abondant qui concerne de nombreux acteurs du livre. Il répond ainsi à une demande d’un public soucieux de se rapprocher de sa région, de sa culture.

    " [C]’est au moment fort [d’une] prise de conscience que la littérature régionale émerge de par la volonté d’un groupe qui la voit comme un bien collectif important à revendiquer et à développer ". La littérature régionale, liée au développement et à la survie du groupe qu’elle représente, "vivraa plus ou moins dans la mesure où elle accompagnera ce groupe dans son cheminement historique ".

    " Je considère comme littérature régionale tout ouvrage littéraire de langue française affichant un rapport à sa région et édité dans celle-ci.  Le choix des auteurs régionaux est le premier critère de sélection des ouvrages. Selon moi, l’auteur ne doit pas nécessairement être issu de la région dont il s’inspire, ni forcément y écrire, pour l’utiliser à des fins littéraires. Dans l’objet de ma problématique, il semble moins intéressant de considérer comme écrivain régional l’auteur qui possède ses racines en région, qui y écrit et y est édité mais qui n’y s’y réfère jamais.  Différentes thématiques permettent de situer les ouvrages littéraires régionaux. Utiliser la région comme lieu d’action romanesque est une première possibilité ; ainsi, elle apparaît comme un repère géographique et culturel pour l’auteur mais aussi pour le lecteur. L’intervention d’un folklore régional incluant contes et légendes populaires est un autre moyen de "régionaliser " son ouvrage tout comme l’utilisation de la mémoire collective ; par cette dernière, j’entends parler des ouvrages littéraires liés à une histoire locale touchant des événements comme la Résistance en Alsace au cours de la seconde Guerre Mondiale ou le Débarquement en Normandie ", conclue Mlle Elodie CHARBONNIER.
     

    Le polar marseillais :

    " Marseille est très loin de la France profonde engourdie dans ses principes. Métropole orientale, flibustière et vaguement métèque, elle présente le visage ambigu d’un monde pétri de misères et d’ambition " M. Gouiran, auteur marseillais.
    Si Jean-Claude Izzo a fait monter le polar marseillais à Paris et si Philippe Carrèse peut mettre en avant la publication de " Trois jours d’engatse " (Collection Misteri de l’Editeur corse Méditorial) antérieure à celle de Total Khéops (1995), ce débat sur l’antériorité des uns et des autres car il faut remonter beaucoup plus loin. Il faut remonter avant la première guerre mondiale pour retrouver les pionniers de ce polar régional : Pierre Yrondy et  Jean-Toussaint Samat.

    Marius Pegomas , détective marseillais crée par Pierre Yrondy :
    Son créateur Pierre Yrondy a créé ce personnage récurrent qui a fait l’objet de la parution de 35 fascicules connus aux Editions Baudinière. Tel qu’il apparaissait en illustration, il s’agit d’un personnage faisant les 30 à 40 ans, cheveux noir coupés courts et coiffés vers l’avant, portant une petite moustache bicéphale et une barbichette partant en pointe du milieu de la lèvre supérieure pour s’évaser sur le menton. Il a les yeux bleus très clairs, sourcils, barbes et moustaches soignés, le visage rond, le nez plongeant et fin. De ses lèvres bien dessinées, sort une pipe droite qu’il serre dans ses dents, crispant donc les mâchoires, ce qui a pour effet de faire descendre les commissures des lèvres donnant à la bouche une impression de sourire inversé, alors que le front fuyant marqué par quelques rides est soucieux.
    Les 35 fascicules, publiés en 1936 par L’éditeur Baudinière, étaient vendus 1 franc. Nous avons retrouvé les titres :
    - les gangsters de la joliette – Le crime de l’Etang de Berre – Le trafiquant d’opium – Ficelé sur le rail – L’ogresse de la Canebière – L’étrange aventure de M. Toc – Les bijoux de Lady Merry – L’énigme de Monte Carlo – La terreur d’Aubagne – Un drame au Palis du Cristal – Le naufrage du Sphinx – Un vol de 3 millions – L’aveugle de N-D de la Garde – Le bout de cigare – Une disparition de Bourse – Un mariage tragique – Le Mystère du cabanon – Le revenant d’Aix – Les ciseaux d’argent – Le moulin sanglant – Les incendiaires de La Ciotat – Le doigt coupe – Le Roi de la neige – Une macabre distribution – Le vampire de Martigues – Un cimetière dans le jardin – Le sourire de mort – Un enlèvement audacieux – Le cœur percé – Le village malade – Le Tyran de Nîmes – Une atroce machination - Le laboratoire diabolique – Un dangereux bandit.

    Jean Toussaint SAMAT et ses polars régionaux :
    Un auteur contemporain marseillais Jean Contrucci a obtenu le prix de roman policier Jean -Toussaint SAMAT en 2003 avec son roman " L’énigme de la Blancarde ". Ce prix est un hommage au père des romans polars marseillais puisqu’il a publié son premier opus " L’horrible mort de Miss Gildchrist " en 1932 avec lequel il fut lauréat du prix du roman d’aventure. En 1928, il avait déjà co-écrit un ouvrage engagé sur les trafics d’armes et d’hommes sous le titre " Aux frontières de l’Ethiopie ". Après son premier roman, il enchaîne les titres avec d’abord " Circuit fermé " en 1933. Il écrit deux romans d’espionnage en 1934 : " Les espionnes nues " et " L’espionne au corps bronzé ". Il revient au roman policier en 1935 avec " Circuit fermé " et " Le mystère du Mas piégé ". En 1946, il publie plusieurs polars : "La mort du vieux chemin", "Le mort de la Canebière ", " Le mort à la fenêtre" et " Le mort du vendredi saint"; en 1947 " Erreurs de caisse " ; en 1949 " Le mort et la fille " ; en 1950 " Concerto pour meurtre et orchestre ", qui a été récemment repris en feuilleton par le Journal littéraire (2004-2005). Il a publié la plupart de ses romans policiers dans la collection "Cagoule" des Editions La Bruyère. Nous avons retrouvé une édition de " Le mort de la Canebière ", Les Editions de France avec en première page la contre indication " … à ne pas lire la nuit ! ".

    Et quelques décennies plus tard…
    " Le terme de polar marseillais recouvre une production très hétérogène et n’a donc aucune signification. Par contre, compte tenu de la publication foisonnante de romans noirs sur Marseille… nous pouvons nous interroger sur les raisons de cet engouement… Pour le polar, Marseille est plus qu’un décor, c’est souvent une héroïne (sans mauvais jeu de mot) parce que cette ville possède, pour des raisons à la fois historiques, économiques, sociologiques et politiques, tous les ingrédients du (bon) roman noir… explique Maurice Gouiran dans un article consacré au polar de la revue culturelle de la ville de Marseille n°213 de juin 2006. Les raisons sont les nombreuses migrations avec la constitution de familles, de clans avec des éléments au sang chauffé par le soleil qui exacerbe les haines et les passions dans la tradition méditerranéenne entre esbroufe et obstination, fraternité et conflits, vengeance et violence sur fond de misère sociale avec des poussées xénophobes dans des relations intercommunautaires pourtant paisibles. Une ville, terre de drames et de tragédies, donc de littérature noire.

    Un arrêt sur Jean-Claude Izzo :
    Marseille est resté le point fixe de Jean-Claude Izzo.. " son biotope, l’épicentre de sa destinée personnelle et littéraire ", écrit Daniel Armographe dans la même revue. Jean-Claude Izzo qui a fait monter le polar " marseillais " à Paris, a tracé les chemins de sa géographie humaine de Marseille et, poète sur les traces de Rimbaud, en a saisi l’âme. Le photographe Daniel Mordzinski a fait des photographies de Marseille dans un ouvrage Le Marseille d’Izzo avec des textes d’Izzo
    L’éditeur Gallimard a sorti en juin 2006 la Trilogie de Fabien Montale dans la collection Folio, préfacée par Nadia Dhoukar qui avait déjà présenté une thèse de littérature française sur le pouvoir de fascination du personnage dans le roman policier, à partir des personnages d’Arsène Lupin, de Jules Maigret et de Nestor Burma. Captivée par les personnages récurrents du roman policier, c’est naturellement qu’elle a croisé le chemin de Fabio Montale. A signaler le prix : 10 euros.

    Quelques éditeurs : Editions L’Ecailler du Sud, Edition Jigal, Editions Autres temps…
    Quelques auteurs actuels: Philippe Carrese, François Thomazeau, Jean Contrucci, Maurice Gouiran, Gilles Del Papas , Michel Jacquet, g-m Bon, Serge Scotto, Jean-Paul Delfino, René Merle…
    Site et évènements : Pour les Marseillais et les visiteurs, nous signalons la présence d’une association " Pole art marseillais – polar marseillais " avec son site : http://www.lepolartmarseillais.com
    Cette association organise des mardis littéraires au restaurant Le Corléone, rue sainte à Marseille et l’évènement " Le balcon marseillais du polar



    Le polar corse :

    Dans une anthologie présentée par Roger Martin, on peut lire au sujet du genre policier comme étant universel : " Cette universalité –société, police, crime, nature humaine – permet d’avancer que le genre policier, qu’il soit français, anglais, espagnol, russe ou japonais, s’abreuve à des sources communes, auxquelles bien entendu, il convient d’ajouter celles propre au génie et à l’histoire de chaque peuple "

    Avant le western et le roman policier, c’était le roman d’aventure, de cape et d’épée, qui avait les faveurs du lectorat populaire. Un auteur corse y avait excellé avec son personnage du chevalier Pardaillan, il s’agit de Michel ZEVACO né à Ajaccio (1860), mort à Eaubonne (Val d'Oise, 1918). Militant, Zévaco se présente aux élections législatives de 1889, fonde des syndicats, et il sait se servir de sa plume pour faire passer ses idées (un article écrit contre le Ministre de l’Intérieur lui valut quatre mois de prison, séjour qui sera suivi d’un autre, pour raisons politiques également, quelques années plus tard). Sartre, qui le présente à plusieurs reprises comme l'un des auteurs qui ont le plus influencé sa carrière d'écrivain, le décrit comme un "auteur de génie [qui], sous l'influence de Hugo, avait inventé le roman de cape et d'épée républicain. Ses héros représentaient le peuple; ils faisaient et défaisaient les empires, prédisaient dès le XIVème siècle la Révolution française, protégeaient par bonté d'âme des rois enfants ou des rois fous contre leurs ministres, souffletaient les rois méchants" (Les mots). Pour Zévaco, l’Histoire semble souvent un moyen commode de critiquer les mœurs et la politique de son époque. Le personnage de Pardaillan en témoigne, qui affiche volontiers ses opinions républicaines et anticléricales., Il a été feuilletoniste au journal Le Matin à partir de 1906, avec Gaston Leroux (à qui l’on doit la série des Rouletabille, L’épouse du soleil ou le fameux Fantôme de l’opéra).

    En France, alors que le polar devient un genre littéraire répandu chez les lecteurs, les auteurs et les éditeurs, le polar reste cantonné longtemps dans la capitale ou bien à l’étranger car les éditeurs choisissent de traduire les grands auteurs anglo-saxons. Dans ce contexte jacobin, un Corse, José GIOVANNI, pourtant montagnard, va devenir un auteur et un cinéaste célèbre. Ancien taulard, il va exceller dans le genre.

    Zevaco et Giovanni ont écrit sans référence avec leurs origines insulaires.

    La Corse est une terre de romans noirs et de polars. Dernièrement, un hebdomadaire publiait un article "Terreur sur Ajaccio " sous-titre " Le gang qui fait trembler la Corse ". La première phrase est " Ils sont tous des enfants du cru et forment le noyau dur de la bande du Petit bar. Des tueurs sanguinaires… " N’y a-t-il pas là le titre et le début d’un polar bien noir avec des héros hard boiled ? On y trouve même des idées de dialogue : " Hep, salut ! Je t’aurais bien offert un café… - Vaut mieux pas s’attarder aux terrasses de bistrot en ce moment, c’est trop risqué !... " La suite de l’article qui relate la réalité d’une série d’assassinats qui serait la suite d’une lutte sanglante entre bandes rivales venant déranger les vieux truands jusque dans leur " semi -retraite " ( Le point , du 19 octobre 2006 ).

    Depuis quelques années, on a vu émerger le polar de terroir qui existait pourtant depuis de nombreuses années. Alors que Marseille et la Corse ont alimenté l’imaginaire de bon nombre d’auteurs et de cinéastes, mais il faudra attendre 1995 et Jean-Claude IZZO pour consacrer le polar marseillais en le faisant connaître à Paris.

    Et la Corse ? A la même époque, un Editeur ajaccien, Les Editions MEDITORIAL, avait créé une " collection Misteri " qui a édité, entre autres, Philippe CARRESE et François THOMAZEAU. Tous les deux font partie aujourd’hui des auteurs de polars connus. " Les trois jours d’engatse " de CARRESE a été d’abord édité dans la collection " Mistéri " en 1994 (un an avant TOTAL KEOPS qui a fait émerger le polar marseillais ), puis réédité au " FLEUVE NOIR " en 1995. François THOMAZEAU est l’auteur de plusieurs polars édités dans la collection Misteri et a créé, avec deux autres auteurs, " L’écailler du Sud ", éditeur marseillais qui obtient un réel succès. Les premiers polars de THOMAZEAU de la collection Misteri ont été réédités par LIBRIO. L’éditeur ajaccien MEDITORIAL a fait connaître aussi des auteurs corses comme Ange MORELLI, Elisabeth MILLELIRI et Marie-Hélène COTONI.

    Depuis lors, si quelques auteurs de polars corses ont été édités, il n’existait plus de série noire insulaire. Enfin, les éditions ALBIANA ont lancé, en 2004, leur collection " Néra " qui compte déjà plusieurs polars dans son catalogue. Elles éditent quatre à cinq polars par an. La relève est assurée. Des auteurs corses se ré –approprient la Corse noire. L’éditeur ajaccien écrit : " Qui douterait encore que la Corse ne soit malheureusement définitivement, une terre de polar et de romans noirs ?... La collection Nera ouvre les portes des bas-fonds du crime avec l’aide des auteurs insulaires… Elle propose de donner à lire cette profonde noirceur, ce goût pour le drame et la mort chevillé à l’âme, avec l’indispensable dimension littéraire qui seule peut rendre justice des mécanismes à l’œuvre. Loin des clichés, jouant parfois avec eux, elle ouvre des espaces de pensée d’autant plus efficaces qu’ils viennent de l’intérieur de la société, des meurtrissures vécues enfin domptées par l’écriture. Néra est une jalousie précautionneusement ouverte sur la rue, sur la vie insulaire, ce que l’on voit et qui ne se dit pas… " (Il faut lire l’interview de Bernard BIANCARELLI par Joël JEGOUZO sur le site www.noircommepolar.com )

    Des auteurs de nouvelles, précurseurs du polar et du roman noir, se sont inspirés de la " légende noire de la criminalité insulaire ". Librio a publié un recueil où l’on retrouve Mérimée, Balzac, Flaubert, Saint Hilaire, Gaston Leroux et deux Corses Pierre BONARDI et Jacques MONDOLONI, auteur par la suite de polars, comme " Corsica Blues " paru en 1996.

    Ainsi, depuis quelques années, est née la Noire corse avec des auteurs comme Francis ZAMPONI, Jean-Paul BRIGHELLI, Jean-Marie COMITI, Jean-Pierre SANTINI , Alexandre DOMINATI, Ange MORELLI, Daniel PIANI, Jean-Louis ANDREANI, Jean-Pierre ORSI et d’autres. Il est dommages que Elisabeth MILLELIRI ne se commette plus dans le genre. Un homonyme vient de prendre la relève en 2006, Paul MILLELIRI qui a écrit son premier polar " Pace è Salute " aux éditions Albiana, mais déjà auteur de cette édition dans d’autres genres.

    Les éditeurs corses de polars : Editions Albiana (collection Nera), DCL, Editions La Marge, Colonna Editions… et Méditorial qui a cessé son activité.

    Editions Albiana et la collection " Nera " - Déclarations de M. Bernard Biancarelli, directeur de la colection, :
    - " Albiana existe depuis plus de vingt ans, c'est dire qu'elle est née en plein cœur du mouvement culturel appelé en Corse U Riacquistu (la ré-appropriation). Elle a d'ailleurs signé son entrée dans le monde éditorial par un monumental dictionnaire Corse/français en quatre volumes (suivi par de la poésie en langue corse !). Cette participation proclamée et assumée à un fort mouvement culturel - caractérisé dans les esprits par l'éclat soudain mondial des fameuses polyphonies - a procédé en quelque sorte de la même approche : inventorier le patrimoine, ré-étayer les fondements et puis enfin ouvrir les champs de la création. Dans un cadre où la langue par exemple avait été très peu écrite jusqu'à présent - pour des raisons historiques et politiques que tout le monde désormais connaît - c'était une vraie gageure que de se mettre soudainement à écrire, à créer et, évidemment, à publier en corse. En ce sens, les éditeurs historiques dont font partie les éditions Albiana, ont grandement aidé à l'expression telle qu'on la connaît aujourd'hui. Ils ont fait non seulement œuvre utile mais aussi, et surtout, œuvre nécessaire, et dans des conditions politiques qui n’ étaient pas les meilleures. Je le dis d'autant plus librement qu'à l'époque je n'étais pas concerné, sauf en tant que lecteur. Il est évident que les conditions ont évolué et que nous serions bien en peine de dire si celles d'aujourd'hui sont vraiment meilleures. Albiana, au bout d'un parcours de vingt ans, c'est une quarantaine de livres par an, un catalogue de plus de trois cent titres. C'est dire que le pourquoi de son existence aujourd'hui est devenu beaucoup plus simple à définir : une présence essentielle dans le panorama culturel insulaire à la fois comme médiateur de culture, passeur si l'on préfère, espace de création et d'invention, lieu de soutien à l'expression (notamment en langue corse). Tout cela adossé bien sûr à une structure d'entreprise importante à l'échelle insulaire (un secteur distribution, un secteur commercial, un atelier graphique et maintenant la grande librairie La Marge, forment un ensemble dont le secteur édition est le noyau de départ)

    - La collection noire, j'en rêvais depuis mon arrivée aux éditions Albiana (en 1998). Mais il existait déjà un éditeur à Ajaccio quasiment spécialisé dans le noir (Méditorial) et plutôt bon dans ses choix (il fut l'éditeur de Thomazeau par exemple, qui a ensuite fondé " L'écaillers du Sud ", une petite maison du Noir qui monte, qui monte,…). Sa collection était bien implantée et puis on ne marche pas sur les plates-bandes de quelqu'un que l'on connaît et que l'on respecte. Bref, nous étions restés en retrait. Son arrêt et notre envie toujours présente ont permis d'ouvrir le chantier. La collection Nera permettait aussi de dynamiser notre ligne éditoriale, de signaler au public que nous étions toujours en évolution et prêts pour les aventures. Nous avions au cours des années précédentes pris des risques éditoriaux chaque année, en publiant notamment pas mal de premiers romans ou des recueils de nouvelles, en dépit des préventions largement répandues dans la profession à ce sujet. Nombreux sont assez durs et violents, sans concession souvent pour le petit monde dans lequel nous vivons, mais ce qui selon moi les caractérise, c'est qu'ils ont laissé de côté le victimisme et le désir de justification, le pamphlet ou l'explication de texte, notamment du " problème corse " qui sont autant de pertes de temps et qui éloignent fatalement de la littérature. Il s'agit d'un vrai mouvement qui est la mutation du "Riacquistu " dont je parlais précédemment. Une attention soudaine pour la Corse d'aujourd'hui (ni celle d'hier, ni celle que désire l'Autre - ou que nous croyons qu'il désire - ni celle des cartes postales, ni celle des chromos) s'est manifestée et il nous a juste fallu aider à l'éclosion. La collection noire est évidemment pour nous un des outils qui nous manquaient pour aider à cet avènement. Et je peux certifier que son apparition a donné un coup de fouet qui s'est traduit par l'arrivée d'un grand nombre de manuscrits. Non seulement la collection Nera était profondément désirée chez nous, mais elle était probablement attendue par les auteurs - et certainement aussi par les lecteurs qui lui ont réservé un très bon accueil "

    La Maison Albiana a maintenant ses auteurs comme Jean-Pierre Santini, Alexandre Dominati, Pierre Larminier, Jean-Marie Comiti, Pierre Lepidi... Avec deux nouveaux dans la collection noire en 2006, Paul Milleliri (Pace è Salute) et Kentaro Okuba (Evanescence de l’hiver).

    Ancienne collection " Misteri " de MEDITORIAL :
    Un pionnier de la Noire made in Corsica.- Si nous connaissons les carrières poursuivies par ces auteurs découverts par l’Editeur Méditorial, nous ignorons le parcours de l’Editeur inspiré, après sa cessation d’activité. Il s’agit de Paul-André BUNGELMI.
    Il y avait Misteri dans l’édition corse. Il s’agissait d’une collection de l’Editeur Méditorial qui a publié des polars corses dans les années 1990, d’excellents polars commis par des auteurs ayant pour la plupart fait leur chemin. J’ai lu huit de ces bouquins que j’ai le plaisir de citer :
    - Comme un chien dans la vigne et caveau de famille, écrits par Elisabeth Milleliri
    - La moisson ardente et raison d’état, écrits par Archange Morelli
    - Trois jours d’engatze, écrit par Philippe Carrese
    - La faute à Déguin et Qui a tué monsieur cul, écrits par Philippe Thomazeau..
    Voilà, ce que deux auteurs en ont dit :
    Philippe Carrese
    A l’époque (1992), j’ai envoyé le manuscrit à plus de trente maisons d’édition, y compris "Fleuve Noir". Tous l’ont refusé. J’ai croisé Paul André Bungelmi, en corse, un type adorable qui me l’a pris mais qui a été dépassé par le succès du livre. Fleuve Noir a repris la suite en moins de quinze jours. Paul André est un vrai méditerranéen, il a tout de suite tout compris, tout mon coté "sudiste" que pas mal de parisiens ont encore beaucoup de mal à cerner.
    François Thomazeau
    Je ne connaissais Carrese que de nom et j'ai atterri chez Méditorial parce que ma mère avait vu un reportage sur "Trois jours d'engatse" sur France 3 Marseille. C'est elle qui m'a forcé à envoyer le manuscrit de Dégun à Méditorial. Comme Carrese, je ne rendrai jamais assez hommage au patron de cette maison, Paul-André Bungelmi, un honnête homme comme on n'en fait plus. Il a arrêté l'édition faute d'argent et tient un bar de nuit extrêmement sympa à Ajaccio. On amène sa bouffe, y a une cheminée au fond pour faire cuire le rata, et lui fait payer le vin.".
     
    A suivre… des auteurs corses de polar.
     

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :