• Du journalisme au polar: Bernard Oustrières et Thierry Maugenest.

    Du journalisme au polar:

    En introduction, nous rapportons un scoop médiatico-littéraire :


    Selon un article relevé en août dernier  sur un blog tenu par un policier syndicaliste, Francis Zamponi, journaliste-écrivain aurait participé à l’écriture d’un livre dont l’auteur est Roger Marion , ancien chef de la DNAT chargé d'une partie de l'enquête sur l’assassinat du Préfet Erignac. Le titre en serait " On m’appelle Aigle 4", une allusion à un jeu de mot le concernant, en anglais Aigle 4 se dit "eagle four" et donc phonétiquement , cela donne " Il gueule fort ". Cet ouvrage retracerait sa carrière avec l’évocation des affaires médiatisées. Il serait aussi une mise au point pour contrer le livre " Place Beauvau " portant contre l’ex- commissaire de police devenu Préfet, des accusations relayées par la Presse. Francis Zamponi est l’auteur de plusieurs romans noirs dont Le colonnel qui a fait l’objet d’une adaptation cinématographique par Costa Gavras. Que penser de cette collaboration ? Le Préfet a-t-il eu besoin du journaliste ou du romancier ? Vérité documentée ou vérité romanesque? Nous attendrons la parution pour en savoir plus. Elle est prévue pourt le 22 novembre prochain aux Editions du Seuil.
    Adresse du scoop :
    http://berthomet-le-blog.blog.20minutes.fr/tag/Zamponi

    Pour Alain Bévérini, le polar se rapproche du journalisme, des faits divers que l'on retrouve dans les colonnes de Libé. " Raconter ce qui se passe dans la rue est bien plus intéressant que d'inventer une histoire à combines avec une succession d'énigmes. " L'énigme d'ailleurs n'est qu'un prétexte. Pour lui ce qui importe, c'est la critique sociale et les bleus à l'âme. Rien d'étonnant à ce qu'il ait adapté au cinéma Total Khéops de Jean-Claude Izzo. Comme l'auteur, il est originaire de Marseille et connaît les décors, " ces Marseillais qui se traînent et le flou moral qui entoure la ville ".

    Le 27 octobre dernier à 17 Heures, à l’Alcazar de Marseille, " Les cahiers du Sud de l’Ecailler du sud " ont organisé, comme ils vont le faire une fois par mois avec d’autres invités, une rencontre des littératures policières avec Bruno Aubry et Jean Contrucci. Cette conférence-débat portait sur le thème : du journalisme à l’écriture de polar. François Thomazeau, co-éditeur à l’Ecailler du Sud, y jouait le rôle du modérateur éclairé, puisque lui-même est écrivain et auteur de polars.

    Bruno Aubry, qui a travaillé notamment pour l’agence Reuters et a été le correspondant en Provence de plusieurs titres parisiens, est l’auteur d’un livre-document sur le grand banditisme en Provence. C’est de ce livre, " Les parrains de la Côte ", actuellement réédité, que les réalisateurs Thierry Aguila et Philippe Carrese se sont inspirés pour la série documentaire diffusée sur France 3 Méditerranée et portant également le titre " Les parrains de la Côte ". Le journaliste est donc passé au livre-document mais pas encore à la fiction.


    Jean Contrucci, après avoir fait une carrière complète au sein du quotidien Le Provençal, a troqué les colonnes du journal pour les pages de ses romans. Il continue toutefois à écrire des articles de " critique littéraire ". Il est l’auteur d’une série à succès bien connue, " Les nouveaux mystères de Marseille ", publiée chez Lattès, qui met en scène des faits divers de la fin du XIXème siècle, et de plusieurs autres romans, dont " Comme un cheval fourbu ", récemment réédité par L’écailler.

    Ces deux auteurs ont été imprégnés toute leur vie durant de l’état d’esprit du journaliste, pour autant ils n’ont pas résisté au désir d’aller au-delà, et la question se pose de savoir pourquoi et comment tant de journalistes traitent un jour ou l’autre des phénomènes de société, de la justice ou des faits divers à travers d’autres supports que leurs propres organes de presse.

    Pour certains journalistes, c’est le journalisme qui les a rapprochés du polar, comme Jean Contrucci. Ce dernier remonte le temps noir dans la bible jusqu’à la genèse… " Dès que nous ( entendre " l’humanité ") avons été quatre, il y a eu un meurtre. Cain a tué Abel ". Dans sa série inspirée des faits divers qui ont jalonné l’histoire de Marseille à la fin du 19ème siècle, il reprend des enquêtes au bout desquelles une vérité restent à trouver et, par la fiction, il propose sa vérité romanesque pour qu’elles aient une fin subjective mais appropriée à l’objectivité qui convient à l’intrigue. Reste à savoir si cet auteur prolixe ne va pas entamer une série " Mystères ", après celui de la création, sur les assassinats relatés dans la bible en commençant par nous révéler que Cain était innocent et nous fournir une vérité non biblique. Pour lui, le journalisme et l’écriture de romans sont à la fois parallèles et complémentaires : Ils ne sont le résultat d’aucune dicotomie de sa personnalité. Il n’y a qu’une seule évidence : le plaisir d’écrire au contact de réalités humaines.

    Ainsi le polar s’inspirerait naturellement des faits divers régulièrement médiatisés et en serait le prolongement romanesque. Certains journalistes expliquent que, contraints à faire court par leurs rédacteurs en chef, le roman leur offre à contrario la liberté de faire long. Au centre de leurs discours, émerge rapidement le problème de la vérité et de l’objectivité. " Etre objectif " apparaît un idéal plus qu’une réalité. Une anecdote attribuait à un rédacteur en chef les consignes suivantes : " Une phrase se compose d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Si vous mettez un adverbe, vous êtes virés ! Pour les adjectifs... consultez moi ! ".

    Dans le domaine de l'information et du journalisme, l'objectivité est donc un idéal jamais atteint. En effet, sans parler des pièges subjectifs du langage, elle dépend non seulement de la manière dont les informations sont traitées, mais aussi du choix des informations et de l'importance relative qui leur est accordée. Il est outre difficile pour le journaliste, comme pour tout rédacteur, de s'abstraire d'un certain nombre d'influences liées à son milieu, son éducation, son pays d'origine, etc. Elle suppose en outre une connaissance parfaite et complète du sujet et de tous ses paramètres explicatifs, condition qui est, la plupart du temps impossible à satisfaire en pratique.

    Les journalistes conviennent qu'il est impossible d'aboutir à une objectivité totale dans le traitement de l'actualité. L'urgence de la publication, la complexité des faits traités, l'absence d'expertise des journalistes généralistes ne permettent pas de garantir l'objectivité absolue des informations divulguées. Aussi des règles éthiques ont-elles été mises en place pour limiter les dérives. L'une d'elles fait la distinction entre l'article factuel (qui se borne à rapporter faits, citations et détails pratiques) et l'éditorial. L'éditorial est un article de commentaires dans lequel un journaliste (souvent une plume reconnue par la profession ou le grand public) s'engage en proposant une analyse ou une interprétation des faits qui n'engage que lui. Les grands journaux nationaux et régionaux ont leurs éditorialistes attitrés dont la fonction n'est plus de rapporter les faits mais d'en proposer une lecture, parfois orientée politiquement ou philosophiquement.

    Tout démarche objective doit assumer sa part de subjectivité. Dans la fiction noire, ce n’est plus la réalité vraie qui est recherchée. Il n’y a plus besoin de preuves. L’auteur veut donner de la chair aux personnages et du sens au récit en touchant les consciences. Les polardeux, qui proviennent de métiers au contact des faits divers, ne pouvaient, dans leurs fonctions, donner du sens à des faits que ce soit dans un rapport de police, une ordonnance de renvoi ou un article de presse. Il n’est donc pas étonnant de retrouver parmi les auteurs de polars des flics, des magistrats et des journalistes. Ils se libèrent du carcan professionnel et, devant la page blanche, les seuls impératifs sont alors littéraires. Le noyau dur est l’intrigue tout en faisant la part belle à l’anecdote. Ils auront la liberté d’évoquer tous les aspects qu’ils soient sociaux, culturels ou politiques. A l’opposé des communiqués de Presse, ils pourront aller à la périphérie des faits et dans la chair des acteurs, en relatant ainsi une vérité romanesque plus proche de la complexité des réalités humaines et sociales. Ils peuvent développer à loisir leur vérité qui est la somme de leur expérience et de leur réflexion.

    Journalisme et polar… voilà une dualité fréquente dans le monde des polardeux qui sont souvent des journaleux passés à la fiction. Bernard Oustrières et Thierry Maugenest en font aussi partie. Ils vivent et écrivent en Province, dans le Midi de la France.




    Bernard Oustrières :

    Journaliste depuis 42 ans, Bernard Oustrières a successivement appartenu aux rédactions de La Marseillaise, Var-Matin, Le Soir tout en développant sa collaboration à France-Soir et au Figaro (sous le pseudonyme anagrammatique de Robert des Nauriers). Free-lance depuis 1998, il publie des reportages dans le Figaro Magazine, VSD, Marianne et la revue Pays de Provence. Il est l’auteur d’une dizaine de romans au nombre desquels figurent Atocha (2006). " Le journalisme m’a nourri et me nourrit encore mais tend à me fatiguer. Tandis que l’écriture romanesque me repose, dit-il .".

    Bernard Oustrières, né en 1948 dans un autre Midi, est un Varois d'adoption ; Aujourd'hui free-lance, il collabore à de nombreux journaux et revues. Il a vécu à Marseille, y a exercé et y effectue toujours de fréquents séjours dans le cadre de ses activités professionnelles. Il connaît donc la ville, à la fois de l'intérieur et de l'extérieur, ce qui le rend apte à porter sur elle des regards alternatifs. Si vous lui demandez : Le "polar" c'est quoi pour vous ? Il répond : Une friandise quand il est signé d’un bon auteur. Une récréation délectable. Quelque chose comme un savoureux sandwich accompagné d’un demi de bière au bord d’une route de vacances. Ses romans policiers vont du "whodunit" au roman d’action et nous avons choisi de vous en présenter cinq :



    Tableaux noirs au Musée d’Orsay aux Editions Autres-temps (juin 2007)

    Commentaire d’un lecteur : Un commissaire poli, élégant, maniéré, très british, ... on est très loin des commissaires Maigret et Moulin! La perfection du personnage principal (qui peut paraître écœurante dans les premières pages) n'est en fait qu'une technique d'écriture pour mieux laisser paraître les sentiments du personnage, son ambiance, ses pensées intimes, ... Et alors là, cela devient du génie. Petit à petit, on finit par voir au travers de ses yeux. Vous penserez à ma critique, j'en suis sûr, en regardant une vieille dame traverser une rue... Mais je n'en dis pas plus. L'intrigue policière est excellente, mais ce n'est pas là l'aspect le plus intéressant du livre, que l'on lit d'une traite.

    Bernard Oustrières sait dépayser son lecteur. En l’emmenant d’abord de la Provence au cœur de Manhattan ou de Rome, jusqu’à la Rivièra et aux îles Borromées. En le promenant ensuite entre doutes et certitudes. En faisant de lui le témoin par excellence, tour à tour du côté des accusateurs, de l’accusé, de la victime et du bourreau. Embarquement immédiat pour un roman haletant aux personnages énigmatiques

    Atocha aux Editions Transbordeurs(2006):

    Passionnant road movie sudiste, Atocha nous entraîne des routes de France jusqu’à Lisbonne, Madrid, Bilbao.

    Roland, professeur d’espagnol quadragénaire, voue une passion secrète à Marianne, son amie d’enfance, devenue médecin psychiatre. Plutôt que de lui prescrire des antidépresseurs pour surmonter son spleen, celle-ci l’incite à partir en voyage.
    Mais l’un de ses patients psychopathes, également amoureux d’elle, veut se venger de ce rival. Une folle course poursuite s’engage… Fuyant à la fois le tueur et ses propres démons, Roland arrive à Madrid par le train le jour des attentats du 11 mars 2004. Peu à peu, dans une Madrid endeuillée, il tisse avec le tueur une relation ambiguë. La menace mortelle semble lui offrir une possible évasion intérieure.
    Cet aspect " psy " n’altère pas le rythme du récit ni les péripéties hitchcockiennes, ni le rebondissement final, ni la chute.

    Critique à Rayon polar : " Roland est un professeur d’espagnol quadragénaire, un matin un coup de blues plus important que les autres " un curieux mélange de désarroi léger et de tristesse obscure associés à l’engourdissement subit des félicités intérieures " le pousse à consulter Marianne une amie d’enfance, médecin psychiatre, qu’il aime en secret. Au lieu de lui prescrire des antidépresseurs celle-ci lui conseille de partir en voyage. C’est ce qu’il fait au volant d’une voiture louée. Mais l’un des patients de Marianne, psychopathe, également amoureux de son médecin veut se venger de ce rival et le prend en chasse. Une course poursuite s’engage entre l’Espagne et le Portugal. Au cours de cette fuite Roland va rencontrer Izaskun Iparraguire, une ancienne activiste Basque. Et le 11 mars 2004 il arrive à Atocha, le jour des attentats qu’on va attribuer un temps à l’ETA. Sur un scénario classique Bernard Oustrières arrive à nous tenir en haleine de bout en bout à travers un road-movie qui nous fait visiter quelques lieux plus ou moins connus de Lisbonne, Madrid ou Bilbao, ainsi qu’à travers des personnages dépeints avec humanité, comme la sensuelle Izaskun, ou les pensées hallucinées de celui qui poursuite Roland de sa folie meurtrière. Et, cerise sur le gâteau, ce roman est servi par une écriture réellement somptueuse ".(René BARONE)

    L’Irlandaise, voiture 4 aux éditions Carnot (2002).

    Présentation de l'éditeur : La vengeance serait un mets à déguster froidement. Pas facile pour Tom Fairfax, alors que la flamme de sa douleur est vive, que tout ce qu'il attrape le brûle, que la piste de sa proie est encore chaude, que le soleil lui tape sur le système, dans les arènes de Ronda ou sur les terrasses de Miami. La froideur de cette Irlandaise, aussi secrète qu'inflexible, l'y aidera peut-être. Seulement voilà, on ne fait pas toujours ce que l'on veut avec les tueuses à gages. Bernard Oustrières trompe son monde, il voudrait nous faire croire qu'il a écrit un polar implacable qui entraîne ce Tom Fairfax dans une course d'un coin du monde à l'autre. Pas si simple, il faut aussi compter avec les sentiments...

    Quatrième de couverture : La vengeance serait un mets à déguster froidement. Pas facile pour Tom Fairfax, alors que la flamme de sa douleur est vive, que tout ce qu'il attrape le brûle, que la piste de sa proie est encore chaude, que le soleil lui tape sur le système, dans les arènes de Ronda ou sur les terrasses de Miami. La froideur de cette Irlandaise, aussi secrète qu'inflexible, l'y aidera peut-être. Seulement voilà, on ne fait pas toujours ce que l'on veut avec les tueuses à gages.

    Le Cœur du pharaon aux Editions Carnot ( 2004):

    "Cœur de Pharaon" est son quatrième roman. Un duel à distance, une course poursuite entre Jennifer Morgan, jeune et tenace détective new-yorkaise, et Jean Renouart, employé de banque français sur lequel pèse de terribles soupçons: l'assassinat d'une petite fille anglaise en Provence, un crime horrible qu'il n'a pourtant pas commis. Un livre haletant, à rebondissements, nourri d'action, éclairé par de somptueux décors naturels, et où l'auteur emmène sans faiblir son lecteur jusqu'aux îles Borromées.

    Après l’Irlandaise voici l’Américaine, autre héroïne de Bernard Oustrières. La première était une tueuse à gages, la deuxième est détective privée. Deux portraits de femmes aussi différentes que possible. L’une était froide et secrète, tout le contraire de la seconde, vive, enjouée. Mais toutes deux des professionnelles, obstinées et qui vont au bout de leur mission.
    Dommage pour Jean Renouart, pauvre employé qui s’est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment, il a contre lui une des meilleures détectives qui, une fois lancée sur une piste, ne lâche plus sa proie.

    Avec un sens aigu du suspens Bernard Oustrières nous entraîne dans une folle cavale à tavers l’Italie. Rome, San-Remo, Rapallo, Vérone, etc., autant de villes qu’il décrit d’une plume incisive, nous donnant l’impression de voir un film en cinémascope que nous regardons, tenus en haleine jusqu’à la dernière image.

    En répondant à Jean Contrucci, Bernard Oustrières avait indiqué qu’il envisageait d’écrire une trilogie mettant en scène trois personnages de femmes.

    Sept phocéennes aux Editions de la Courtine (1996)

    Voluptueux adepte d'une langue classique et raffinée mais sachant recourir aux procédés journalistiques pour donner du nerf à ses dialogues, Bernard Oustrières a voulu, avec ces "7 Phocéennes", rendre hommage à cette ville-patrie et à ses fils. Il s'en explique ci-dessous :
    "7 phocéennes", qui s'inscrit dans les ouvrages publiés par les Editions de la Nerthe, se présente comme un recueil de nouvelles. Mais les sept récits distincts qu'il contient équivalent en fait à sept chapitres d'un unique roman dont Marseille constituerait la protagoniste, omniprésente. La ville n'est pas ici traitée comme un simple décor. L'auteur en fait l’actrice centrale influant directement sur la destinée des autres personnages. Il donne ainsi à la métropole méridionale, creuset millénaire de l'aventure humaine en occident, une dimension rarement mise en exergue.

    L'avis des Marseillais du Monde
    " Que voilà un livre remarquable, parlant de Marseille comme on aimerait en entendre parler plus souvent. Pas de clichés éculés sous la plume de Bernard Oustrières, rien que le bonheur des choses simplement dites, des images qui nous touchent parce que pétries de justesse, des éclairages insolites sur des lieux si familiers qu'on en oubliait de les regarder vraiment et des personnages débordant d'une humanité grave. Ce livre est une petite merveille, pour nous qui savons ce qu'est vraiment Marseille. Entre ombre et lumière, on se laisse sans difficulté charmer par ces sept phocéennes toutes en demi-teintes et l'on se surprend parfois à prolonger le récit à sa guise en laissant dériver son imagination dans les jardins secrets de ce Marseille-là. Un pur délice. "

    Dédicace de l’auteur : "Ce recueil comprend sept récits qui mettent tour à tour en scène trois femmes, trois hommes et un chien. Le destin de ces personnages, animal compris, se confond avec celui de Marseille. J'évoque sept orgueils blessés, sept hauts caractères également humiliés, sept êtres qui refusent d'abdiquer malgré l'adversité, malgré les blessures intimes, malgré les cruautés parfois fortuites de la vie. Ils puisent, dans leurs racines phocéennes, la force étrange de résister. Marseille est bien sûr présente à chaque page. Je l'ai évoquée à ma manière, en fuyant les poncifs. Comme tous ceux qui aiment cette cité-mère, je l'ai vue à travers le prisme déformant de mes passions plurielles, de mon histoire personnelle, de mes affinités poétiques. Les Marseillais de souche qui liront ce petit ouvrage, éprouveront parfois l'impression qu'il s'agit de nouvelles "à clé" et que certains des personnages mis en scène existent réellement. C'est presque vrai. La scientifique, l'avocate et même l'amoureuse éperdue m'ont été inspirées par des êtres réels. Idem s'agissant des hommes : le truand, l’antihéros de "L’œuf", Kadour, le jeune Maghrébin banlieusard et Rodriguez, pied-noir inconsolé. Mais ces portraits ne contiennent pas de messages codés et tout, dans mes récits, relève de l'imaginaire. Sauf s'agissant du chien qui trépasse, à la fin, sous le buste de Monsieur Chave, à la Plaine, et qui, dans son agonie, revoit défiler sa picaresque vie de bâtard marseillais. celui-là, aux qualités morales près, c'est à moi surtout qu'il ressemble. Mais n'allez pas le répéter."

    Un court extrait pour découvrir un autre Marseille ...
    " Ils suivirent et se retrouvèrent dans la cour fleurie d'un petit immeuble, pas loin des Catalans. Les femmes avaient déjà dressé des tables dehors, les hommes allumèrent le barbecue, d'autres tiraient un vin honnête de trois petits conteneurs carrés . Bientôt des côtelettes grésillèrent, puis des saucisses minces et des merguez. Enfin, des pommes de terre grillées apparurent. On riait, on s'interpellait, on s'embrassait. Ces agapes prenaient des airs aimables d'autrefois, aux ages d'avant les grands égoïsmes quand l'argent était rare et les coeurs meilleurs.
    L'un des hommes cria :
    - Voici Mémé ! Bonsoir Mémé !
    Tous saluèrent une petite vieille dame qui leur lançait des baisers du haut d'un balconnet. Elle avait cette beauté particulière des femmes très âgées qui n'ont jamais désappris de sourire.
    - C'est Mémé de la nuit, dit Rosy.
    - Mémé de la nuit ?
    - Parce qu'elle ne dort presque jamais, sa fenêtre reste toujours éclairée. Elle a plus de quatre-vingt-dix ans.
    - C'est la mémé de qui ?
    - On ne sait pas trop. De tout l'immeuble en fait. Elle ne quitte plus son logement, alors les locataires se relaient pour lui apporter ce qu'il faut. Ce soir, elle va manger avec nous, regarde.
    L'un des cousins, à l'aide d'une poulie, hissait jusqu'au petit balcon tout un plateau repas que sa femme, entrée chez l'aïeule, récupérait et déposait sur une table de camping.
    - A votre santé Mémé !
    Tous en bas levaient leur verre en hurlant : " On a ga-gné ! On a ga-gné ! " Et là-haut Mémé souriait, portant un gobelet de plastique à ses lèvres. Elle ressemblait à une vierge vieillie qui bénissait leur fête. Rosy avait les larmes aux yeux. Françis la regarda.
    - Tu es Marseille.
    Il regarda les autres et les envia.
    "





    Thierry Maugenest:

    Thierry Maugenest, après avoir passé dix ans à voyager autour du globe, vit désormais à Aix-en-Provence, où il se consacre à l'écriture. Auteur français. Écrivain et traducteur, Thierry Maugenest a séjourné plusieurs années dans la région de Venise. Venise.net était son premier roman.

    Nouveautés chez l’Editeur Liana Levi :


    Audimat Circus,

    Mêlant suspense et aventures, Thierry Maugenest nous livre une satire mordante de notre monde médiatisé et globalisé à travers les péripéties d'un pauvre bougre enrôlé dans une émission de télé réalité...
    304 pages - 14 x 21 cm - Broché
    ISBN 978-2-86746-463-8


    Un pauvre bougre jamais sorti de son bled, dont les fringues empestent la bouse de vache, au centre d’un impossible tour du monde en 80 jours. Voilà un sujet de télé réalité qui clouerait toute l’Amérique devant le petit écran et ferait battre les records d’audience ! Le producteur de télé new-yorkais qui caresse ce rêve en est persuadé. Il ne soupçonne pas que quelques événements imprévus et pas toujours plaisants vont faire exploser l’audimat…Quant à Sullivan Chance, le héros improbable de ce tour du monde presque malgré lui, il ne passera pas à côté de l’essentiel...
    Thierry Maugenest nous donne là son livre le plus abouti. Le lecteur, à travers divers témoignages, est emmené dans cette folle aventure qui se révèle une satire mordante de notre monde médiatisé et mondialisé.


    Manuscrit ms 408 Voynich ( en piccolo)

    Un roman policier autour du manuscrit le plus mystérieux du monde, parce que jamais déchiffré. Thierry Maugenest nous plonge dans ce secret...
    192 pages - 12 x 18 cm - Broché
    ISBN :978- 2-86746-462-1



    Le manuscrit ms 408, nommé Voynich, est le plus mystérieux du monde, aujourd’hui comme hier. Rédigé au XIIIe siècle par un moine anglais, mis à l’index par le Saint-Siège, il fait plusieurs fois le tour de l’Europe, suscitant la passion des collectionneurs et des souverains. Il disparaît, reparaît, avant d’atterrir dans la bibliothèque d’un collège jésuite de Rome. C’est là que Wilfried Voynich le repère en 1912 et l’emporte aux États-Unis. Mais à Yale comme sur le Vieux Continent, personne ne vient à bout de ce texte obstinément indéchiffrable. Le polar commence quand deux universitaires de renom plongent sans raison apparente dans un coma irréversible...

    Les autres ouvrages :


    Venise.net ( en piccolo )
    Pour résoudre le mystère qui entoure plusieurs assassinats, il faut parfois remonter très loin dans le temps…Et le télescopage des siècles fait de ce roman un polar bien particulier.
    160 pages - 12 x 18 cm - Broché
    ISBN 978-2-86746-389-1

    Des mails qui traversent l’Atlantique entre Venise et New York. Un peintre du XVIe siècle qui peine à s’imposer parmi les artistes de la Sérénissime et que l’on surnomme " tintoretto ", " petit teinturier ". Un inspecteur vénitien qui ignore tout de la peinture de la Renaissance, mais voudrait comprendre. Mais où sommes-nous ? Dans la Venise des Doges ou dans celle des vaporetti ? Les deux. Car pour résoudre le mystère qui entoure plusieurs assassinats, il faut parfois remonter très loin dans le temps…Et le télescopage des siècles fait de ce roman un polar bien particulier.


    La Poudre des rois ( en grand format)
    Andalousie, XIIIe siècle. Un vieux maître de médecine Harmad Ibn Akzar, secondé par deux jeunes disciples, Sarah et Roscelin, va se pencher sur une énigme qui dépassera vite le cadre médical.
    256 pages - 14 x 21 cm - Broché
    ISBN 2-86746-370-X



    En ce milieu du XIIIe siècle, en Andalousie, l’art pratiqué par les maîtres de médecine arabes et juifs a fait de considérables progrès, alors que dans le royaume de France l’on croit encore que les fous ont dans la tête une pierre de folie. Malgré cette science nouvelle, une épidémie qui frappe de riches marchands sévillans demeure inexpliquée. Pourquoi ces fièvres ne s’attaquent-elles qu’à des hommes embarqués, quinze années plus tôt, sur une nef marchande faisant route vers l’Orient ? Un vieux maître de médecine Harmad Ibn Akzar, secondé par ses deux jeunes disciples, Sarah et Roscelin, va se pencher sur cette énigme qui dépassera vite le cadre médical.

    Extrait de La poudre des rois:

    " 30 août 1265
    - Ils sont revenus ! Ils sont revenus pour se venger ! Ils sont là, tous les deux ! Ils sont revenus pour prendre ma vie…
    L’homme qui parle est seul. Son cheval, à qui il commande sans cesse de forcer l’allure, galope sur les versants des collines de l’Aljarafe. Plus au nord, des lourdeurs d’orage pèsent sur les hauteurs de la Sierra de Aracena. Cela fait plus d’une heure que l’homme a quitté Séville. De temps à autre il se retourne, referme la main sur la poignée d’une épée à lame recourbée, la dégage de son fourreau et l’agite dans le vide autour de lui, comme pour tenir à bonne distance des combattants invisibles.
    - Ils sont revenus ! Ils sont revenus pour se venger ! Après quinze années, ils sont revenus pour me tuer…
    Mais peu à peu ses forces déclinent. Il a de la fièvre. Il grelotte sous le lourd soleil d’août. Sa voix se fait maintenant plus faible, ses phrases, qu’il balbutie à peine, sont coupées de profondes respirations, des râles plutôt, qui se transforment parfois en une quinte de toux grasse :
    - Ils sont là… tous les deux… Ils sont revenus d’entre les morts… L’homme referme sa longue cape noire autour de lui pour tenter de conserver la chaleur de son corps. Mais en vain. Sa bouche se met à trembler et ses dents s’entrechoquent de plus en plus fort. Par-delà la houle argentée des oliveraies, le cavalier distingue, au sommet d’une colline, une petite tache mouvante lui rappelant l’écume qui dentelle parfois la crête des vagues. Le soleil qui sature les lointains ne lui permet pas de voir de quoi il s’agit. Le trop-plein de lumière le fait grimacer, la peau de son visage se ride autour de ses yeux en de profonds sillons et, peu à peu, à mesure qu’il se rapproche, il commence à distinguer des couleurs, du blanc, du brun, qui prennent confusément la forme de murailles crénelées en pisé, de maisons blanchies à la chaux, de clochers et de minarets en pierres de taille ocre. " Ce doit être le village de Sanlúcar la Mayor, se dit-il. Je demanderai qu’on donne à boire à mon cheval… puis je continuerai ma route… loin… très loin de Séville. "
    Est-ce l’effet du soleil s’il voit les contours du village onduler légèrement avant de s’évaporer en de ténus fils noirs ? Non, l’homme est bien trop près des premières habitations pour qu’elles tremblent ainsi dans un mirage de chaleur. Ce sont bien les vertiges de la fièvre qui sont la cause de ses visions. Cette fièvre survenue soudainement il y a quelques heures à peine. Cette même fièvre qui va sans doute l’emporter avant que le soleil ne se couche.

    L’auteur a dit (Source : éd. Liana Levi) :

    Question : Audimat Circus est votre quatrième roman et pour la première fois vous ancrez l'intrigue dans le monde d'aujourd'hui. Pourquoi ce choix ?
    Réponse : Voyager dans le temps ou autour du globe n’est pas si différent. Après tout, le Moyen Âge ou la Renaissance de mes premiers romans ne sont pas plus dépaysants que le monde mystérieux que j’évoque dans Audimat circus, qui est celui des bas-fonds de Brooklyn, des secrets de la forêt amazonienne, des dernières tribus touarègues ou des pèlerins du Cachemire. Écrire, pour moi, c’est poursuivre la quête de la Terra incognita … qu’elle soit d’hier ou d’aujourd’hui. Qu’importe le flacon... pourvu que la littérature procure l’ivresse de la découverte.

    Question : Quel a été le déclic pour l'intrigue d'Audimat Circus? Lassé de tomber sur des émissions de télé-réalité?
    Réponse : S’il est vrai que je me suis beaucoup amusé du bidonnage bien réel des reality shows, j’ai aussi voulu réagir contre un monde dans lequel l’aventure ou les histoires d’amour seraient condamnées à être télévisées. Quant à l’intrigue, j’ai conçu Audimat Circus comme un roman-hommage aux auteurs qui m’ont le plus marqué. Le premier clin d’œil est bien sûr adressé à Jules Verne, puisque mon personnage central est l’alter ego de Phileas Fogg. Mais il y a aussi un peu du Candide de Voltaire chez Sullivan Chance qui, à travers son tour du monde, croisera des personnages inspirés par l’écrivain anglais Malcolm Lowry, la romancière aventurière Isabelle Eberhardt, (qui voyageait dans le désert en se faisant passer pour un homme) ou encore Jéromine Pasteur qui a longtemps vécu dans la forêt amazonienne.

    Bibliographie :
    * Venise.net (Parution aux éd. Liana Levi coll "Policiers" en nov. 2003. ¨Parution aux éd. Liana Levi dans la coll. de poche " Piccolo " le 01 avril 2005)
    * La Poudre des rois (Parution aux éd. Liana Levi coll "Policiers" en oct. 2004. Parution aux éd. Folio Policier en 2008 ) Prix du " Journal Toulousain "
    * Manuscrit ms 408 (Parution aux éd. Liana Levi coll "Policiers" le 07 oct. 2005. Parution aux éd. Liana Levi dans la coll. de poche " Piccolo " le 04 oct. 2007)
    * Audimat Circus (Parution aux éd. Liana Levi coll "Policiers" le 11 oct. 2007)




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